Achim Steiner s'exprime sur les forêts et le changement climatique en RDC - United Nations Environment Programme (UNEP)
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Achim Steiner s'exprime sur les forêts et le changement climatique en RDC

, Session d'ouverture du

Forum de haut niveau sur les forêts et le changement climatique pour le développement

de la République Démocratique du Congo

Grand Hôtel, Kinshasa, 10 Octobre 2011

Excellence, Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo, M. Joseph Kabila,

Excellence Monsieur le Premier ministre, M. Adolphe Muzito,

Excellence, Monsieur le ministre de la Conservation de la Nature, Environnement et du Tourisme , M. José Endundo,

Messieurs les Ministres, et les membres du gouvernement, de l'Assemblée nationale et du Sénat,

Monsieur le Ministre Henri Djombo,

Monsieur le Directeur général Hans Brattskar de Norvège,

Monsieur le Secrétaire exécutif de la Commission des Forêts d'Afrique Centrale (COMIFAC), M. Raymond Mbitikon

Monsieur le Coordonnateur résident des Nations Unies, M. Fidèle Sarassoro

Mesdames, Messieurs les représentants du DFID, de l'Union européenne, GIZ,

Distingués invités de la Banque mondiale, la Banque africaine de développement;

Mesdames et Messieurs les représentants du système des Nations Unies,

Mesdames et Messieurs,

Nous nous réunissons ici à Kinshasa, en cette Année internationale des forêts; tout juste un mois avant la réunion de la Convention des Nations Unies sur le climat à Durban, en Afrique du Sud et quelques huit mois avant la conférence de Rio +20, au Brésil.

Les forêts - Une voie pour le développement durable

Ce qui lie ces deux événements importants avec nos discussions et nos discours ici à Kinshasa, c'est que nous devons savoir comment assurer la durabilité sur une planète de près de sept milliards de personnes, et qui vraisemblablement sera plus de neuf milliards en 2050.

Ce qui nous rassemble est donc une vision commune qui met les forêts au centre de cette réponse.

Partout dans le monde développé, les forêts ont été décimées pour fournir du bois pour les voiliers et plus tard pour alimenter la révolution industrielle et faire fonctionner les machines à vapeur. Comme conséquence, l'Europe a perdu 80 pour cent de son couvert forestier, par rapport à la période préhistorique.

Aujourd'hui, seul un dixième de la couverture forestière primaire existe sur le globe. Globalement la déforestation se poursuit avec quelques exceptions notables - comme ici dans le bassin du Congo, soit par défaut ou grâce à des politiques de gestion durable, car les forêts extraordinaires de cette région sont en grande partie intactes.

Le défi auxquel vos pays doivent faire face est de savoir si vous devez poursuivre une voie de développement qui minera votre immense capital naturel et vos ressources naturelles face à l'urgence de sortir les gens de la pauvreté et à des fins de croissance économique.

Il y a une voie plus intelligente qui investit et réinvestit dans les forêts du bassin du Congo en vue d'accélérer la transition vers une économie à faibles émissions de carbone, une économie verte, et qui pourra augmenter les revenus par habitant, créer des emplois pour les jeunes tout en gardant l'empreinte écologique de la planète dans des limites acceptables.

La preuve est que ces dernières années, il a été reconnu que les pays qui sont les gardiens de ces vastes écosystèmes qui rendent des services à la planète estimés à des milliards de dollars, ont choisi une gestion durable de leurs ressources naturelles par rapport à une exploitation insoutenable de ces actifs nationaux, régionaux et même mondiaux.

Ce faisant, vous avez fait preuve de leadership, non seulement sur le changement climatique, mais sur une myriade de défis multiples qui peuvent et doivent vous offrir des opportunités pour réaliser les Objectifs du Millénaire liés à la pauvreté et atteindre les objectifs de développement, notamment par rapport à la perte de la biodiversité, et à la conservation et l'amélioration de l'approvisionnement en eau.

Votre région apporte de manière délibérée une contribution décisive dans un domaine de l'économie mondiale qui soutient l'emploi et la subsistance de 1,6 milliard de personnes.

A Durban, le PNUE publiera une série de publications sur des thèmes clés liés au climat. Notre titre pour celui consacré aux forêts sera «police d'assurance».

Le voyage que les pays de cette région ont entamé, est une police d'assurance en termes d'adaptation aux changements climatiques et de fourniture de services vitaux en terme d'atténuation au niveau global, car comme nous le savons tous, la déforestation est responsable d'environ 18 pour cent des émissions actuelles de gaz à effet de serre.

C'est une police d'assurance, non seulement pour cette génération, mais bien au-delà, pour garantir la survie de notre planète car les deux tiers des formes de vie terrestres se trouvent dans les forêts.

Ce riche et varié trésor de la biodiversité et des ressources génétiques feront partie de la révolution biologique et industrielle de ce siècle, qui va marquer une rupture fondamentale avec les révolutions industrielles du passé qui étaient fondées sur la destruction plutôt que sur la conservation et la gestion durable des écosystèmes forestiers.

Le Bassin du Congo, un Partenariat unique pour les Forêts

Excellence, Monsieur le Président,

La direction dans laquelle vous vous êtes embarqué repose en son coeur sur un partenariat.

Partenariat entre la République démocratique du Congo, le Gabon, le Cameroun, la République du Congo et toutes les autres nations de cette région.

Il est également fondé sur un partenariat plus large, basé sur le Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo (PFBC) et sur des relations étroites avec certains pays développés comme la Norvège, et aussi, avec le système multilatéral dont le PNUE est fier de faire partie.

C'est également un partenariat avec la science, cette science qui sous-tend les politiques à mettre en œuvre.

Un partenariat avec une économie verte qui met en exergue l'énorme valeur de la nature; son capital naturel qui de par le passé était complètement invisible dans les comptes nationaux et mondiaux.

Cette science ainsi que de nombreuses études économiques mettent en exergue les potentialités de la RDC car votre pays héberge environ la moitié des forêts tropicales humides d'Afrique, et 50% des ressources en eau douce du continent.

Jusqu'à 43 milliards de tonnes de carbone pourraient être émis par le changement d'utilisation des terres en RDC, ce qui équivaut à 4 ans d'émissions mondiales.

Vous réalisez donc l'énorme potentialité économique en terme d'opportunités de développement pour votre pays et les aspects stratégiques pour la RDC, pour la sous-région et pour l'Afrique dans le cadre des négociations sur le climat.

REDD+, l'opportunité

Un des moteurs pour catalyser des changements positifs dans l'environnement ainsi que dans le développement durable est la réduction des émissions résultant de la déforestation et de la dégradation des forêts (REDD +).

Le programme ONU-REDD qui existe depuis un peu plus de trois ans est une réponse de la communauté internationale face aux défis que posent les écosystèmes forestiers. Il est gèré conjointement par le PNUE, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Ce programme compte actuellement 36 pays partenaires couvrant l'Afrique, l'Asie-Pacifique et l'Amérique latine, dont 13 qui bénéficient d'un soutien accru dans le cadre de leur programme national REDD.

L'importance des forêts du Bassin du Congo a été reconnue dans ce partenariat dès le début avec le choix de la RDC comme l'un des pays pilotes. Aujourd'hui, au niveau du continent, il s'étend à d'autre pays, notamment à la Tanzanie et à la Zambie. Des discussions sont également en cours pour permettre au Nigéria et à la République du Congo de rejoindre et de bénéficier pleinement de ce programme.

Certains ici auront la tentation de dire que ce programme, et d'autres initiatives similaires, telle que ceux de la Banque mondiale, auraient pu faire avancer plus rapidement les choses sur le terrain.

Excellence, honorables invités, Mesdames et Messieurs,

Faire avancer les choses est notre voeu à tous, mais il est peut-être mieux de gérer les complexités de cette initiative audacieuse et de s'entourer des garanties nécessaires au cours de cette période de préparation que par la suite.

Si nous voulons que l'initiative REDD+ soit durable et efficace sur le long terme, l'ensemble des acteurs et des partenaires doivent s'assurer que les opérations et les procédures REDD+ répondent aux plus hauts standards.

Il faut aussi que les réductions d'émissions estimées soient vérifiables, bien contrôlées et surtout que la REDD+ bénéficie au plus grand nombre, notamment les populations locales et autochtones.

Nous savons que par le passé, de nombreuses initiatives bien intentionnées à l'égard des forêts et de l'environnement au sens large ont échoué non pas par manque de convictions, mais par manque de planification et de préparation adéquate.

La RDC – Un leadership sur la REDD +

Ceci dit, nous voyons maintenant un réel dynamisme ici en RDC avec un rythme et une ampleur qui reflètent d'un engagement et d'une volonté d'aller de l'avant.

• La RDC est le premier pays au monde à voir les 60 millions de dollars de sa stratégie du Programme d'investissement forestier (FIP) acceptée.

• Votre stratégie nationale REDD +, qui relève d'un processus participatif ambitieux, à travers le réseau des «Groupes de coordination thématique», est remarquable, et c'est une initiative pionnière, compréhensible et transparente.

• Le financement récent d'un ensemble de projets important REDD+ à travers le Fonds Forestier du Bassin du Congo (FFBC), avec le soutien de la Norvège et du Royaume-Uni, est une autre démonstration des progrès en cours.

La RDC est, grâce au leadership du Ministère de l'Environnement, de la Conservation de la Nature et du Tourisme, avec le soutien de la Coordination nationale REDD, en train de faire de grands progrès en termes d'implication et de sensibilisation des populations locales, faisant de la notion de partenariat à la base, une réalité.

Par le dialogue et l'engagement de toutes les parties prenantes, ainsi que par l'élaboration des normes et d'un cadre institutionnel adéquat, vous apportez une compréhension de REDD + et de son potentiel à un plus large public, contribuant ainsi à sa démystification à bien des égards.

Nous nous réjouissons aussi que la RDC ait inclus la REDD+ dans sa Vision 2035, dans le cadre de son Plan Climat et de sa Stratégie de Réduction de la Pauvreté.

En faisant cela, Excellence Monsieur le Président, votre pays incorpore la REDD+ et la gestion durable des forêts dans le tissu même de vos objectifs de développement actuels et futurs.

A travers cela également, la RDC assiste et inspire l'Afrique dans l'expression de ses buts et dans la direction à prendre en termes de négociations sur le climat.

Votre expérience en terme d'opérationnalisation de la REDD+ peut également servir comme une courbe d'apprentissage pour d'autres pays dans le bassin du Congo et au-delà – bref la RDC peut devenir un centre d'excellence de la REDD+.

Excellence, Monsieur le Président,

Ces progrès par rapport à REDD+ sont des acquis importants, cependant il y a plusieurs étapes supplémentaires pour que cette initiative arrive à maturation.

La finalisation de votre stratégie nationale REDD+, soutenue par un cadre solide et intersectoriel de mise en œuvre, doit bénéficier de l'ensemble du soutien de votre gouvernement ainsi que de votre appui et leadership politique personnels.

Nous avons aussi besoin d'un engagement plus fort des pays donateurs pour assurer des flux suffisants et réguliers des fonds de soutien et également afin d'épauler les ambitions de la RDC et des autres pays de cette région.

L'Economie vert - L'objectif stratégique pour le développement

A travers les lunettes de la REDD+, on peut voir les fondations d'une évolution générale de l'économie de la RDC et de l'économie des pays de la région dans un espace économique vert.

Un espace qui valorise non seulement des investissements dans la gestion durable des forêts, mais aussi dans des secteurs comme le transport et les énergies propres et renouvelables.

L'initiative du PNUE pour une économie verte estime que si deux pour cent du PIB mondial - avec la mise en place des politiques adéquates - est investi dans dix secteurs centraux, ceci pourrait stimuler une croissance de l'économie mondiale et générer au moins les mêmes, sinon plus d'emplois que la "vieille économie", et encore sans les chocs et perturbations liées à la hausse des prix dans le secteur alimentaire et de l'énergie que nous observons aujourd'hui.

Le rapport principal et définitif, qui sera lancé dans quelques semaines en Chine dans le cadre des préparations pour Rio +20, souligne que les possibilités sont autant plus nombreuses pour les pays en développement que pour les pays développés.

En effet à bien d'égards, les pays africains sont mieux placés que la plupart pour saisir cette opportunité qu'est l'économie verte et pour catalyser cette évolution et transformation.

L'Afrique est aujourd'hui en forte croissance et développe de nouvelles infrastructures - plutôt que d'être mis au défi de rénover de vielles infrastructures - pour répondre aux opportunités d'un nouveau siècle.

Le boom des énergies renouvelables au niveau mondial, en 2010 a vu 2011 milliards de dollars investis. Je suis convaincu qu'au fil des années et des décennies à venir que les investisseurs viendront en nombre croissant, notamment en Afrique.

Pourquoi? Parce que les politiques sont en évolution et l'Afrique a le plus grand potentiel en énergies renouvelables (vent, soleil, biomasse etc.).

En effet, pratiquement partout sur le continent, les pays africains sont en train de mettre en place un environnement favorable pour verdir leurs économies.

En dehors de la REDD+ en RDC, le Kenya a pris une décision délibérée d'investir dans les énergies renouvelables plutôt que dans le pétrole ou le charbon via l'introduction d'incitations tarifaires.

• Le potentiel électrique géothermal du Kenya a augmenté en quelques années de plusieurs centaines de mégawatts, avec des objectifs de plus d'un MW 1000 pour les trois ou quatre prochaines années. La plus grande ferme éolienne en Afrique subsaharienne est également à un stade avancé au niveau de sa planification.

• En 2007, grâce aux politiques mises en place dans le cadre de l'économie verte, l'Ouganda a bénéficié de 296 203 hectares de terres pour la production agricole biologique avec 206 803 agriculteurs certifiés. Ceci constitue une augmentation de près de 360 pour cent en termes du nombre d'agriculteurs et de 60 pour cent en termes de superficie, respectivement, de 2002 à 2007.

Les fermiers qui se sont investis dans l'agriculture biologique ont multiplié leurs bénéfices par trois en raison de la forte demande des produits biologiques sur les marchés mondiaux, tout en étant moins dépendants des pesticides et des engrais synthétiques et de leurs impacts sur la santé et l'environnement.

Les exemples sont nombreux. Ceci ne doit pas seulement concerner les pays qui expérimentent l'économie verte, mais le reste de l'Afrique qui doit les considérer comme des laboratoires vivants desquels ils doivent tirer profit.

Pendant que la REDD+ fait des avancées considérables dans le bassin du Congo, que dire des autres opportunités – de l'exploitation durable des produits forestiers non ligneux à la commercialisation du bois en tenant compte de la durabilité et de la certification. De nouveaux marchés mondiaux, y compris des marchés volontaires font leur apparition dans le cadre du paiement des services environnementaux.

Un renforcement des capacités de gestion des aires protégées de la RDC pourrait donner au secteur de l'écotourisme ses lettres de noblesse, pendant que la mise en place des politiques de protection de sols contre l'érosion – qui est une autre préoccupation majeure – contribuera à rendre les villes plus sûres et durables.

Excellence, honorables invités,

Le PNUE et le système onusien dans son ensemble est prêt à soutenir ces transformations – dans le cadre de l'économie verte - en RDC et en Afrique.

Elle représente non seulement une voie pour le développement durable, mais également une alternative crédible pouvant permettre à plus de 50 pays sur ce continent de prospérer dans un environnement paisible – tout en envoyant un message clair et sans équivoque sur la façon dont une famille de plus de 190 pays peuvent coopérer, pour un monde plus prospère, vivant dans la paix et la stabilité, malgre sa complexité et les compétitions en cours.

Aller de l'avant à Durban et en route pour Rio

Pendant que les pays se préparent pour la Conférence des Nations Unies sur le climat Durban, les développements ici en RDC offrent un antidote à la frustration de beaucoup quant aux progrès dans les négociations sur le changement climatique.

Faire progresser la REDD+ à Durban permettra d'obtenir un résultat positif qui peut permettre au public au niveau global de sentir et de percevoir que les dirigeants du monde assument leurs responsabilités pour maintenir une élévation de la température globale à moins de 2 degrés Celsius d'ici 2050.

Ce faisant, on enverrait un signal positif pour le sommet de Rio +20 qui aura lieu au Brésil en juin prochain. Notre monde d'aujourd'hui est un lieu très différent de ce qu'il était en 1992 à la fois géopolitiquement, économiquement, socialement et écologiquement.

Les actions et les activités en RDC montrent comment de tels efforts de coopération peuvent être réalisés à travers une large alliance de partenaires et un intérêt pour une cause commune.

L'évolution de la RDC et du Bassin du Congo fait partie de ce monde qui a changé.

Rio +20 doit être un moment historique où les gouvernements doivent coopérer et avancer rapidement sur une voie – loin de toutes distractions et perte de temps - vers un développement qui embrasse les réalités et les opportunités pour une rupture fondamentale avec le passé afin de construire un avenir synonyme de changements positifs dans le domaine environnemental, économique et social, permettant ainsi une meilleure intégration et synergie des trois piliers du développement durable.

Les actions et les activités ici démontrent que ces efforts de coopération peuvent être réalisés et atteints grâce à une large alliance de partenaires et à un intérêt et engagement communs.

Excellence, Monsieur le Président, Distingués invités,

Je suis sûr qu'il y aura des progrès, ainsi que des détours, tout le long du chemin que vous prenez pour mener la RDC sur la voie de la paix et du développement durable et dans votre volonté de faire de ce pays un tremplin et un phare pour l'économie verte.

Mais le plus grand risque pour tous est l'immobilisme, de rester dans le statu quo - votre pays et votre peuple signalent à travers les paroles et les actes que le destin de la RDC est d'aller de l'avant et de bâtir cet avenir nouveau avec toute son énergie.

 
UNEP just launched a report detailing DR Congo's massive resource endowment