Communiqués de presse - novembre 2002 - Une initiative internationale pour déterrer les secrets des sols - 28 Nov 2002 - United Nations Environment Programme (UNEP)
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Une initiative internationale pour déterrer les secrets des sols - 28 Nov 2002

Paris/Londres/Nairobi, 28 novembre 2002 - Lancement d'une initiative sans précédent pour recueillir et cataloguer des hétéroptères, des coléoptères, des champignons, des nématodes,

des termites et d'autres espèces terricoles des tropiques. Des scientifiques vont explorer dans le sol la principale source de vie inexploitée qui subsiste sur la planète.

Les spécialistes savent qu'à quelques millimètres sous la surface, dans la pénombre du monde souterrain des vers de terre et des nématodes, des dizaines de milliers d'espèces nouvelles d'organismes minuscules, notamment de bactéries, de champignons, d'insectes, d'acariens et de vers, attendent d'être découvertes.

Les scientifiques sont par ailleurs convaincus que l'élucidation des secrets de leur mode d'action pourra ouvrir la voie à la restauration de la fertilité de terres endommagées et dégradées tout en aidant à accroître le rendement des cultures dans les tropiques sans qu'il soit nécessaire de recourir massivement aux pesticides et aux engrais.

Selon Klaus Töpfer, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), "les espèces qui vivent immédiatement sous nos pieds sont les organismes les moins bien étudiés de la planète. Lorsque les gens se demandent où l'on pourrait découvrir de nouvelles espèces, ils pensent généralement aux forêts tropicales humides, aux mangroves marécageuses ou à des endroits comme les sommets montagneux, mais pas à quelques millimètres sous leurs orteils".

"Mais les chercheurs prennent maintenant conscience que les sols de la planète, en particulier dans les tropiques, regorgent de vie et abritent davantage d'espèces non décrites que la surface terrestre. L'élucidation des secrets de ce royaume mal étudié recèle la promesse d'avantages énormes et d'une amélioration des connaissances aux fins de l'objectif du développement durable et de l'éradication de la pauvreté. Il s'agit d'un des projets les plus inhabituels et les plus curieux mais absolument vital que le PNUE ait jamais entrepris. Je suis donc ravi que l'organisation participe à cette oeuvre de pionnier".

C'est Louis Pasteur, le père de la microbiologie moderne, qui a fait observer que "le très petit joue un grand rôle".

Ainsi, les vers de terre, les acariens et d'autres organismes fouisseurs influent sur la quantité d'eau de pluie que les sols peuvent absorber. Les sols dans lesquels ces organismes sont raréfiés sont plus enclins à la sécheresse et sujets à des ruissellements catastrophiques, ce qui accroît à son tour le risque d'inondations et d'érosion, avec les conséquences qui en résultent pour la qualité des eaux fluviales et pour des habitats comme les récifs coralliens.

Les bactéries et les champignons aident à éliminer les polluants et les germes pathogènes des eaux souterraines à mesure qu'elles percolent à travers le sol vers les réservoirs, les puits et d'autres sources d'eau de boisson.

Les organismes terricoles jouent également un grand rôle dans la libération de dioxyde de carbone, de méthane et d'autres gaz à effet de serre vers l'atmosphère à partir du sol.

La compréhension et l'élucidation du rôle de ces humbles créatures et espèces dans ce qu'il est convenu d'appeler le "cycle du carbone" aidera peut-être les sols à absorber davantage de gaz à effet de serre.

Les recherches ont montré que de nombreux organismes terricoles attaquent et neutralisent des ravageurs et des agents pathogènes des plantes, des animaux et des humains. Il sera peut-être possible de favoriser le recours à des espèces terricoles utiles pour réduire les maladies végétales, animales et humaines, estiment les chercheurs.

Cette richesse en espèces nouvelles attendant d'être découvertes, en particulier dans les tropiques qui sont moins bien étudiés, représente en outre de nouvelles ressources génétiques énormes. On espère que cette mine génétique fournira toute une série de médicaments nouveaux, notamment des antibiotiques et des produits industriels du 21e siècle au profit aussi bien des pays riches que des pays pauvres.

Mais c'est surtout le rôle de "charrues biologiques" et de pourvoyeurs de nutriments essentiels joué par ces organismes qui intrigue les scientifiques et a amené à entreprendre ce nouveau projet du PNUE/FEM.

Ainsi, les essais effectués dans plusieurs plantations de thé centenaires de l'Etat de Tamil Nadu en Inde, dans lesquels les rendements n'augmentent plus malgré un recours massif aux engrais et à la pulvérisation d'hormones de croissance sur les plants, donnent à penser que l'étude du rôle de la biodiversité souterraine peut procurer de gros avantages sur le plan agricole.

Une équipe de l'Institut français de recherche pour le développement et de l'Université indienne de Sambalpur, travaillant en collaboration avec la société indienne Parry Agro, a constaté qu'après la réintroduction de vers de terre, en particulier d'espèces indigènes, les récoltes ont augmenté de pas moins de 282 % et les profits de 5 500 dollars par hectare et par an dans certaines de ces plantations.

Le Dr Fatima Moreira, microbiologiste de la DCS-UFLA à Lavras, au Brésil, a déclaré que l'on utilisait déjà des bactéries fixatrices d'azote au Brésil pour stimuler les récoltes de soja d'une manière qui ne porte pas atteinte à l'environnement.

"Les plants de soja ont été inoculés à l'aide d'une espèce de bactérie fixatrice d'azote appelée Bradyrhizobium, ce qui a permis de se passer entièrement d'engrais industriels. Une superficie de 14 millions d'hectares est cultivée de cette manière au Brésil. Les rendements atteignent 2,5 tonnes à l'hectare et cette nouvelle technique permet à l'économie nationale d'épargner environ 1 milliard de dollars des Etats-Unis par an," a-t-elle dit.

Le Dr Moreira a indiqué que l'on procède maintenant au Brésil à des études sur 2 000 espèces, notamment d'arbres, d'arbustes et de plantes herbacées, en vue de déterminer celles qui pourraient également se prêter à une inoculation par des bactéries fixatrices d'azote.

Il semble probable que nombre de ces espèces végétales, qui sont vitales pour la production de bois d'oeuvre, de charbon de bois et de denrées alimentaires, bénéficieront de cette technologie.

Le nouveau projet d'un coût de 26 millions de dollars, pour lequel le Fonds pour l'environnement mondial fournit un montant de 9 millions de dollars et qui est appuyé par d'autres donateurs comme la Fondation Rockefeller, portera initialement sur la "biodiversité souterraine" dans sept pays tropicaux, à savoir le Brésil, le Mexique, la Côte d'Ivoire, l'Ouganda, le Kenya, l'Indonésie et l'Inde.

Ahmed Djoghlaf, Directeur de la Division PNUE/FEM basée à Nairobi (Kenya), a dit ceci : " Il est urgent d'évaluer, de classer et d'enregistrer les espèces souterraines. Nombreux sont ceux qui ont bien conscience du fait que l'intensification croissante de l'agriculture et le déboisement destiné à fournir des terres cultivables contribuent à la menace d'extinction et au déclin du nombre des végétaux et des animaux en surface. Il est de plus en plus évident que des incidences analogues se font sentir sous terre. Nous sommes donc peut-être en train de perdre de nombreuses espèces importantes et utiles dans les sols de la planète sans même nous en rendre compte."

Mike Swift, Directeur de l'Institut de biologie et de fertilité des sols tropicaux (TSBFI) basé à Nairobi, qui dépend du Centre international d'Agriculture tropicale (CIAT) et qui coordonne le projet intitulé "Conservation et gestion durable de la biodiversité souterraine", a dit que les sites des pays retenus étaient considérés figurant parmi ceux qui recelaient la plus grande biodiversité souterraine. Chacun de ces pays dispose en outre de capacités bien établies en ce qui concerne ce parent pauvre de la science qu'est la biologie des sols.

Le projet a pour but de renforcer encore ces compétences et de diffuser des informations et des connaissances concernant la conservation des espèces terricoles auprès des écologistes, des exploitants agricoles, des fonctionnaires gouvernementaux, etc., dans ces pays en développement et d'autres.

"Il existe de vastes lacunes dans nos connaissances quant à la diversité des organismes du sol, en particulier dans les pays en développement. Ce que nous savons ne constitue que la partie émergée de l'iceberg. Une des raisons pour lesquelles la biodiversité souterraine a constitué le parent pauvre du monde naturel tenait à la difficulté de voir effectivement ce que le sol recelait. Or, nous disposons désormais de techniques nouvelles de dépistage génétique ou par l'ADN analogues à celle qu'emploient les médecins légistes pour identifier un criminel à partir d'un prélèvement ou d'un échantillon, techniques qui nous permettront de rechercher les bactéries, les champignons et d'autres espèces dans des échantillons de sol," a dit le Professeur Swift.

Il a ajouté que mis à part la découverte d'espèces nouvelles, un des buts du projet est de déterminer si différents types de couverture végétale jouent un rôle dans la stimulation ou la diminution de la diversité des espèces qui se trouvent au-dessous.

"Il apparaît que là où l'on cultive une seule espèce, c'est-à-dire où l'on pratique la "monoculture", le nombre des espèces terricole diminue fortement, ce qui a toutes sortes de conséquences négatives pour les rendements, la teneur en eau, la lutte contre les nuisibles et la fertilité. L'aptitude naturelle du sol à décomposer les polluants comme les substances agrochimiques semble en outre compromise," a déclaré le Professeur Swift.

"Si ces pertes peuvent être partiellement compensées par un recours à une agriculture mécanisée et à des engrais et pesticides produits industriellement, une substitution complète est souvent inefficace du point de vue tant biologique qu'économique et risque d'avoir des effets secondaires pour l'environnement. Un but important du projet est de déterminer le compromis optimal entre les approches biologiques et industrielles de la gestion des sols," a-t-il dit.

"Les systèmes d'agroforesterie consistant à planter des arbres sur des terres agricoles ou les exploitations agricoles dans lesquelles les terres portent diverses cultures semblent avoir un effet plus positif sur les espèces du sol. Nous voulons tester cette hypothèse et, si elle est confirmée, utiliser les résultats pour encourager divers types d'agriculture présentant de multiples avantages," a-t-il ajouté.

Le Professeur Jo Anderson, Président du Groupe consultatif technique du programme, a souligné que les pressions sociales et économiques croissantes dans les tropiques conduisaient à une destruction étendue d'habitats naturels aux fins de l'obtention de denrées alimentaires, de combustible et de produits commerciaux comme le bois d'oeuvre.

Des services vitaux des écosystèmes, comme l'approvisionnement en eau, le stockage du carbone et même le climat local, était compromis à cause des pertes d'organismes du sol qui jouent un rôle clé dans la fourniture de nombre de ces services.

"Ce projet fournira des informations cruciales sur la façon dont la biodiversité peut être conservée dans des cadres naturels qui pourvoient aux besoins de l'être humain telles que les terres agricoles, tout en conservant le patrimoine naturel de communautés d'organismes extraordinairement diverses et potentiellement utiles pour les générations futures" a dit le Professeur Anderson.

Notes aux éditeurs : bestioles, vermisseaux et autres habitants du sol

La Science a décrit plus de 4 000 bactéries et organismes apparentés, dont un nombre inconnu vivent dans le sol. On estime qu'un gramme de sol forestier contient jusqu'à 40 000 espèces différentes de bactéries dont beaucoup n'ont jamais été décrites.

On pense que 72 000 champignons, soit 5 % de ceux qui vivent sur la planète, ont été décrits. Jusqu'à 35 000 d'entre eux pourraient être classés comme vivant dans le sol.

Les protozoaires comprennent les amibes et les flagellés. Environ 1 900 protozoaires vivant dans le sol ont été décrits, ce qui ne représente peut-être que 10 % des espèces vivantes.

Quelques 5 000 espèces différentes de nématodes ont été décrites. On estime qu'il pourrait y en avoir jusqu'à 100 000.

Les acariens sont de petits invertébrés faisant partie des arachnides. On considère que les 45 000 espèces décrites ne représentent que 5 % du nombre total d'espèces.

Il existe de nombreux groupes d'insectes terricoles tels que les termites. Environ 2 000 espèces de termites ont été décrites.

Près de 9 000 espèces de fourmis ont été décrites.

Vers de terre : plus de 3 600 ont été décrits.

Pour de plus amples informations, prière de contacter M. Eric Falt, Porte-parole/Directeur du Service de la communication et de l'information du PNUE, téléphone : 254 2 623292; téléphone cellulaire : 254 (0) 733 682656; courriel : eric.falt@unep.org; ou M. Nick Nuttall, responsable des médias au PNUE, téléphone : 254 2 623084; téléphone cellulaire :

254 (0) 733 632755 ou, lorsqu'il est à Londres, 1 917 378 8818; courriel : nick.nuttall@unep.org

A Paris, Robert Bisset, Attaché de presse, 01 44 37 76 13 ou 06 22 72 58 42

Site Web du PNUE : www.unep.org On trouvera d'excellentes images ainsi que des faits et des chiffres sur la biodiversité souterraine sur le site :

http://soils.usda.gov/sqi/SoilBiology/soil_biology_primer.htm#Contents

Ce site est exploité par l'Institut de la qualité des sols, Service de la conservation des ressources naturelles, Département de l'agriculture des Etats-Unis

Communiqué de presse du PNUE 2002/86F