Communiqués de presse - Juin 2003 - Le PNUE réclame une meilleure gestion des nappes d’eau souterraine - 5 juin 2003 - United Nations Environment Programme (UNEP)
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Le PNUE réclame une meilleure gestion des nappes d’eau souterraine - 5 juin 2003

Beyrouth/Nairobi, 5 juin 2003 – Deux milliards de personnes dans le monde dépendent des nappes d’eau souterraine pour répondre à leurs besoins en eau potable et en eau d’irrigation. Mais selon un nouveau rapport publié à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, la consommation actuelle en eau exerce une pression de plus en plus intenable sur ces « réservoirs naturels souterrains ».

Le rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement dresse un tableau inquiétant de la situation de cette ressource naturelle essentielle et dissimulée sous terre, à un moment où le développement et la croissance de villes assoiffées, des industries et de l’agriculture ont un effet dévastateur.

Les exemples cités dans le rapport proviennent du monde entier et mettent en lumière la menace mondiale qui pèse sur les ressources en eau, tout en présentant une gamme d’options disponibles pour assurer et conserver les réserves existantes.

En Arizona, aux Etats-Unis, 400 millions de mètres cubes des eaux souterraines sont extraits chaque année, ce qui revient au double de la quantité d’eau remplacée par l’alimentation en eaux de pluie.

Près d’un cinquième des eaux gardées en réserves dans le gigantesque aquifère des Hautes Plaines (ou aquifère Ogalla) dans le Midwest américain ont été prélevées. Ces dernières décennies, le niveau de la nappe phréatique a baissé en moyenne de 3 mètres et jusqu’à 30 mètres à certains endroits.

Le Mexique est un autre pays dont le rapport donne un aperçu de la situation des nappes souterraines. Selon Les nappes d’eau souterraine et leur propension à la dégradation, le nombre d’aquifères considérés comme surexploités au Mexique est passé de 32 en 1975 à presque 130 dans les années 1990. Parmi les impacts de cette augmentation on trouve, d’une part, la contamination des eaux par le sel suite à une perte en eau douce naturellement compensée par une infiltration d’eaux salées et, d’autre part, la contamination résultant d’une pénétration de substances de surface à la suite de pompages excessifs.

Dans plusieurs Etats, dont Mexico City, Queretaro et Celaya, la baisse du niveau de la nappe souterraine a été l’origine de glissements de terrain qui ont détruit propriétés et infrastructure.

En Espagne, plus de la moitié d’environ 100 aquifères sont surexploités. « Dans le bassin important de la Rivière Segura, à l’est de l’Espagne, le rapport entre le taux de prélèvement sur les réserves d’eaux souterraines et la quantité disponible de ressources renouvelables en eau est passé de moins de 20 pour cent dans les années 1980 à 130 pour cent en 1995. »

Ironie du sort, certaines villes des régions semi-arides et arides du Golf Arabique connaissent une forme d’inondation, due à une saturation des terres en eau. Ce phénomène, décrit comme un « engorgement » des sols, résulte d’une dépendance excessive à l’égard de l’eau dessalée provenant des côtes, qui souvent s’échappe pour s’infiltre ensuite en profondeur.

Les fuites ou, plus encore, le sur–arrosage des parcs et jardins peuvent faire perdre à une ville type du Golfe Arabique jusqu’au tiers de son approvisionnement en eau. Dans certains cas, cette dépendance importante à l’eau de mer traitée est due en partie à la pollution des eaux souterraines qui, de ce fait, deviennent non potables.

Klaus Toepfer, le Directeur Executif du PNUE, a déclaré : « Quelques 2 milliards de personnes et jusqu’à 40 pour cent de l’agriculture mondiale dépendent au moins en partie de ces réservoirs cachés. Les nappes d’eau souterraines alimentent également les rivières, les sources et les marécages qui sont essentiels à la survie des communautés rurales et urbaines, de la faune et de la flore sauvage. En effet, la part la plus importante des eaux douces liquides du monde ne se trouve pas dans les rivières et les lacs, mais sous le sol. » (Consultez Les statistiques essentielles de l’eau 2002 http://www.unep.org/vitalwater/index.htm)

“Nous sommes réunis au Liban à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement qui, pour la première fois, se déroule dans le monde arabe. Ce rapport résonnera de façon particulièrement significative dans une région où on estime que 90 pour cent de la population connaîtra de sévères pénuries d’eau d’ici 2032 » a-t-il ajouté.

Mr Toepfer a souligné que les 50 dernières années ont été marquées par une augmentation dramatique de l’utilisation des eaux souterraines, conséquence de la croissance des populations, de la demande alimentaire grandissante et de l’expansion de l’industrialisation dans le monde développé et en direction du monde en développement.

Il ajoute que « le rapport donne aussi bien des raison d’espérer que de s’inquiéter. Il démontre qu’un grand nombre de nappes d’eau souterraines sont susceptibles de surmonter l’assaut des substances chimiques et autres types de polluants dangereux car leur lente progression à travers les roches au-dessus des nappes permet de les réduire, voire de les éliminer avant qu’elles n’atteignent l’eau. »

« Cependant, elles souffrent de la négligence et à de la surexploitation dont elles font l’objet. Si un lac, une rivière ou un réservoir se dessèchent ou connaît une baisse importante de son niveau, cela se voit immédiatement, la communauté réagit et peut souvent prendre des dispositions. J’espère que ce rapport rendra le monde conscient des conséquences humaines, sociales et économiques du gaspillage de nos ressources vitales en eau souterraine. Avec un peu de chance, ses conclusions permettront que l’adage « loin des yeux, loin du cœur » ne s’applique plus aux ressources des nappes souterraines, mais qu’elles soient plutôt conservées comme elles devraient l’être pour les générations d’aujourd’hui et celles à venir. »

Martin Walshe, le Conseiller Supérieur des eaux du Département pour le développement international du Royaume-Uni, a déclaré : « Nous reconnaissons tous l’importance de l’eau et sa contribution fondamentale au développement durable. Mais la contribution de l’eau à la réduction de la pauvreté ne sera possible que si elle est entreprise dans le contexte plus large du développement socio-économique et de l’amélioration de l’environnement. Au niveau régional, les eaux souterraines sont d’une importance majeure en Afrique, en Asie et en Amérique centrale et du Sud. Au niveau national, de la Palestine au Danemark, des pays dépendent des nappes d’eau souterraines ; on peut également citer des exemples de dépendance au niveau local de Mexico City à l’Ethiopie. »

« Dans le contexte rural, ajoute-t-il, les nappes représentent le pilier de l’irrigation agricole et constituent un élément clé dans la recherche de ressources additionnelles pour assurer la sécurité alimentaire. Cependant, les inquiétudes concernant la durabilité des ressources hydriques individuelles augmentent et il existe un besoin urgent d’élaborer des stratégies de gestion qui reconnaissent les liens complexes entre ressources en eau souterraine, utilisation du territoire urbain et élimination des effluents.

Brian Morris, hydrogéologue au British Geological Survey du Royaume-Uni, qui a contribué au rapport, a déclaré : « La difficulté que l’on éprouve à gérer les nappes d’eau souterraines est due au fait qu’elles représentent une ressource souvent relativement facile et peu coûteuse à exploiter au profit d’un grand nombre de consommateurs. Nous avons besoin d’une gestion pragmatique qui consisterait à assurer une plus grande prise de conscience du grand public et du gouvernement, à munir de manière adéquate les agences chargées de la gestion des nappes, à soutenir la gestion au niveau communautaire et à encourager la mise en place de mesures stimulantes mais aussi dissuasives, en particulier dans les pays les plus pauvres et en zone rurale. Il est essentiel de donner aux nappes souterraines la même valeur qu’à toute autre ressource rare. »

Conclusions clés :

Baisse du niveau des nappes

Réalisé avec la collaboration du British Geological Survey et grâce à un financement du Département du Royaume-Uni pour le développement international et la Coopération belge pour le développement, le rapport du PNUE lie le sort de la plupart des villes en croissance à la gestion prudente de leurs ressources en eaux souterraines.

Il cite 12 villes dont la population est supérieure à 10 millions d’habitants et qui dépendent essentiellement des eaux de fond. Ces villes sont : Bangkok, Beijing, Buenos Aires, le Caire, Calcutta, Dhaka, Jakarta, Londres, Manille, Mexico City, Shanghai et Téhéran.

Les zones rurales peuvent également dépendre principalement des nappes d’eau souterraines. Le rapport souligne la situation en Inde rurale où 50% de l’eau d’irrigation et 80 pour cent de l’eau potable proviennent du sous sol et sont puisés à partir d’un réseau de 3 millions de puits à pompage manuel.

Certains pays dépendent largement des aquifères pour l’agriculture. Le secteur agricole en Arabie Saoudite y dépend presque exclusivement puisque 96% de son eau d’irrigation est d’origine souterraine. Elle est suivie du Bangladesh avec une dépendance de 69% ; de la Tunisie, 61%; de la Syrie, 60% ; de l’Inde, 53% et du Pakistan avec 34% de dépendance.

Certaines régions arides du monde ont identifié de vastes réserves de nappes souterraines anciennes qui ont été formées il y a des milliers d’années lors d’une période caractérisée par un climat plus humide. La Libye, par exemple, tire 7 millions de litres d’eau par minute à partir de plus de 1 000 points de forage qui accèdent aux systèmes aquifères situés au-dessous de régions éloignées du Sahara méridional. L’eau est transportée à travers la « grande rivière artificielle » qui est un réseau de tuyaux long de 500 à 900 km et qui mène à la côte méditerranéenne.

La ville de Dhaka au Bangladesh est un parfait exemple des impacts profonds que peut avoir le puisement excessif des aquifères urbains. Il existe actuellement quelques 1300 points de forage qui puisent de l’eau souterraine pour les villes et leurs banlieues. Dans certains endroits, le niveau des nappes a baissé de plus de 40 mètres. Des études montrent que la production des nouveaux puits de forage est d’un tiers inférieure aux puits de forage creusés dans les années 1970.

A Lima au Pérou, il est aujourd’hui devenu nécessaire de creuser plus en profondeur d’onéreux puits de forage afin de répondre à la demande, sachant que le coût énergétique de la production de l’eau a augmenté de 25%.

Les risques de surexploitation peuvent être catastrophiques en termes économiques, surtout pour les zones rurales qui dépendent de l’irrigation. Le sel peut contaminer l’eau douce, la rendant donc impropre à la consommation et à l’agriculture. La dessalement est coûteux, exige une consommation importante d’énergie et reste donc hors de portée de la plupart des pays en développement.

Montée du niveau des nappes :

Paradoxalement, dans certaines régions très sèches du monde, les niveaux d’eau montent et engendrent des phénomènes surprenants.

A Riyadh, en Arabie Saoudite, la population s’élève aujourd’hui à 1,2 millions d’habitants contre 20 000 en 1920. L’eau courante provient des usines de dessalement de la côte où l’on extrait le sel de l’eau de mer pour répondre à une demande quotidienne de 600 litres par personnes.

Environ un tiers de l’eau courante est perdu à la suite de fuite d’eau dans les canalisations. En même temps, les réservoirs souterrains de la ville ont également des fuites. Du fait d’une irrigation excessive des pelouses, des terre-pleins et des espaces verts, une grande quantité d’eau se retrouve sous le sol. Or, la géologie sous la ville de Riyadh est telle que l’eau ne peut pas couler librement. Le sous-sol et les canalisations en ont donc été endommagés et déformés.

La ville a été obligée de mettre en place des équipements de pompage coûteux pour faire face à ce problème.

Le rapport souligne que Kuwait et Doha au Qatar souffrent du même problème, mais que des impacts supplémentaires se font sentir. L’eau dessalée, filtre dans le sol et dissout des sels minéraux naturels qui à leur tour attaquent et ronge le béton, le fer dans les fondements et d’autres infrastructures.

La réparation des tuyaux défectueux, l’installation de compteurs, une réforme des prix et le soutien de l’irrigation goutte à goutte, ou encore l’interdiction des tuyaux d’arrosage ne sont que quelques unes des mesures à prendre pour réduire les pertes et contrôler le phénomène d’engorgement constatés dans certaines régions du Golfe Arabique.

Pollution

A travers le monde, toutes sortes de déchet sont déchargées dans les sols. Heureusement, la plupart des déchets dangereux sont absorbés et décomposés par des procédés naturels tels que l’activité bactériologique.

Cependant, certains ne sont pas facilement dégradés et dans certains cas la quantité de substances toxiques qui pénètre le sol est telle que ses capacités naturelles de celui-ci à éliminer les polluants sont dépassées.

Entre temps, toutes les roches ne forment pas les mêmes couches géologiques et certaines sont plus efficaces que d’autres à neutraliser les polluants. Ce qui peut aussi mettre en danger la viabilité des ressources souterraines locales.

La ville de Merica au Mexique en est un parfait exemple. Les concentrations en bactéries d’égouts peuvent être plusieurs milliers de fois supérieures dans certaines eaux de fond aux normes sanitaires internationales.

Ailleurs, les pesticides, les engrais et les substances chimiques et les déchets industriels nuisent également aux eaux de fond.

Des recherches faites à Barbade, où les herbicides atrazine et ametyn sont largement utilisés, ont montré que la contamination en pesticide des puits de forage est de 3 microgrammes par litre, soit 50%de plus que la directive de l’Organisation mondiale de la santé.

A Grande Canarie dans les îles Canaries, les niveaux en nitrates provenant d’engrais des ressources en eau souterraine a été mesurée à des taux allant jusqu’à 10 milligrammes par litre. Cette contamination, qui surpasse les limites fixées par l’OMS, est liée à la production bananière.

La résolution des problèmes :
Le rapport du PNUE contient de nombreuses indications sur la façon dont les eaux souterraines peuvent être conservées et durablement entretenues. Mais il souligne également que, pour des raisons à la fois politiques et sociales, un grand nombre de ces suggestions tournées vers le progrès et la mise en œuvre de solutions resteront difficiles à appliquées tant que les objectifs au long terme n’auront pas été définis.

Pour les organismes qui ont en charge l’alimentation en eau, dans le secteur privé comme dans le secteur public, une approche fondée sur une gestion intégrée des eaux est une nécessité, c’est-à-dire une gestion coordonnée des eaux souterraines, des rivières, des lacs et des réservoirs.

Les activités économiques qui ne sont pas directement liées aux eaux souterraines jouent également un rôle important dans la manière dont l’eau peut être utilisée globalement. Ainsi, la promotion des moyens de subsistance alternatifs en milieu rural, des activités telles que la fabrication de briques ou le textile qui exigent moins de ressources en eau que l’agriculture, favoriserait une diversification positive de l’économie et permettrait de la rendre moins dépendante de l’irrigation qui constitue aujourd’hui une utilisation particulièrement lourde et coûteuse des eaux souterraines. D’une façon générale, le développement économique offre aux pays et à leurs communautés « plus d’options » menant à moins de dépendance vis-à-vis des eaux, qu’elles soient souterraines ou de surface.

Pour diversifier les économies rurales, il est indispensable d’investir dans la formation et dans la mise en place de crédits qui permettrait de voir apparaître et se développer des activités locales alternatives.

D’après le rapport sur la fragilité des eaux souterraines, cela exigerait sans doute un changement dans la manière dont le secteur privé spécialisé dans l’eau envisage son activité, ainsi qu’un travail en collaboration avec les départements nationaux en charge de l’industrie, du commerce ou de l’éducation.

Dans un grand nombre de pays en développement, y compris dans certains pays d’Afrique, le manque de transparence, de données et d’informations tangibles sur l’état des eaux souterraines rend difficile la définition d’un plan d’actions. Rendre ces données et ces informations publiques est d’autant plus crucial et vital lorsque les aquifères font l’objet d’un partage entre plusieurs pays.

Dans ce cadre, un programme exploratoire, coordonné par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO), mené dans sept villes d’Afrique de l’ouest dont Abidjan, Niamey et Dakar, a permis d’identifier les cas de pollution les plus critiques et de définir les menaces qui pèsent sur les aquifères. Le projet a été étendu à trois pays d’Afrique de l’est : l’Ethiopie, le Kenya et la Zambie.

Note aux éditeurs : le rapport « Les eaux souterraines et leur vulnérabilité : une évaluation globale du problème et des options de gestion » est disponible auprès de Earthprint www.earthprint.com

Il est également disponible, tout comme le rapport sur les aquifères des villes d’Afrique de l’ouest, sur le site http://www.unep.org/DEWA/water/groundwater/groundwater_report.asp

Chaque année les principales cérémonies de la Journée mondiale de l’environnement se déroulent dans une ville à l’invitation d’un gouvernement. Cette année les événements auront lieu à Beirut.

La Journée mondiale de l’environnement, considérée comme un des événements les plus importants du calendrier environnemental, est célébrée chaque année dans plus de 100 pays. Cette occasion permet de stimuler l’action politique au niveau national mais également dans les communautés. Les gouvernements, les individus, les organisations non gouvernementales, les groupes communautaires et les jeunes, le secteur des affaires et de l’industrie ainsi que les médias entreprennent un grand nombre d’actions diversifiées destinées à renouveler leur engagement dans la protection de l’environnement.

Les individus et les organisations sont invités à faire parvenir les détails des projets et des événements qu’ils envisagent de réaliser dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement et à s’informer sur les différentes actions mises en œuvre par d’autres dans le monde entier.

Le site de la Journée mondiale de l’environnement : www.unep.org/wed

Pour plus d’informations, contactez :

Eric Falt, Porte-parole du PNUE et directeur de la Division des Communications et de l’Information du Public
Téléphone : 254 (0) 733 682656
E-mail : eric.falt@unep.org

Ou : Nick Nuttall, chef de la section chargée des médias
Téléphone : 254 2 623084 / 254 (0) 733 632755
E-mail : nick.nuttall@unep.org

UNEP News Release 2003/39