Discours novembre 2003 - Si les guerres sont inévitables, les lois pour l'environnement le sont aussi. - United Nations Environment Programme (UNEP)
Programme des Nations Unies pour l'environnement
l'environnement au service du développement Rechercher 
Salle de presse
 
 Accueil
 Contacts Médias
 Communiqués de  presse
 A la une
 Discours
 Photos
 Audiovisuels
 Films et Vidéos
 RSS / Baladodiffusion
 Affiches
 E-Cards

 

 

 Imprimer [English]
 

Si les guerres sont inévitables, les lois pour l'environnement le sont aussi.

6 novembre 2003 – La guerre doit et devrait toujours être le dernier recours, mais en cas de conflits, les parties en guerre ont le devoir de minimiser les victimes et la souffrance de ceux qui se trouvent sous les feux croisés.

Une autre responsabilité doit être prise en considération, notamment le devoir de minimiser les atteintes a l’environnement et la pollution de l’air, de l’eau et du sol.

Dans l’après guerre il sera encore plus difficile pour la société de retrouver sa dignité, sa santé et envisager son avenir si les ressources naturelles dont dépend la population pour sa survie ont été partiellement ou entièrement détruites.

L’environnement a été depuis la nuit des temps une des victimes de la guerre.

Au cinquième siècle av. J.-C., les Chiites ont appliqué la politique de la terre brûlée et ont empoisonné les ressources en eau afin de ralentir l’avancée des Perses. A la fin de la dernière des guerres puniques, au second siècle av. J.-C., les envahisseurs Romains, ont salé les sols aux alentours de Carthage pour les rendre improductifs et afin que la région devienne inhabitable.

L’environnement est ce que nous pourrions appelé un « passant innocent » qui n’est pas victime d’un acte délibère mais comme résultat d’une attaque à une cible telle qu’une installation chimique ou un barrage hydro-électrique.

L’environnement peut également être victime de la surexploitant des ressources naturelles par les militaires. Pendant la Première Guerre Mondiale les turques ont quasiment réduit a néant les forets du Liban pour ravitailler en carburant leur chemin de fer.

Plus récemment, en République Démocratique du Congo, au Rwanda et au Soudan, des rhinocéros, des gorilles et autres animaux sauvages ont été décimés pour permettre de financer les différentes armées.

Alors que la capacité du genre humain de faire la guerre avance de front avec de nouvelles armes de plus en plus puissantes, les lois et les règles visant à minimiser l’impact sur les ressources naturelles sont loin a la traîne.

Nous avons les quatre Conventions de Genève de 1949 qui ont effectivement des implications environnementales. Cependant, leur objectif premier reste la protection des civiles, des prisonniers de guerre, des malades et des blessés ainsi que des objets culturels tels que des monuments de renommée internationale. Il y a eu également une myriade de traités visant à mettre hors la loi des cibles sensibles telles que les barrages, ou des actions militaires telles que mettre le feu aux récoltes qui ont pour objectif de démoraliser les populations civiles plutôt que l’armée ennemie.

Il y a par ailleurs des traités qui tentent de réglementer l’utilisation des armes qui peuvent avoir un impact sur l’environnement. Notamment la Convention de 1997 sur les armes chimiques et les conventions relatives aux armes nucléaires et aux mines terrestres.

Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas eu de tentatives visant à prendre en considération les aspects environnementaux de la guerre.

L’article 35 de ce qui est connu comme le Procole 1 de Genève, concernant la prohibition d’utiliser « des méthodes ou des moyens de guerre visant a, ou pouvant provoquer, de grave dommages à l’environnement naturel ».

La Convention concernant la prohibition d’utiliser des modifications techniques de l’environnement à des fins militaires ou hostiles (ENMOD), prend en compte de nouvelles technologies qui pourraient, par exemple, modifier le système météorologique dans le cadre d’une guerre.

Mais la plupart des experts en droit international considèrent que ces traités et d’autres encore ne permettent pas vraiment de contrer le danger que constitue tout conflit pour l’environnement.

Dans un nouveau rapport commandité par le Ministère de l’environnement allemand, Daniel Bodansky de la School of Law, Université de Georgie, soutien que l’obligation de prouver qu’il s’agit de « dommages graves, étendus et a long terme » rend le Protocole 1 de Genève inefficace au regard de la protection de l’environnement.

Le fait que la catastrophe écologique dont se sont rendus responsables les forces iraquiennes en 1991 en mettant le feu à presque 700 puits de pétrole est 40 fois supérieur au désastre de l’Exxon Valdez en Alaska, donne à réfléchir.

Le Protocole n’est pas très explicite non plus au sujet des risques a long terme, ce que l’on appelle communément « le principe de précaution » et qui régie bon nombre des traités modernes qui prennent en considération toutes les données, de la couche d’ozone au changement climatique.

Il est possible que - dans environ 20 ans - certains cas de pollution pouvant survenir sur les sites de guerres récentes apparaissent comme des risques à long terme pour l’environnement et la santé.

Les victimes civiles, les populations déplacées et le pillage de ressources, seront et doivent être au centre de nos préoccupations pendant et tout de suite après la fin des hostilités. Cependant le rôle fondamental que joue l’environnement pour la stabilité d’un pays et de ses habitants, ne peut être ignore.

Lentement l’opinion internationale réalise qu’il existe des liens très forts entre un environnement sain et l’équilibre national et régional, ce que l’on définit aujourd’hui « sécurité environnementale ». Il y a plusieurs moyens d’assurer la protection des ressources naturelles pendant les conflits. Certain sont des mécanismes juridiques, d’autres sont des codes de conduite destinés aux chefs militaires sur ce qui peut être considéré comme une cible légitime.

Doit-on condamner l’attaque à un pétrolier se trouvant à proximité de la barrière de corail comme une action inacceptable ou bien comme un acte de guerre légitime ? Les actions visant à mettre hors usage les ressources pétrolières de l’ennemie peuvent-elles justifier la destruction d’un écosystème qui permet à des centaines - peut être des milliers de pauvres - de survivre grâce à la pêche ?

Ces questions sont un exemple des problèmes que la communauté internationale se doit de prendre en compte. Le droit international est encore au stade de l’enfance, la guerre l’a dépassée depuis longtemps. Il est grand temps pour le droit international de passer à l’age adulte.

Les Conventions de Genève dans leur expression originale prouvent que le monde est capable de prendre des mesures humanitaires visant à limiter la souffrance, de nombreux pays adhèrent à ces principes.

Les Nations Unies depuis la guerre des Balkans ont commencer a établir de plus en plus fréquemment des liens entre l’évaluation environnementale et l’effort humanitaire, ce qui donne une indication de l’importance du problème.

C’est pourquoi, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale pour la prévention de l'exploitation de l'environnement en temps de guerre et de conflit armé, nous souhaitons vous inviter a réfléchir sur les prochaines démarches à entreprendre afin de faire entrer les lois de la guerre dans un 21eme siècle ou le développement durable aura une place de plus en plus importante.