Discours - Mars 2004 - La corrélation entre agriculture et effort mondial pour reconstituer la couche d’ozone - United Nations Environment Programme (UNEP)
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La corrlation entre agriculture et effort mondial pour reconstituer la couche d'ozone

De Klaus Toepfer, Directeur excutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE)

Montral/Nairobi, le 24 mars 2004

Il peut paratre incongru premire vue de relier tomates, poivrons, et fraises de vos assiettes avec la lointaine couche d'ozone.

Encore plus d'associer ce sport populaire qu'est le golf avec la fine pellicule gazeuse situe 50 kms au dessus de nos ttes, qui protge la vie de la plante du dangereux rayonnement ultra-violet.

Cette corrlation entre agriculture et effort mondial pour reconstituer la couche d'ozone est pourtant ce qui occupe les penses de tous les participants la rencontre intergouvernementale, qui se tient aujourd'hui (24 mars) Montral.

L'utilisation du bromure de mthyle sera au centre des discussions. Ce puissant pesticide est employ par les marachers, les horticulteurs, et les producteurs de tabac et de gazon de terrain de golf, pour fumiger les sols.

Le dbat portera plus prcisment sur la quantit de cette substance appauvrissant la couche d'ozone, qui devrait tre autorise aprs 2005.

A cette date, arrte il y a quelques annes, le bromure de mthyle doit en effet tre totalement limin.

Mais des agriculteurs en Australie, en Europe et aux Etats-Unis sont inquiets. Inquiets que le recours des substances alternatives, sans danger pour la couche d'ozone, se rvle trop cher, indisponible ou inadquat pour certaines de leurs rcoltes.

Ces agriculteurs demandent donc un dlai supplmentaire, et leurs gouvernements de chercher obtenir une exemption des fins d'utilisation essentielle pour assouplir les dlais qu'ils s'taient engags respecter dans l'application du Protocole de Montral.

Le niveau d'exemption requis correspond environ 12 000 tonnes de bromure de mthyle, ce qui reprsente plus du tiers de la quantit totale de pesticide utilise en 1991, date laquelle sa suppression progressive fut dcide.

C'est pourquoi tous les regards, et celui du PNUE en premier lieu, sont tourns vers Montral, la ville o fut ngoci en 1987 le Protocole relatif aux substances qui appauvrissent la couche d'ozone.

Le Protocole, qui fut labor aprs la dcouverte en Antarctique d'un trou dans la couche d'ozone d aux substances chimiques produites par l'homme, a sans aucun doute t l'une des plus grandes success stories de l'histoire de la protection environnementale.

Ce protocole est en effet un tendard pour le PNUE, et 185 pays ont depuis produit des lgislations nationales pour sauver la couche d'ozone.

Tant la coopration intergouvernementale que le secteur industriel et l'opinion public ont t engags dans cet effort pour liminer graduellement les produits chimiques appauvrissant la couche d'ozone.

Mise part des utilisations spcifiques et petite chelle, les pays dvelopps ont dj radiqu le chlorofluorocarbure (CFC). Cette substance tait de fait largement rpandue dans les bombes arosol, les cannettes ou encore les vernis employs dans la fabrication des meubles.

L'industrie chimique, au dpart convaincue que l'usage de substances alternatives serait pnalisant en termes conomiques, a depuis relev le dfi et propose aujourd'hui des produits respectueux de la couche d'ozone.

Les pays en dveloppement ont galement mis en oeuvre avec succs l'limination graduelle des CFC, dans le respect des objectifs et des dlais fixs par le Protocole, grce au Fonds Multilatral pour la mise en oeuvre du Protocole de Montral, un mcanisme d'assistance financire.

Ce Fond, cr en 1990, a jusqu' prsent octroy 1 milliard de dollars d'aide aux pays les plus pauvres, pour qu'ils puissent renoncer la production et l'utilisation de substances chimiques nfastes la couche d'ozone.

Le rsultat de tous ces efforts a t sans commune mesure. En 1986, la consommation totale mondiale de CFC atteignait 1,1 million de tonnes. A la fin des annes 1990, elle ne reprsentait plus que 146 000 tonnes.

Sans cette action, la consommation de CFC aurait pu atteindre les 3 millions de tonnes en 2010, et 8 millions en 2060, causant une perte de 70% de l'ozone stratosphrique, et un accroissement de 50% de la prsence des rayons ultra-violet dans l'atmosphre.

Les consquences sur la sant d'un statu quo auraient t effroyables.

Cela aurait pu conduire un surcrot de 19 millions de cas de cancers non-mlanomes, 1,5 millions de cancers mlanomes, et 130 millions de cas de cataractes.

Fort heureusement cela ne se produira pas. Nous avons aujourd'hui pour objectif de reconstituer totalement la couche d'ozone dans les 50 prochaines annes.

Des alternatives au bromure de mthyle sont dj disponibles et utilises par des agriculteurs travers le monde. La gamme de produits va des traitements respectueux de l'environnement la strilisation la vapeur des sols.

Ce n'est pas la premire tentative d'exemption. Les CFC sont encore utiliss par certains inhalateurs prescrits dans le traitement de l'asthme.

Les gouvernements ont approuv cette occasion l' exemption des fins d'utilisation essentielle . Mais dans ce cas prcis, on ne peut pas parler d'une atteinte au Protocole. Les quantits autorises ont en effet t rduites de 15 000 tonnes en 1996, 4 000 tonnes en 2004.

Nous nous attendons ce que les gouvernements adoptent une position identique concernant l' exemption des fins essentielles du bromure de mthyle, afin que quelque soit le niveau approuv, la dure de l'exemption reste suffisamment limit dans le temps pour ne pas remettre en cause les dlais gnraux d'limination de ce pesticide, tels que dfinis par le Protocole.

Autrement dit, nous souhaitons que les dcisions prises Montral nous mnent vraiment une rduction des substances appauvrissant l'ozone.

Prserver l'intgrit du Protocole est primordial, car la communaut internationale ne peut se contenter d'un succs partiel et d'un travail inachev.

Cela pourrait avoir des consquences qui vont bien au del de la question de la couche d'ozone, remettant en question la totalit de nos objectifs et de nos plans pour le dveloppement durable.C'est donc pour nous l'occasion de raffirmer galement nos ambitions d'approvisionner en eau potable 1,1 milliards de personnes, de protger et d'tendre la vie sauvage, et de rduire les menaces lies au rchauffement plantaire.