Discours - Juin 2004 - Créer le climat pour un changement - United Nations Environment Programme (UNEP)
Programme des Nations Unies pour l'environnement
l'environnement au service du développement Rechercher 
Salle de presse
 
 Accueil
 Contacts Médias
 Communiqués de  presse
 A la une
 Discours
 Photos
 Audiovisuels
 Films et Vidéos
 RSS / Baladodiffusion
 Affiches
 E-Cards

 

 

 Imprimer [English]
 

Créer le climat pour un changement

par Klaus Toepfer
Sous-secrétaire des Nations Unies
Directeur exécutif, Programme des Nations Unies pour l’environnement

Bonn, le 3 juin 2004 - Le monde se focalise actuellement sur l’augmentation du prix du pétrole et sur les problèmes importants de sécurité . Toutefois, deux menaces mondiales, plus profondes et plus insidieuses, se profilent, qui pourraient avoir à long terme une incidence encore plus grande du point de vue de la sécurité nationale et internationale. Ces menaces – dégradation de l’environnement et pauvreté – sont comme une hydre à deux têtes qui met en danger le tissu même de nos systèmes économiques et démographiques.

Si certains peuvent penser qu’il s’agit encore de cette peur que « le ciel nous tombe sur la tête », sachons qu’un tiers de la population mondiale, soit près de deux milliards d’hommes, femmes et enfants, vivent avec moins de deux dollars par jour. Souvent, ce maigre revenu ne permet même pas de manger, et encore moins d’avoir accès à l’électricité, à une eau ‘propre’ et à l’éducation.

Ces gens doivent recourir à des combustibles de mauvaise qualité comme le bois, les déchets végétaux et les excréments d’animaux, pour cuisiner et se chauffer. Les fourneaux qu’ils utilisent sont inefficaces et responsables d’une importante pollution des habitations, à l’origine de maladies respiratoires et d’autres problèmes de santé. L’utilisation de ces combustibles contribue à la disparition des forêts, à la pollution de l’eau et à la formation de brouillards.

Les familles les plus pauvres du monde sont aussi sur la ligne de front des changements climatiques qui, pour de nombreux scientifiques et le secteur des assurances, s’accentuent déjà vu la plus grande fréquence et magnitude des catastrophes climatiques.

Les gouvernements prennent lentement conscience que la sécurité nationale et la stabilité de l’environnement vont de pair.

Colin Powell, secrétaire d’état américain, le dit en quelques mots dans un numéro récent du magazine du PNUE ‘Notre Planète’, « …le développement durable est également un impératif de sécurité. La pauvreté, la dégradation de l’environnement et le désespoir sont destructeurs : ils détruisent les gens, les sociétés, les nations ; leur alliance peut déstabiliser des pays et même des régions entières. »

Heureusement, il existe des solutions.

Le besoin d’énergie est au cœur de la problématique du développement. Des formes d’énergie propres, modernes et durables, capables de conduire au développement durable et à la réduction des impacts environnementaux, existent aujourd’hui et elles sont abordables, tout particulièrement si l’on tient compte des coûts environnementaux et sociaux dans le prix des combustibles fossiles.

En outre, même de petites améliorations du type et de la qualité des énergies accessibles aux populations rurales des pays en développement peuvent produire des avancées significatives sur le plan environnemental, économique et social.

Au cours des dix dernières années, l’expérience du développement international à montré qu’aider les populations locales à s’aider elles-mêmes exige un engagement en temps et argent qui doit être ferme et à long terme, mais qui prendra souvent une autre forme que les programmes d’aide internationaux du passé.

Dans un monde idéal, il n’y aurait pas de subventions pour amener les technologies à maturité et tous les coûts environnementaux, de sécurité et autre coûts sociaux externes seraient inclus dans le prix de l’énergie. Mais dans le monde réel, les technologies classiques bénéficient encore d’énormes subventions, les énergies renouvelables moindrement tandis que presque aucun des coûts sociaux et environnementaux n’entrent en ligne de compte dans le prix de l’énergie.

Il faut que cela change.

Au lieu des changements climatiques, de la pollution de l’air et de la pauvreté énergétique, il faut créer le climat pour un changement.

Mais le changement ne peut venir que d’un engagement inébranlable. Il est temps de se mettre au travail. Les énergies renouvelables sont nécessaires au développement durable, mais elles nécessitent un investissement. Cet investissement ne peut se limiter à la technologique, il doit également concerner les hommes et les capacités pour conduire au développement durable.

Soyons clairs : les nombreuses formes d’énergies renouvelables n’entreront pas dans la famille des énergies courantes sans un soutien plus substantiel en recherche et développement, de meilleures incitations et des marchés plus mûrs qui intègrent les coûts sociaux et environnementaux au prix de l’énergie. Nous devons comprendre qu’en matière de politiques énergétiques, la force, la clarté et la stabilité sont les caractéristiques qui attirent les capitaux du secteur privé.

Nombreux sont ceux qui ont critiqués ces politiques et engagements comme étant trop coûteux et trop dommageables pour nos économies. Mais ceci n’a pas lieu d’être.

A Bonn cette semaine, des représentants de nombreux gouvernements débattront du potentiel des énergies renouvelables. Les Nations Unies estiment que cette conférence est une étape importante pour renforcer les engagements pris par les gouvernements au Sommet mondial sur le développement durable qui s’est tenu à Johannesburg il y a deux ans.

Bonn sera aussi l’occasion d’en apprendre davantage sur l’évolution rapide des technologies, d’échanger des points de vue, d’envisager de nouvelles ouvertures et « d’inventer » un nouvel avenir.

Comme l’a fait observer Thomas Edison, « la meilleure façon de prédire l’avenir est de l’inventer ».

L’avenir pourrait être l’économie de l’hydrogène, avec des piles à combustibles alimentées par de l’hydrogène obtenu par électrolyse grâce à l’électricité fournie par des éoliennes ou des panneaux solaires sur les toits, ou même de l’hydrogène produit par des algues poussant dans les mares sur les surfaces de plus en plus grandes de terres salines. Mais tout ceci ne serait-il encore qu’en gestation dans notre imagination.

Dans cet esprit, écartons-nous dès aujourd’hui de l’attitude « les affaires comme d’habitude », pour créer tout à la fois une production d’énergie propre et sûre, un environnement sain et un monde libéré de la pauvreté.