Discours - Février 2005 - Le trouble-fête - United Nations Environment Programme (UNEP)
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Le trouble-fête

par Klaus Toepfer, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) à l’occasion de l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto

C’était au siège du PNUE à Nairobi où la pendule a commencé à marquer l'entrée en vigueur du premier traité mondial sur les changements climatiques.

Il y a près de 90 jours, nous applaudissions l'Ambassadeur de Russie Andrey Denisov tandis qu'il remettait au Secrétaire général Kofi Annan les documents de ratification du Protocole de Kyoto par son pays.

Par cet acte symbolique, qui eut lieu lors d'une réunion exceptionnelle du Conseil de sécurité des Nations Unies, le traité venait d'atteindre le seuil des 55 pour cent des émissions des pays industrialisés nécessaire à lui conférer un statut juridique.

Que cette remise en main propre se soit déroulée en Afrique est un fait particulièrement poignant. Car c'est sur ce continent que le choc du réchauffement mondial, s’il n’est pas contrôlé, sera ressenti le plus durement.

Cette entrée en vigueur survient dans ce qui semble être une année d'une dynamique prometteuse. En septembre, à une session de l'Assemblée générale des Nations Unies, les pays se pencheront sur les progrès accomplis pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Ces objectifs couvrent les principaux défis que le monde doit relever : aussi bien combattre la pauvreté et augmenter le pourcentage de personnes ayant accès à de l'eau potable propre en quantité suffisante que donner un accès universel à l’école primaire et réduire la prolifération des maladies infectieuses.

Un rapport du Groupe d’action sur les OMD, établi à la demande du Secrétaire général et présidé par Jeffrey Sachs de l’Université de Columbia, a clairement démontré que l’environnement est une pierre angulaire pour remplir tous les Objectifs.

Cette simple constatation aura une grande importance lorsque plus de 100 ministres de l’environnement se réuniront la semaine prochaine à Nairobi lors de notre Conseil d’administration, pour planifier et approuver les prochaines activités de notre organisation.

Les résultats du Groupe d’action, tels que publiés dans le rapport sur l’environnement et le bien-être humain ‘Environment and Human Well-Being’ , souligne aussi que les changements climatiques sont «le trouble-fête» capable de court-circuiter nos efforts pour rendre la planète plus saine, plus juste et renforcer sa capacité de régénération.

Les changements climatiques sont aussi soulignés dans le rapport Un monde plus sûr : notre affaire à tous du Groupe de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement du Secrétaire général.

Entretemps, le Premier ministre britannique Tony Blair a fait de la double problématique des changements climatiques et de l’Afrique la priorité des présidences britanniques du G-8 et de l’Union européenne.

Les changements climatiques sont une fois de plus sous les projecteurs. Une fois de plus l’Afrique est le continent où les OMD s’avèrent le plus difficile à réaliser.

Nous devons donc profiter de cette mobilisation politique sans précédent pour nous efforcer à dépasser les objectifs et calendriers du Protocole de Kyoto et réduire encore plus les gaz à effet de serre pour stabiliser le climat.

Nous avons aussi une nouvelle connaissance qui devrait encourager les leaders encore indécis à aborder la question des réformes nécessaires pour que la planète bénéficie d’un taux de carbone bas.

Le Panel intergouvernemental sur les changements climatiques (IPCC), le corps scientifique qui conseille les gouvernements et qui a été établi par le PNUE et l’Organisation Météorologique Mondiale, a conclu il y a quelques années que les températures mondiales peuvent augmenter de 5.8 degrés C d’ici 2100 si rien n’est fait.

Toutefois, le journal Nature rapporte que des chercheurs ont conclu il y a quelques semaines que celles-ci pouvaient augmenter encore plus d’ici la moitié du siècle.

Un autre rapport, lancé aussi il y a quelques semaines par le Groupe international d’action sur les changements climatiques, une alliance entre trois ‘think tanks’ basés aux Etats-Unis, en Australie et en Grande-Bretagne, conteste que même une augmentation de 2 degrés C peut conduire la planète au-delà du point de non retour.

On est terrifié à la lecture de ces deux rapports qui montrent une évolution incontrôlable de la planète.

J’espère que ces nouveaux calculs vont se révéler faux. Cependant, il semble que plusieurs prévisions précédentes soient complètement dépassées.

Un rapport qui sera lancé lors de notre Conseil d’Administration montre que le réchauffement global serait déjà en train de modifier les modèles de circulation océanique, avec des conséquences climatiques à l’échelle globale et régionale.

Fin 2004, une évaluation des impacts sur l’Arctique a conclu qu’au cours des trois dernières décennies, la fonte de la glace marine de l’océan Arctique a diminué en moyenne de 8% par année, exposant ainsi un territoire plus large que le Texas et l’Arizona réunis. L’effet est plus dramatique en été, avec la baisse de 20% du niveau de la glace.

D’ici 2100, près de la moitié de la glace marine pourrait avoir fondu, avec des conséquences non seulement sur les systèmes climatiques à l’échelle globale mais aussi sur la population et la faune arctique.

L’Arctique est le baromètre de la terre et son climat naturel représente un système d’alerte. Cependant, il n’est pas le seul endroit où la nature est en évolution à cause de l’augmentation des températures.

Selon l’industrie de réassurance, 2004 a été une année de pertes records pour les assurés à cause des nombreuses catastrophes climatiques prévues par les scientifiques.

Les pertes des non assurés, particulièrement importantes pour le progrès des pays en développement et pour les plus pauvres parmi les pauvres, s’élèvent à plus de 90 milliards de dollars, même sans la prise en compte du tsunami de l’océan Indien.

Par conséquent, apprécions cette journée spéciale qui marque l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, mais célébrons en sachant que nous devons faire des efforts supplémentaires pour réaliser une stabilité climatique, et par conséquent les OMD.

Il y a ceux qui, à l’arrière de la salle, interrompent en criant que sans la signature des Etats-Unis d’Amérique le Protocole est plus mort que vivant.

Mais alors que le gouvernement américain a décidé de dire non au traité de Kyoto, de nombreux Etats des Etats-Unis adoptent ou prévoient d’adopter des mesures de réduction des gaz à effet de serre qui vont dans le même sens que le Protocole.

De nombreuses entreprises sont aussi mobilisées et très désireuses de participer aux nouveaux mécanismes d'échange des permis d'émissions qui s'offrent à elles. Le gouvernement lui-même a entrepris de promouvoir l'efficacité énergétique et des technologies de rechange comme les piles à combustibles et le solaire.

Avec le baril de brut à plus de 50 dollars, et le peu de probabilité qu'il nous offre à nouveau le luxe des cours plus bas du passé, la recherche de nouvelles sources d'énergie et de l'efficacité énergétique deviennent rapidement très alléchantes d'un simple point de vue de stabilité économique et énergétique.

Les pessimistes, qui s'entendaient pour dire que Kyoto n'entrerait jamais en vigueur, ont dû admettre leur erreur.

Leur combat s'est en partie maintenant tourné contre la Déclaration du Millénaire et ses huit objectifs.

Il nous faut donc agir prestement pour dépasser Kyoto. Nous devons diriger les efforts de la planète entière vers une réduction de 60 pour cent des émisssions de gaz à effet de serre pour protéger le climat.

En se faisant, nous pourrons non seulement réduire le risque d'une augmentation des catastrophes liées au climat, mais du même coup assurer la stabilité de l'environnement, ce qui de toute évidence décidera du sort des Objectifs du Millénaire pour le développement - leur réussite ou l'échec.

 



 

 

Autres Liens

Le Protocole de Kyoto
Texte intégral

Le Secrétariat de la Convention-cadre sur les changements climatiques
Site officiel

Le Protocole de Kyoto entrera en vigueur le 16 février 2005
Communiqué de presse

La 10ème Session de la Conférence des Parties (CdP -10)
Buenos Aires, Argentine

 

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