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Kofi Annan lauréat du prix Zayed international pour l’environnement

Lauréat du prix Zayed international du leadership mondial pour l’environnement, Kofi Annan appelle à une action urgente face aux changements climatiques
Dubaï, Émirats arabes unis, le 6 février 2006

Altesse, [le cheikh Mohamed ben Rachid el Maktoum, Vice-Président et Premier Ministre des Émirats arabes unis et souverain de Dubaï]
Monsieur le Ministre d’État, [M. Witoelar, Ministre d’État de l’Indonésie à l’environnement et Président du Conseil d’administration du PNUE]
Éminentes personnalités,
Monsieur le Président de la Fondation, [M. Fahad, Président de la Fondation du prix international Zayed]
Chers colauréats,
Mon cher Klaus,
Mesdames et messieurs

Je suis heureux de me trouver aux Émirats arabes unis et grandement honoré de recevoir ce prix qui porte le nom du cheikh Zayed ben Sultan el Nahian, dont l’attachement à la cause de la défense de l’environnement est bien connu de tous, ici et dans le monde entier.

Je tiens à remercier Son Altesse le cheikh Mohamed ben Rachid el Maktoum d’avoir eu l’inspiration de créer ce prix et la générosité de le parrainer.

D’autre part, je tiens à présenter mes sincères condoléances à Son Altesse et au peuple de Dubaï pour le décès, qui a été un choc pour nous tous, le mois dernier, de celui qui gouvernait l’Émirat, le cheikh Maktoum ben Rachid el Maktoum En cette période de deuil, notre témoignage de sympathie s’adresse particulièrement au cheikh Mohamed et aux autres membres de la famille Maktoum.

Se trouver aux Émirats arabes unis, et particulièrement ici à Dubaï, c’est être sur le lieu d’un des grands miracles économiques que le monde a connus.

C’est être dans un pays dont les dirigeants et le peuple ont appris combien il importait d’exploiter rationnellement des ressources rares.

C’est être dans un pays qui connaît l’importance du capital humain et intellectuel Placé au cœur de la région qui est le centre pétrolier du monde, Dubaï ne tire du pétrole que 6 % de ses revenus.

Enfin, c’est être dans un pays dont la civilisation est bâtie sur de fortes valeurs culturelles et spirituelles et qui sait bien qu’il n’y aura pas de développement durable si on ne se soucie pas du capital « nature » de la Terre et si on ne l’économise pas.

Cette constatation est un des fondements de la mission mondiale de l’ONU pour la paix et du développement.

Et pourtant, il est trop souvent arrivé que l’environnement soit considéré comme une corne d’abondance inépuisable, une richesse que l’homme pouvait exploiter sans se soucier des conséquences Ce n’est qu’après coup qu’on pensait à la protection de l’environnement, et même alors elle pouvait passer pour un luxe.

Maintes fois et maintes fois encore, de l’antiquité aux temps modernes, l’humanité a découvert que de telles suppositions n’étaient que folie.

Aujourd’hui, nous comprenons que le respect de l’environnement est un des principaux piliers sur lesquels s’appuie la lutte que nous menons contre la pauvreté, et qu’il est une des conditions de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.

Mais il n’en reste pas moins, malgré les progrès sensibles réalisés dans certaines régions du monde, que nous n’allons pas assez vite pour faire ce qu’il faut vraiment afin de préserver l’environnement planétaire et de réussir à réaliser un développement durable.

Le Bilan du Millénaire relatif aux écosystèmes, qui a été achevé l’an dernier sous les auspices, notamment, de l’ONU –et qui lui-même fait l’objet d’un des prix de la Fondation Zayed cette année– montre les ravages que les activités de l’homme font subir aux ressources et aux réseaux dont dépend l’existence de la vie sur terre Une prospérité bâtie sur de telles destructions, ce n’est pas de la prospérité mais seulement un peu de temps gagné sur le malheur Si notre agression se poursuit, nous ne connaîtrons guère la paix et nous tomberons dans une pauvreté encore beaucoup plus grande.

Il est particulièrement urgent d’agir face aux changements climatiques Les scientifiques s’accordent généralement à penser que si nous ne révisons pas complètement nos politiques dans les quelques années qui viennent, un avenir plein de dangers nous attend.

Maintenant que le Protocole de Kyoto est entré en vigueur, le monde dispose d’un puissant outil pour stabiliser puis réduire les émissions et financer des projets non nuisibles pour l’environnement dans les pays en développement.

De plus, le monde est sur le point de se lancer sur deux voies parallèles vers l’intensification de l’action dans le monde entier D’une part, il va y avoir des échanges de vues entre les parties au Protocole, et la question d’objectifs obligatoires au-delà de l’horizon 2012 pour les pays industrialisés sera examinée De l’autre, une concertation aura lieu à laquelle participeront toutes les parties à la Convention sur les changements climatiques elle-même, afin d’étudier une gamme plus large d’activités de coopération touchant à la technologie, à l’adaptation et aux mesures volontaires que peuvent prendre les pays en développement.

Je demande instamment à tous les pays de prendre ces discussions très au sérieux Les initiatives régionales ou autres ont leur importance, mais la Convention-cadre reste le mécanisme multilatéral par excellence pour l’action.

Pendant ce temps, ne nous trompons pas sur les enjeux : l’économie reposant sur le carbone, c’est comme une expérience incontrôlée portant sur le climat de la planète, et cela comporte des risques graves pour les écosystèmes, l’activité économique et la santé des populations Il faut absolument que nous réduisions les émissions Mais il faut aussi que nous aidions les plus pauvres parmi les pauvres, ainsi que les personnes vulnérables, à s’adapter aux changements climatiques auxquels nous assistons déjà.

Il est non moins important de changer les mentalités.

Le monde reste prisonnier de la pensée à court terme, dont l’horizon est limité, en politique, par les cycles électoraux et, dans le monde des affaires, par les perspectives de profit Pour réaliser le développement durable, il faut absolument une vision à long terme.

Le monde reste prisonnier de la vieille idée selon laquelle il nous faut choisir entre croissance économique et préservation de l’environnement Mais en réalité, la croissance ne peut pas être durable si l’environnement n’est pas préservé Un emploi sur deux dans le monde – que ce soit dans l’agriculture, l’exploitation forestière ou la pêche – dépend de la durabilité des écosystèmes Les problèmes de santé ne peuvent pas être réglés par le secteur de la santé à lui tout seul Notre lutte contre la pauvreté, les inégalités et la maladie est directement liée à la santé de la planète elle-même.

Et le monde reste dangereusement attaché au pétrole et aux combustibles fossiles, ce qui pose un double problème.

Premièrement, il faut que nous gérions cette ressource avec le plus grand soin et que nous l’exploitions rationnellement, en limitant les répercussions sur l’environnement grâce à la fabrication de charbon plus propre et à l’utilisation de méthodes plus propres d’exploitation des combustibles fossiles Il faut que l’humanité tout entière tire le plus grand avantage possible de chaque baril, galon ou litre consommé C’est ce que nous nous efforçons de faire pour l’eau, selon la devise « plus de grains par goutte » Le Prince Zayed lui-même a compris que ce qui fait la vraie valeur du pétrole, c’est ce qu’il peut apporter à l’amélioration de l’existence des hommes À l’heure qu’il est, deux milliards d’êtres humains comme nous sont privés de services abordables en matière d’énergie.

Deuxièmement, il faut que nous tournions notre regard vers l’avenir, au-delà de l’horizon auquel s’arrête la disponibilité de combustibles fossiles, et que nous favorisions des sources d’énergie de substitution qui soient propres et renouvelables telles que l’énergie solaire ou éolienne et les biocarburants La montée en flèche de la demande de pétrole polarise la pensée comme cela n’avait jamais été le cas dans le monde Le niveau actuellement élevé des cours du pétrole fait que les arguments économiques et écologiques convergent.

Ce pays et cette région sont bien placés pour prendre la tête du mouvement Les pays riches en pétrole peuvent investir dans de nouvelles technologies et dans le transfert des technologies existantes vers les pays pauvres Ce serait dans leur propre intérêt, un signe de sagesse en même temps que de solidarité avec les moins fortunés Ce serait un bol d’air pur pour la planète Le Moyen-Orient était au siècle dernier le principal fournisseur d’énergie, eh bien j’espère qu’en investissant et en montrant la voie, vous deviendrez, ce siècle-ci, le principal fournisseur d’énergies de substitution.

Tout le monde a un rôle à jouer dans le changement de mentalité nécessaire.

Les gouvernements ont le pouvoir énorme de fixer les règles du jeu et de mettre en place les incitations fiscales et autres qui favoriseront le développement durable Les pays développés en particulier, armés de leur richesse et de leur puissance, doivent donner l’exemple.

Les entreprises ont des capacités sans égal pour ce qui est d’innover et d’influer sur les comportements – et sur les capitaux – pour les orienter dans la bonne direction Elles doivent s’activer encore plus pour soutenir les écotechnologies et en faire les secteurs de croissance de demain J’en appelle aux investisseurs institutionnels et aux gestionnaires de caisse de retraite pour qu’ils continuent à s’efforcer de récompenser les sociétés qui ont une idée à long terme de la manière de faire face aux risques environnementaux et d’exploiter les possibilités qui s’offrent, du côté positif L’initiative du Pacte mondial pour l’entreprise citoyenne a pour but notamment de réussir à ce que les principes écologiques aient leur place dans les activités des entreprises et dans les marchés mondiaux Je suis heureux que tant de sociétés présentent leurs réalisations dans une exposition qui se tient dans une autre partie de ce bâtiment.

Enfin, n’oublions pas le pouvoir des citoyens ordinaires, c’est-à-dire celui des consommateurs, des électeurs décidés à exercer leurs droits démocratiques et des innombrables associations de citoyens capables de mobiliser les masses et d’agir à petite échelle, à l’échelon local Le chef d’une de ces organisations reçoit cette année un des prix Zayed, et on ne peut que s’en féliciter.

Demain, les représentants de presque 160 pays, dont environ 125 ministres de l’environnement, se réuniront pour le Conseil d’administration du Programme des Nations Unies pour l’environnement et pour le Forum ministériel mondial pour l’environnement Ces deux chiffres de participation sont des records.

Vous qui jouez des rôles de premier plan sur la scène politique mondiale, il ne saurait y avoir de meilleur moment pour que vous traduisiez en actes l’idée que c’est sur les services relatifs aux écosystèmes que reposent tous nos espoirs de vaincre la pauvreté, de stimuler le développement économique et de bâtir un monde plus stable L’énergie politique est une autre ressource renouvelable dont on dispose sur cette planète Ce qu’il faut réussir à faire, ce qu’il vous faut réussir à faire, c’est l’exploiter bien mieux qu’elle ne l’a été par le passé Il faut que nous cessions de nous soucier autant de la défense de l’économie et que nous commencions à montrer plus de courage politique.

Il ne saurait y avoir de meilleure utilisation de la généreuse somme qui accompagne ce prix que de le consacrer à la cause du développement durable Aussi ai-je l’intention de m’en servir comme mise de fonds initiale dans une fondation que je vais créer, en Afrique, pour l’agriculture et l’éducation des filles Pour l’agriculture, parce que les Africains ont besoin d’une révolution verte Leur continent est le seul qui ne soit pas encore passé par là Et pour l’éducation des filles, parce qu’il n’y a pas plus efficace comme moyen de promouvoir le développement.

Enfin, il ne saurait y avoir de meilleur endroit qu’ici, en plein cœur du Moyen-Orient, pour dire quelques mots de la colère que provoque chez bien des musulmans la publication de caricatures qu’ils trouvent insultantes pour leur religion.

Je comprends ce qu’ils ressentent, et je m’en sens solidaire Mais cela ne saurait justifier la violence, surtout dirigée contre des gens qui n’ont aucun pouvoir sur la publication des dessins en question et qui n’en portent aucunement la responsabilité.

Une fois encore, je demande aux musulmans d’accepter les excuses du journal danois qui a été le premier à publier les caricatures, je leur demande d’agir dans le véritable esprit de leur religion, qui est connue pour la valeur qu’elle attache à la miséricorde et à la compassion, et je leur demande de tourner la page sur ce lamentable incident Je lance un appel à toutes les parties, et surtout aux autorités religieuses et laïques, pour qu’elles fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour réduire les tensions et qu’elles évitent de faire ou de dire quoi que ce soit qui risque de les exacerber Maintenant plus que jamais, c’est le moment pour les hommes de bonne volonté de toutes les croyances et de toutes les communautés de se rassembler, dans un esprit de concertation et de respect mutuel.

Chers amis,

Merci encore de l’honneur que vous me faites en me décernant ce prix Je le reçois avec fierté au nom des hommes et des femmes qui travaillent au service des Nations Unies, des gens profondément dévoués à leur mission en faveur de la paix, de la tolérance et du respect de la dignité humaine, qui s’emploient valeureusement à améliorer à la fois le milieu naturel et l’environnement humain dans lesquels nous vivons.