Communiqués de presse - Avril 2007 - L’Afrique a intérêt à se prémunir contre les bouleversements climatiques - United Nations Environment Programme (UNEP)
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L’Afrique a intérêt à se prémunir contre les bouleversements climatiques

Le GIEC souligne la vulnérabilité de l’agriculture, de la faune sauvage, des infrastructures et des régions côtières de l’Afrique face à l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre

Nairobi, 10 avril 2007 - L’Afrique et ses populations ne pourront s’épanouir que si le continent reçoit une aide urgente d’adaptation aux changements climatiques et les pays industrialisés agissent rapidement pour réduire significativement leurs émissions de gaz à effet de serre.

Le rapport régional du deuxième Groupe de travail du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prédit qu’une augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre provoquera des pénuries d’eau des plus sévères, menaçant entre 400 millions et 1,8 milliards de personnes en Afrique.

La moindre élévation de température pourrait engendrer, dans certains systèmes fluviaux, une baisse des courants d’eau équivalente à la disparition d’un grand barrage.

Le tourisme, souvent tributaire de la nature, sera également affecté : 25 à 40 pour cent de la faune des parcs nationaux d’Afrique subsaharienne (le zèbre par exemple) risquent l’extinction.

Parallèlement, l’étendue des terres arides et semi arides augmentera de plus de 8 pour cent, avec des conséquences sur les modes de vies, sur la lutte contre la pauvreté et sur la réalisation et la poursuite des Objectifs du Millénaire pour le développement.

L’élévation du niveau de la mer, particulièrement le long du littoral est du continent, aggravera les inondations, à un coût allant jusqu’à 10 pour cent du PNB.

Le rapport prévoit également que le blé disparaîtra du continent africain d’ici 2080. Les projections les plus pessimistes estiment que, d’ici 2050, la récolte de soja en Egypte baissera de 30 pour cent et la production de maïs chutera gravement en Afrique australe.

Achim Steiner, Directeur du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), une des organisations fondatrices du GIEC, a déclaré : « Le rapport met en lumière le prix démesuré que doit payer le continent africain suite aux conséquences d’une évolution non maîtrisée du climat, un prix absolument inacceptable pour les 800 millions d’habitants et les générations futures. Alors que l’Afrique est le continent le moins responsable du changement climatique, c’est elle, paradoxalement, qui paiera le plus lourd tribut si les émissions de gaz à effet de serre ne sont réduites. »

« À un certain degré, le changement climatique est une réalité inéluctable. Cette réalité exige qu’on aide l’Afrique à s’y adapter. Elle exige des investissements mais exige aussi des mesures qui protègent les économies, aujourd’hui et dans l’avenir. Ceci ne demande pas seulement des investissements financiers, mais aussi des investissements en termes d’une planification bien pensée (afin que le changement climatique soit au cœur du processus de développement), » a-t-il ajouté.

Les précipitations

Entre 2080 et la fin du siècle, les précipitations moyennes annuelles baisseront d’un cinquième au long du littoral méditerranéen africain. Le littoral nord saharien et celui du nord-ouest africain connaitront le même sort.

Des baisses sont également prévues en Afrique australe, où l’extrême ouest de la région connaîtra une baisse atteignant jusqu’à 40 pour cent pendant les mois de juin à août.

Par contre, la pluviométrie en Afrique de l’est et en Afrique tropicale pourrait augmenter de sept pour cent.

L’eau

Le changement climatique provoquera des pénuries d’eau plus graves. Le nombre exact des victimes dépendra de plusieurs facteurs, dont la croissance démographique. Une hausse de température d’un degré centigrade provoquera, d’ici 2020, une diminution de 10 pour cent des eaux qui se déversent dans le bassin de l’Ouergha au Maroc.

« Si d’autres bassins versants enregistraient une telle baisse annuelle, l’impact dans ces régions seraient, chaque année, égal à la perte d’un grand barrage, » estime le rapport du GIEC.

Il souligne également la vulnérabilité du Bassin de la rivière Okavango, où les effets néfastes du changement climatique surpasseront ceux associés aux barrages et à l’abstraction agricole.

Quant aux courants du Nile, l’évaluation reconnaît que certaines variables, ainsi que la gouvernance à venir, ne permettent pas de prédire comment ils seront affectés.

Une hausse d’un degré centigrade affectera entre 75 et 250 millions de personnes en Afrique, menacées par des pénuries d’eau de plus en plus prononcées; celle de deux degrés affectera entre 350 et 600 millions de personnes, et il est prédit que d’ici 2080, 1,8 milliards seront victimes d’une hausse de température de trois degrés centigrade.

Phénomènes climatiques extrêmes

Les scénarios indiquent que la région du Sahel connaîtra des années de sécheresse et d’humidité extrêmes vers la fin du 21ème siècle.

D’ici la fin du siècle, des tempêtes tropicales plus fréquentes et plus intenses ravageront le sud de l’Océan indien. La violence des cyclones augmentera de jusqu’à 20 pour cent si les températures à la surface de la mer augmentent de deux à quatre degrés centigrades.

La Santé et les maladies

Ce quatrième rapport d’évaluation démontre une confiance scientifique accrue en la fiabilité des modèles climatiques. Cette confiance est particulièrement évidente en matière de propagation du paludisme, maladie que l’on estime menacera 80 millions de personnes additionnelles.

Les conséquences varieront en fonction des régions. L’évaluation estime que d’ici 2050, de vastes étendues du Sahel occidental et presque toute l’Afrique australe et centrale ne constitueront plus un environnement favorable à la transmission du paludisme. Ailleurs, dans les régions à haute densité démographique du Zimbabwe par exemple, le paludisme risque de devenir une maladie courante.

Les régions montagneuses de l’Ethiopie, du Kenya, du Rwanda et du Burundi, aujourd’hui essentiellement exemptes de paludisme, se transformeront, d’ici 2080, en des espaces propices aux moustiques vecteurs du paludisme. Les incidences de paludisme augmenteront également dans les régions montagneuses de l’Angola et de la Somalie, qui aujourd’hui ne connaissent que de rares cas de paludisme.

Agriculture et Pêche

Les conséquences agricoles et halieutiques du réchauffement de la planète en Afrique se feront plus cruellement sentir dans le Sahara. Dans certaines régions du Sahara, les scientifiques prévoient des pertes agricoles représentant jusqu’à sept pour cent du PNB. Les pays d’Afrique de l’ouest et du centre pourraient connaître des pertes de jusqu’à quatre pour cent de leur PNB.

A travers le continent, les revenus agricoles pourraient chuter de 90 pour cent d’ici 2100, les petits agriculteurs étant les plus affectés. L’étude estime cependant que des mesures d’adaptation pourraient atténuer ces effets nuisibles.

Le rapport reconnaît que certaines régions pourraient profiter du changement climatique. Les précipitations accrues et températures plus élevées anticipées pourraient prolonger la période de croissance agricole dans certaines régions, telles les régions montagneuses de l’Ethiopie.

Le dégel des régions alpines, comme celles du Mont Kenya et du Mont Kilianjaro, favorisera la croissance de cultures tempérées comme la pomme, la poire et l’orge.

La production halieutique subira des perturbations dues au dérèglement des courants fluviaux et à l’intrusion d’eau salée aux niveaux des lagunes et des estuaires en aval. Des vents et des turbulences extrêmes, provoqués par le dédoublement de la teneur en dioxyde de carbone, indiquent que la productivité halieutique en Afrique australe pourrait baisser de jusqu'à 60 pour cent.

Les régions côtières

Les plantations de noix de coco et d’huile de palme de la côte du Bénin et de la Côte d’ivoire et d’échalotes au Ghana semblent menacées. Au Kenya, la perte de revenus pour les planteurs de mangue, de noix de cajou et de noix de coco pourrait s’élever à près de $500 millions si le niveau de la mer monte d’un mètre.

D’ici 2050, les inondations menaceront plus de 30 pour cent des rizières de la Guinée. En Erythrée, l’élévation du niveau de la mer de un mètre submergera les infrastructures portuaires de la ville de Massawa, à un coût de 250 millions de dollars.

Adaptation

Une série d’options peuvent aider l’Afrique à faire face aux changements climatiques. Ces options, selon certaines études, pourraient s’avérer rentables. Alors que l’élévation du niveau de la mer dans les pays côtiers pourrait coûter jusqu’à 14 pour cent du PNB, l’adaptation serait moins onéreuse : entre cinq et dix pour cent du PNB.

Faire face aux changements climatiques et s’y adapter est une affaire complexe qui implique des facteurs socio-économiques aussi variés que l’éducation et l’alphabétisation, ainsi que des solutions financières et techniques originales, qui incluent une meilleure compréhension et mise en œuvre des connaissances de peuples autochtones et des stratégies de survie traditionnelles.

Au Soudan, par exemple, les femmes sont directement responsables de la sélection des graines de sorgho à planter. Elles choisissent différentes types de graines, aux propriétés différentes, ce qui assure la résistance de la plante à la majorité des conditions qui pourraient prévaloir lors de la période de croissance.

Dans les régions semi arides, la récupération de l’eau de pluie pourrait devenir une source importante d’eau d’irrigation et de consommation. De meilleurs systèmes d’alerte précoce peuvent contribuer à améliorer la planification des soins médicaux. Dans le cas du paludisme par exemple, qui dans les régions semi-arides est associé à des pluies excessives, « il serait possible de produire des prévisions sur 2 à six mois », déclare le rapport.

En agriculture, le rapport estime que d’autres facteurs pourraient être considérés afin de « renforcer la résistance aux choques, tel que la sécheresse, dont les effets se font sentir sur les réserves nationales de céréales, les marchés à terme de céréales, l’assurance climatique, les transferts bancaires et les projets d’alimentation à l’école ».

Notes aux rédacteurs

Le rapport du Groupe de travail II de la quatrième évaluation du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat est disponible sur le site web du Groupe d’experts : www.ipcc.ch

Pour en savoir plus, veuillez contacter Nick Nuttall, Porte parole du PNUE, au Tel: 254 20 7623084, Mobile: 254 733 632755, E-mail: nick.nuttall@unep.org ou Michael Williams, Section de l’information sur les conventions, on Tel: +41-22-917-8242, Mobile:+41-79-409-1528, courriel : Michael.williams@unep.ch