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Une révolution verte pour nourrir le monde
, Une diminution des pertes de nourriture de la ferme à la cuisine et la transformation des déchets en aliment pour animaux représentent une véritable opportunité.
Nairobi, 17 Février 2009 - Dans son nouveau rapport, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) a présenté un plan de lutte contre la famine et l'insécurité alimentaire en sept points.
Grâce à l'utilisation généralisée de nouvelles méthodes de production, manipulation et élimination des aliments, de la ferme au magasin et du réfrigérateur à la décharge, on pourrait nourrir une population mondiale en augmentation et préserver les services environnementaux qui sont à la base de la productivité agricole.
Selon cette étude, si les systèmes agricoles mondiaux ne sont pas gérés de façon plus intelligente et créative, la crise alimentaire de 2008, qui a replongé des millions de personnes dans la famine, pourrait augurer une crise bien plus grave dans les années à venir.
Ce rapport, intitulé « The Environmental Food crises : Environment's role in averting future food crises », a été rédigé par un large groupe d'experts, qui travaillent ou non pour le PNUE. Il appuie le Groupe de travail sur la crise alimentaire mondiale mis en place par le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon.
Principaux résultats :
- La tendance baissière observée depuis une centaine d'année pourrait prendre fin et les prix risquent d'augmenter de 30 à 50 pour cent d'ici quelques décennies, avec des conséquences tragiques pour ceux qui vivent dans l'extrême pauvreté, qui consacreront jusqu'à 90 pour cent de leurs revenus à l'alimentation. C'est aussi la conclusion de la Banque mondiale qui précise dans un rapport récent que si la production agricole continue de diminuer, les prix pourraient partir à la hausse.
- Si aucune mesure n'est prise, d'ici 2050 un quart de la production alimentaire mondiale pourrait disparaître en raison de « ruptures environnementales ». Déjà les rendements céréaliers stagnent et la pêche décline.
- On estime qu'aujourd'hui les animaux consomment plus d'un tiers des céréales produites et, d'ici 2050, ce pourrait être la moitié. Si l'on continue d'alimenter ainsi un bétail en augmentation, cela aggravera la pauvreté et la dégradation de l'environnement.
- Le recyclage des déchets alimentaires et l'utilisation de nouvelles technologies de fabrication de sucres à partir des restes de paille ou d'oléagineux pour la production de biocarburants, pourraient au contraire constituer une alternative écologique à l'utilisation massive de céréales destinées au bétail.
- Avec tous les poissons rejetés actuellement en mer (30 millions de tonnes par an selon certaines estimations) on nourrirait plus de gens que si la production piscicole et aquacole augmentait de moitié, augmentation nécessaire si l'on veut maintenir d'ici 2050 les niveaux actuels de consommation annuelle par habitant sans qu'augmente la pression sur un environnement marin déjà fortement sollicité.
Le rapport montre que plusieurs facteurs déjà à l'origine de la crise alimentaire actuelle (sécheresses, biocarburants, prix du pétrole élevés, faibles réserves céréalières et surtout spéculation sur les marchés alimentaires) pourraient s'aggraver au cours des prochaines décennies.
Parmi les principaux facteurs qui réduisent les chances qu'on puisse nourrir plus de neuf milliards de personnes d'ici 2050, le changement climatique apparaît comme le plus important. La diminution des ressources en eau et la prolifération de ravageurs tels que les insectes, maladies et plantes adventices, devraient faire baisser les rendements dans le futur.
C'est pourquoi, lors de la prochaine réunion de la Convention des Nations Unies sur le climat à Copenhague dans un peu moins d'un an, les gouvernements devront trouver un nouvel accord mondial profond et décisif.
Le plan en sept points prévoit plusieurs actions :
- Une réorganisation des infrastructures du marché alimentaire pour une règlementation des prix et la mise en place de filets de protection pour les personnes les plus exposées, garantis par des fonds mondiaux ou des microcrédits pour dynamiser la productivité des petits fermiers dans les pays en développement.
- La suppression des subventions agricoles et la promotion de biocarburants de nouvelle génération, à partir des déchets plutôt que des récoltes primaires, pour que diminue la pression sur les terres fertiles et les écosystèmes critiques comme les forêts.
L'amélioration des techniques de gestion et de récupération des eaux de pluie notamment en Afrique, ainsi qu'une aide destinée aux fermiers qui adoptent des méthodes plus diversifiées et respectueuses de l'environnement (qui favorisent les apports « naturels » de pollinisateurs comme les abeilles ainsi que les réserves d'eau et la diversité génétique) peuvent constituer des mesures à moyen et long termes.
Une étude récente effectuée par le PNUE et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) auprès de 114 petites exploitations dans 24 pays africain a été publiée à la fin de 2008.
- Les rendements ont plus que doublé là où sont utilisées des méthodes organiques ou presque organiques, avec un bond de 128 pour cent en Afrique de l'Est.
- Les pratiques organiques génèrent de bien meilleurs rendements que les méthodes traditionnelles ou l'agriculture intensive conventionnelle et elles présentent un grand intérêt environnemental : sol plus fertile, meilleure rétention de l'eau et plus grande résistance à la sécheresse.
Elles peuvent aussi favoriser localement l'éducation et la coopération au sein des communautés.
Selon un rapport présenté par l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (l'OAA-FAO) en avril 2007, les écosystèmes jouent un rôle essentiel dans la production alimentaire. L'Évaluation rapide de la sécurité alimentaire rejoint l'IAASTD dans son rapport sur la production agricole durable en collaboration avec le PNUE en 2008.
La semaine dernière, la CNUCED a déclaré que malgré la crise économique, l'agriculture organique va continuer de se développer et constituer une chance pour les fermiers des pays en développement, notamment en Afrique.
Les ventes de produits organiques certifiés pourraient atteindre près de 70 milliards de dollars en 2012, contre 23 milliards en 2002.
Le Sous-secrétaire général des Nations unies et Directeur exécutif, Achim Steiner, a déclaré : « Nous avons besoin d'une révolution verte dans une économie verte, mais avec un V majuscule. » « Non seulement nous devons réfléchir à nos modes de production alimentaire, mais aussi à nos méthodes de distribution, de vente et de consommation et les faire évoluer pour obtenir de meilleurs rendements, en travaillant avec la nature plutôt que contre elle. »
Il a rajouté que le rapport mettait aussi en lumière l'une des questions les moins traitées : celle des déchets alimentaires entre la ferme et les mers jusqu'au supermarché et la cuisine.
« Plus de la moitié de la nourriture produite aujourd'hui est perdue, gaspillée ou jetée en raison de l'inefficacité de la gestion humaine de la chaîne alimentaire. Le rapport montre bien qu'en gagnant en efficacité, nous pourrions nourrir toutes les populations futures tout en préservant la vie des oiseaux, des poissons et autres animaux sauvages. »
- Aux États-Unis, selon de récentes estimations, de 40 à 50 % des aliments sont gaspillés ou perdus. Près d'un quart des fruits et légumes frais sont jetés entre le champ et la table.
- En Australie, la moitié du contenu des décharges est constituée de résidus alimentaires. Près d'un tiers des aliments achetés au Royaume Uni chaque année n'est pas consommé.
- Dans les pays en développement les pertes, principalement dues au pourrissement et aux ravageurs, sont aussi considérables. Par exemple, en Afrique, les rejets, les pertes après la pêche et le pourrissement représenteraient près d'un tiers des prises.
- Entre la plantation et les moissons, entre 20 et 40 % des récoltes potentielles pourraient être perdues dans les pays en développement, victimes de pestes et de pathogènes.
Cela montre la nécessité d'une meilleure politique de recherche et développement agricole, qui en Afrique représente à peine 13 % des investissements totaux contre plus de 33 % en Amérique latine et plus de 40 % en Asie.
Des solutions innovantes doivent aussi être trouvées. Le Niger, où près de 60 % des oignons récoltés, soit près de 3 000 tonnes par an, sont perdus, est un cas d'école. Le pourrissement des végétaux entraîne l'émission de méthane, un gaz à effet de serre. Les experts cherchent à élaborer des séchoirs solaires ou autres systèmes qui préservent les oignons lors de leur stockage ou de leur transport jusqu'aux marchés.
La dégradation environnementale menace gravement la production alimentaire. Par exemple :
- La fonte et la disparition des glaciers de l'Himalaya, liées au changement climatique, permettent l'irrigation de près de la moitié des productions céréalières d'Asie soit un quart de la production mondiale.
- Au niveau mondial, la raréfaction des ressources en eau pourrait entraîner une baisse de 12 % des rendements agricoles. Le changement climatique pourrait aussi accélérer la prolifération d'insectes, maladies et adventices nuisibles, entraînant une baisse des rendements mondiaux de 2 à 6 % supplémentaires.
- Une poursuite de la dégradation des sols, particulièrement en Afrique, pourrait entraîner une baisse supplémentaire de 1 à 8 %. D'ici 2050, les extensions urbaines, les biocarburants et le coton pourraient avaler 8 à 20 % des terres agricoles et les rendements pourraient baisser de 5 à 25 % en raison des ravageurs, d'une pénurie d'eau ou de la dégradation des sols.
- En Afrique sub-saharienne, on prévoit une forte augmentation de la population, qui devrait passer de 770 millions d'habitants actuellement à 1,7 milliard en moins de 40 ans, alors que le continent est le plus menacé par le changement climatique, la dégradation des sols, la pénurie d'eau et les conflits. À moins d'un important renouveau économique, agricole et financier, la situation pourrait devenir très grave.
- L'utilisation d'une plus grande quantité d'engrais artificiels, de pesticides et d'eau ainsi que la déforestation entraîneront une importante diminution de la biodiversité.
Déjà près de 80 % de toutes les espèces en danger sont menacées par l'expansion agricole et l'Europe a perdu plus de la moitié de ses oiseaux des cultures au cours de ces 25 dernières années d'intensification des pratiques agricoles.
« Une simple évolution des méthodes de production du 20e siècle, à base d'engrais et de pesticides, ne permettra probablement pas de résoudre le problème », a déclaré Achim Steiner. « Cela va affaiblir encore les intrants naturels critiques et les services environnementaux : sols sains et productifs, recyclage de l'eau et des nutriments forestiers et présence de pollinisateurs comme les abeilles et les chauves-souris. »
Note aux éditeurs
Le rapport « The environmental food crisis : Environments role in averting future food crises » est disponible sur les sites www.unep.org ou www.grida.no, avec des graphiques en faible ou haute résolution pour une utilisation gratuite dans des publications.
Il sera rendu public lors de la 25e session du Conseil d'administration du PNUE/Forum ministériel mondial de l'environnement qui se tiendra à Nairobi, Kenya du 16 au 20 février. Il s'attachera avant tout à trouver des solutions à la crise environnementale, financière alimentaire et énergétique actuelle grâce au concept émergent d'économie verte.
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