L'avenir des gorilles en Afrique de plus en plus sombre - United Nations Environment Programme (UNEP)
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L'avenir des gorilles en Afrique de plus en plus sombre

, , , , , , , L'aggravation des impacts du braconnage et du commerce illégal de bois de construction touchent de plein fouet l'habitat et la population de grands singes en Afrique, et ce beaucoup plus rapidement que supposé précédemment.

Le PNUE et INTERPOL appellent au renforcement des contrôles aux frontières

Doha, 24 Mars 2010 - Les gorilles pourraient disparaitre dans une grande partie du Bassin du Congo d'ici 2020, à moins que des mesures drastiques soient mises en place en urgence pour sauvegarder leurs habitats et pour contrer le braconnage, a prévenu le PNUE et INTERPOL.

Les prévisions précédentes du PNUE, faites en 2002, estimaient que 10% de l'habitat original des grands singes subsisterait d'ici 2030.

Aujourd'hui, ces prévisions semblent malheureusement trop optimistes, compte tenu de l'intensification des pressions exercées sur l'espèce telles que l'exploitation minière, l'exploitation forestière illégale, la production de charbon de bois, et la demande accrue de viande de brousse, dont une proportion croissante est de la viande de singe.

La recrudescence du virus Ebola vient s'ajouter aux préoccupations. Cette fièvre hémorragique a tué des milliers de grands singes dont les gorilles. Selon certaines estimations, 90% des animaux infectés sont condamnés.

La nouvelle lancée lors de la réunion de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITIES) au Quatar, souligne que la situation est particulièrement critique dans l'Est de la République Démocratique du Congo (RDC) en raison des dégats occasionés par les milices qui controllent la région.

Le nouveau rapport d'évalution, intitulée "La dernière bataille du gorille - Crime contre l'environnement et conflits dans le Bassin du Congo", rapporte que ces milices de l'Est de la RDC pratiquent toutes sorte de commerces illégaux dont la valeur est estimée à plusieurs millions de dollars par an.

Il indique également que la contrebande ou l'extraction illégale de minerais tels que les diamants, l'or, le coltan et le bois de construction finissent par traverser les frontières, transportée par des passeurs puis vendus aux compagnies internationales avant d'être embarquée vers des pays d'Asie, de l'Union européenne et du Golfe.

L'exportation de minerais et de bois de construction pourrait être 2 à 10 fois plus importante que ce que prétendent les statistiques officielles.

Les Milices - Un Elément Clef

Le commerce illégal est en partie du aux milices opérant aux croisements des frontières, ce qui avec les paiements des taxes routières pourrait leur rapporter entre $14 et $50 millions par an et les aider à financer leurs activités.

En même temps, l'insécurité dans la région a entrainé des centaines de milliers d'individus dans des camps de réfugiés. Les camps de forage et d'extraction, probablement liés aux milices, engagent des braconniers pour fournir les réfugiés et les marchés des villes environnantes avec de la viande de brousse.

« C'est une tragédie pour les grands singes mais aussi pour un nombre incalculable d'autres espèces qui sont touchées de plein fouet par l'intensification de ces pratiques et également bien trop souvent par le commerce illégal.

En définitive, c'est aussi une tragédie pour les personnes qui vivent dans les communautés et les pays concernés. Ces ressources naturelles sont leurs ressources : celles dont dépendent la subsistance et la vie de millions de personnes, » affirme Achim Steiner, le Secrétaire général adjoint de l'ONU et le Directeur exécutif du PNUE.

« En bref, il s'agit d'un crime contre l'environnement et un vol perpétré par un petit nombre de puissants au détriment des pauvres et des plus vulnérables », a-t-il ajouté.

Mr Steiner a accueilli chaleureusement l'implication d'INTERPOL dans ce dossier et appelle la communauté internationale à intensifier ses efforts pour soutenir l'agence du Programme contre les Crime Environnementaux.

Il a également souligné l'importance de renforcer des traités tels que les accords de Lusaka sur les opérations concertées de coercition visant le commerce illicite de la faune et de la flore sauvage qui rassemble huit pays de l'Afrique de l'est et de l'Ouest en soutient à la Convention (CITIES).

Le nouveau rapport du PNUE recommande également de donner un rôle plus important à la MONUC, la force de maintient de la paix de l'ONU présente en RDC dans la région du nord et du sud Kivu.

Renforcer son mandat pour qu'elle puisse soutenir les rangers des Parcs nationaux et contrôler les mouvements aux frontières, en collaboration avec les douanes nationales et les organes internationaux, pourrait être un moyen efficace à long terme pour réduire les activités générant des revenus financiers au profit des milices et ainsi diminuer leurs rôles dans le commerce illégal. Cela signifierait également un retour au calme pour les habitants de la région.

« Les gorilles sont encore une autre victime du mépris affiché par les gangs criminels organisés pour les lois nationales et internationales visant à défendre la nature », a déclaré David Higgins, directeur du Programme des crimes contre l'environnement d'INTERPOL. « L'application des lois doit être internationalement coordonnée, forte et unie, et INTERPOL est idéalement placée pour faciliter ce processus », a-t-il souligné.

« Les 188 pays membres d'INTERPOL sont mandatés et se sont engagés à combattre toutes forme de crime contre l'environnement. Ils s'échangent des informations, des supports opérationnels et des renforts de moyens nécessaires pour combattre ces crimes partout dans le monde. »

Le rapport publié pendant l'Année internationale de la biodiversité de l'ONU s'appuie sur des données scientifiques, des nouvelles études dont certaines ont été faites par satellite, des interviews, des enquêtes et une analyse des preuves fournies par le Conseil de Sécurité de l'ONU.

Les données du rapport ont été compilées par le PNUE et une partie d'entre-elles ont été mises à jour à partir du rapport précédent daté de 2002 intitulé « Les grands singes - La route à suivre ».

Ce rapport de 2002 estimait qu'environ 28%, soit quelques 204 900 kilomètres carré, de l'habitat restant aux gorilles d'Afrique, pourraient être classées comme « relativement intactes ».

« Si les infrastructures continuent à être construite à ce rythme là, l'espace restant pour les gorilles en 2030 ne sera plus que de 69 900 mètres carrés soit 10% du territoire initial. Cela correspond à une perte d'habitat de 2,1% par an, soit 4500 kilomètres carrés, recouvrant plusieurs pays dont le Nigéria, le Gabon, le Cameroun et le Congo », soulignait le rapport à cette époque.

Christian Nellemann, le principal auteur du rapport de 2002 sur les grands singes a reconnu que l'évaluation initiale avait sous-estimé l'ampleur du commerce de la viande de brousse, de l'augmentation de l'exploitation forestière et de l'impact du virus Ebola sur les populations de grands singes.

« Etant donné l'accélération actuelle du taux de braconnage pour le commerce de viande de brousse et la perte de leurs habitat naturel, les gorilles du Bassin du Congo pourraient disparaître de toutes les régions où ils sont présent actuellement d'ici 10 à 15 ans », a-t-il expliqué.

« Nous observons une baisse de la faune sauvage dans de nombreuses parties de la région, avec des répercussions sur le braconnage au delà de la région spécialement en ce qui concerne l'ivoire et les cornes de rhinocéros, impliquant bien souvent les braconniers et les contrebandiers opérant à partir du bassin du Congo, de l'Ouganda, du Burundi et du Rwanda, à destination d'acheteurs en Asie etc. », a-t-il ajouté.

L'envoyé du PNUE et de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) pour le Partenariat de survie des grands singes, Ian Redmond, a souligné que la diminution de consommation de la viande de singe ne porterait pas préjudice à la population locale.

« La viande de singe ne représente qu'une part infime des millions de tonnes de viande de brousse consommée chaque année dans le Bassin du Congo. La retirer du régime alimentaire des consommateurs n'affecterait donc pas vraiment l'apport en protéines mais pourrait aider à enrayer le déclin actuel des populations de gorilles qui étant donné leur structure sociale complexe sont tellement sensibles à la disparition de n'importe quel individu d'un groupe», a-t-il ajouté.

En outre, le rapport contient aussi quelques nouvelles positives comme par exemple la découverte, dans le centre de la zone de conflit de l'Est de la RDC, de 750 gorilles des plaines de l'Est, une espèce en danger critique d'extinction.

L'autre bonne nouvelle concerne la région du Virunga, un domaine situé entre le Rwanda, l'Ouganda et la RDC. Les gorilles y ont survécu pendant plusieurs périodes d'instabilité grâce à la collaboration transfrontière entre les trois pays, une meilleure application de la loi et le partage des bénéfices avec les communautés locales.

Enfin, il ne faut pas oublier de citer les efforts des courageux rangers des Parcs nationaux qui ont, par exemple, détruit plus de 1000 fours impliqués dans la production de charbon dans la Parc national de Virunga. Mais cette lutte des gardes du parc à toutefois eu un prix, puisque 190 d'entre eux ont été assassinés dans l'exercice de leurs fonction au cours de ces dernières années, suite aux pertes de revenus que leurs activités de protection de la nature occasionnaient aux milices.

Le PNUE et INTERPOL soutiennent qu'il faut mobiliser d'importantes ressources pour renforcer les lois et pour entraîner les rangers sur le terrain, ce qui signifie une augmentation des moyens sur le long terme.

Ceci inclus un appel de fonds pour financer les investigations internationales concernant les crimes environnementaux dans la région, et pour permettre de poursuivre les compagnies étrangères faisant du commerce avec l'Afrique mais aussi le consommateur.

Le Collège africain pour la gestion de la faune à Mweka, près du Kilimandjaro (Tanzanie) a travaillé en collaboration avec le PNUE pour développer des nouveaux programmes anti-braconage dans le cadre de ce rapport. Le Collège entraîne notamment des rangers à travers toute l'Afrique de l'est.

Un rapport du PNUE publié en 2007, intitulé « Le dernier combat des Orang-outang », avait déjà souligné des menaces similaires concernant les grands singes en Asie. Depuis, le gouvernement indonésien avait renforcé, avec succès, les lois dans de nombreux domaines - ces efforts pourraient être imités dans le Bassin du Congo.

Le rapport « La dernière bataille du gorille - Crime contre l'environnement et conflits dans le Bassin du Congo" - a été financé par le gouvernement français et le Partenariat pour la survie des grands singes (GRASP) mis en place entre le PNUE et l'UNESCO.