Discours d'A. Cropper sur la négociation d'un accord juridiquement contraignant sur le mercure - United Nations Environment Programme (UNEP)
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Discours d'A. Cropper sur la négociation d'un accord juridiquement contraignant sur le mercure

, Déclaration de la Directrice exécutif adjointe du PNUE, lors de l'ouverture de la première session du Comité intergouvernemental de négociation pour l'élaboration d'un instrument international juridiquement contraignant concernant le mercure

Stockholm, le 7 Juin 2010 - Merci, monsieur Mr. Bakken. Monsieur le Ministre, Chers délégués, Chers collègues

Au nom du Programme des Nations Unies pour l'environnement, le PNUE, je vous souhaite la bienvenue à la première session du Comité intergouvernemental de négociation pour l'élaboration d'un instrument international juridiquement contraignant concernant le mercure. Je vous présente également les meilleurs vœux de Mr. Achim Steiner, notre Directeur exécutif, pour le travail de ce comité. Il est déçu de ne pas être en mesure d'être présent ici, avec nous, cette semaine. Il assiste en ce moment à la réunion du Panel international sur la biodiversité et les services écosystémiques à Busan, Kora. Il m'a chargé de vous remettre ses encouragements et son soutien pour les travaux difficiles qui nous attendent.

Ce comité débute ses travaux dans un lieu et à un moment approprié. Et je remercie le Gouvernement suédois ainsi que le Conseil nordique des ministres de nous accueillir ici. Stockholm a également accueilli la Conférence des Nations Unies sur l'environnement humain, qui a eu lieu du 05 au 16 Juin, en 1972. Il y a 38 ans, vos gouvernements ont adopté une déclaration exprimant une vision novatrice et des principes communs qui inspireront et guideront les peuples du monde entier dans la conservation et l'amélioration de l'environnement humain. Cette conférence a donné naissance au Programme des Nations Unies pour l'environnement.

De nombreuses années et de nombreuses réunions se sont écoulés depuis et la communauté internationale a fait beaucoup de progrès pour relever les défis mondiaux posés par l'utilisation de produits chimiques dangereux dans notre société. Des régimes juridiques internationaux ont été développés pour limiter le commerce de produits chimiques indésirables et pour traiter les polluants organiques persistants ainsi que les déchets dangereux, enfin une approche globale stratégique de la gestion internationale des produits chimiques a été élaboré. Mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant que la société atteigne l'objectif qu'elle s'est fixé en 2002 lors du Sommet mondial sur le développement durable, cet objectif étant: «la gestion rationnelle des produits chimiques tout au long de leur cycle de vie de sorte que, d'ici 2020, les produits chimiques soient produits et utilisés de manière à minimiser les effets néfastes notables sur la santé humaine et l'environnement. " La décision historique prise par le Conseil d'administration du PNUE l'an dernier (CG 25/ 5, 2009) d'engager des négociations internationales concernant des mesures globales pour réduire les risques pour la santé et pour l'environnement des pollutions au mercure est une autre étape importante vers la réalisation de l'objectif de 2020. Il faut cibler et définir à quel stade on peut parler de menace majeure pour santé qui risque d'affecter la vie de centaines de millions de personnes à travers le monde.

Le calendrier de cette réunion est également adéquat. En effet, la date tombe juste après la Journée mondiale de l'environnement, qui a été célébrée tous les 05 Juin depuis 1972, et qui est l'un des principaux véhicules par lesquels la prise de conscience environnementale mondiale et l'attention politique sont stimulées dans le but d'encourager l'action. J'espère, dès lors, que le lieu et l'heure de cette réunion sera une source d'inspiration pour ce comité, lorsqu'il s'agira de fixer l'objectif? Dans la mesure du possible, il faudra éliminer les rejets de mercure d'origine humaine. C'est une tâche ambitieuse, mais nous devons d'être ambitieux si l'on veut atteindre l'objectif à long terme de 2020. Le temps des discussions est terminé – il est maintenant temps d'agir sur ce polluant.

Le PNUE a, au cours de la dernière décennie, fourni une tribune pour un débat scientifique et politique intense sur la meilleure façon de traiter le mercure. Chaque session du Conseil d'administration depuis 2001, a débattu de la question en détail. Un certain nombre d'approches volontaires et des mesures ont d'ailleurs été promues par l'intermédiaire du Programme PNUE sur le mercure. Ces approches volontaires ont aboutit à des résultats significatifs dans le monde entier, malheureusement aucun consensus n'a pu être trouvé concernant des mesures au niveau international. Toutefois, les choses ont évoluées lors de la session du Conseil d'administration du PNUE de 2009. Nous avons maintenant une compréhension claire du sujet, et il existe un consensus sur les effets néfastes du mercure sur la santé humaine et sur l'environnement. Dès lors, nous n'avons plus besoin de débattre longuement sur cette question. Et, j'ajouterais que cette compréhension n'est pas seulement fondée sur des résultats de laboratoire et des analyses de scénarios! Malheureusement, nous avons des exemples d'incidents s'étant produit dans la vie réelle qui ont permis de documenter très clairement les graves conséquences de l'empoisonnement au mercure sur les humains et sur l'environnement.

Il y a de cela plus de quarante ans, après des années de rejets d'effluents contenant du mercure dans la baie de Minamata au Japon, la pollution a commencé à affecter la population locale sous la forme d'empoisonnement au méthylmercure, plus connue sous le nom de « maladie de Minamata ». Cette maladie cause des dommages au système nerveux central chez les personnes mangeant de grandes quantités de poissons et de crustacés contaminés venant de la baie de Minamata. (1). Des enfants sont nés avec une des symptômes semblables à une paralysie cérébrale, causés par un empoisonnement du foetus au méthylmercure absorbé par le placenta lorsque la mère avait consommé des fruits de mer contaminés durant la grossesse. Depuis, beaucoup de gens ont perdu la vie ou ont souffert de malformations et ont dû vivre dans la douleur physique et émotionnelle provoqué par la «maladie de Minamata ». Le traumatisme de Minamata a ouvert les yeux du monde sur les problèmes associés au méthylmercure et a contribué à sensibiliser l'opinion publique à l'importance de la protection de l'environnement. (PNUE, Evaluation mondiale du mercure, 2002)

Je suis sûr que nous sommes tous d'accord sur le fait que de tels incidents ne doivent jamais se reproduire. Pourtant, des intoxications, à des niveaux plus bas, continuent de se produire dans notre société à l'heure actuelle. Dans le secteur minier à petite échelle et non-industriel, qui implique au moins 100 millions de personnes dépendant de cette activité pour leur revenus dans plus de 55 pays en voie de développement, des quantités importantes de mercure sont utilisées lors du processus de transformation des minéraux. Ces procédés sont souvent très dangereux et sont effectués dans des conditions hasardeuses pour l'environnement. (PNUE Partenariat Global Mercury). Des enquêtes sur la santé conduites dans les sites miniers non-industriels et à petite échelle du monde entier ont permis de mettre en lumière la présence de mercure, à des niveaux élevés, dans l'organisme des mineurs. Ces derniers ont décris de nombreux tremblements incontrôlables, ce qui est un symptôme typique des dégâts occasionné par le mercure sur le système nerveux central. Dans de nombreux sites, les problèmes ne se limitent pas aux mineurs, mais il touche aussi leurs familles et les collectivités voisines (PNUE Partenariat mondial sur le mercure). On estime que les mineurs des sites non-industriels produisent 20 à 30% de l'or du monde et avec la récente flambée des prix de l'or, il est probable que si l'utilisation du mercure n'est pas contrôlée, l'utilisation de celui-ci dans les exploitations minières artisanales d'or augmentera dans les années à venir (PNUE, Awareness Raising package, 2009). Avec l'augmentation récente de la valeur de l'or sur les marchés mondiaux, nous ne pouvons pas ignorer cette menace.

La plupart d'entre nous, heureusement, ne serons jamais exposés au risque qu'un tel niveau d'exposition au mercure représente. Malgré cela, beaucoup d'entre nous auront du mercure dans notre corps. Ce mercure proviendra d'une variété de sources. Il peut venir de produits dont nous nous servons dans notre vie quotidienne, tels que les plombages dentaires, les lampes fluorescentes, les piles et les thermomètres. Pour la plupart de ces produits, des solutions de rechanges viables sont actuellement disponibles, et la recherche scientifique en cours s'active pour développer des produits sans mercure pour les objets n'ayant pas encore de substituts. Vos décisions relatives à l'élimination progressive du mercure dans tous les produits sera l'une des clés pour réussir à éliminer l'exposition au mercure de notre vie quotidienne. Le mercure peut également avoir été libéré lors de divers procédés industriels ou à cause de centrales thermiques au charbon. En raison des implications économiques qui en résultent, ces activités industrielles constituent un plus grand défi en matière d'accords et de solutions. Toutefois, un consensus sur la bonne gestion de ces activités sera également essentiel pour atteindre notre objectif.

Le mercure présent dans notre sang peut aussi avoir été libéré loin, très loin de là où nous vivons nos vies en tant qu'individus. En effet, une fois qu'il a été libéré, il circule entre l'air, l'eau, le sol et le biote, se déplaçant à travers le monde, sans que l'on puisse découvrir le point d'origine de cette libération. Pour la plupart d'entre nous, l'exposition au mercure la plus importante est due à notre alimentation et à la consommation de poisson. Il existe une documentation complète pour prouver cet argument dans certaines régions du monde. Nous savons que les niveaux de mercure retrouvés dans l'organisme d'espèces prédatrices, comme les requins et les mammifères marins, sont très élevés. Les effets de la concentration du mercure sur ces espèces ont augmentés et font l'objet d'une enquête approfondie. On rapporte des effets indésirables tels qu'une baisse de la chasse et de la reproductiom.

L'accent est, désormais, mis sur les conséquences pour notre santé et notre bien-être d'une exposition au mercure répétée à des niveaux très faibles. Nous savons que le système nerveux, lorsqu'il est en pleine croissance, est une cible sensible et il existe actuellement des préoccupations croissantes au sujet de la capacité des enfants exposés à apprendre et à traiter l'information. Nos enfants méritent le d'avoir le meilleur départ dans la vie possible et la chance de se réaliser pleinement en tant qu'adultes? Nous devons prendre cette responsabilité au sérieux. Toutefois, les effets ne se limitent pas aux enfants, il est maintenant de plus en plus évident qu'il existe des conséquences possibles sur le système cardiovasculaire et sur le système immunitaire, de même qu'on observe des effets sur la reproduction chez les adultes, aussi.

En continuant à autoriser les rejets de mercure dans l'environnement, on ne fera que renforcer les effets néfastes que le mercure a sur les écosystèmes et sur les humains. Continuer à autoriser les rejets de mercure, cela signifie qu'il continuera à s'accumuler dans l'environnement et dans l'organisme des êtres humains, cela signifie qu'il continuera a avoir des effets visibles sur les membres les plus sensibles de la population. Cela signifie que ces effets deviendraient de plus en plus répandus et de plus en plus commun. La seule façon de limiter ces effets, et de veiller à ce que le mercure soit sans incidence pour l'environnement, est de réduire voire d'éliminer les rejets de mercure provenant de nos activités. Alors allons de l'avant ! Ayons l'ambition difficile d'éliminer, autant que possible, les rejets de mercure d'origine humaine.

Le Conseil d'administration a donné un mandat détaillé et a fixé un calendrier ambitieux en vue des travaux de ce comité. Vous êtes appelés à rédiger et à vous mettre d'accord sur un texte final définissant ce nouvel instrument concernant le mercure lors des cinq sessions prévues, soit en un peu plus de deux ans et demi. Cela peut sembler effrayant. Mais rappelez-vous que nous avons eu l'expérience d'un groupe de travail qui a duré 10 ans! Vous pouvez décider de le faire en moins de cinq séances. La tâche de ce comité est considérable, mais représente une excellente occasion de faire une réelle différence pour l'avenir. La tâche doit être abordée avec dévouement et enthousiasme, mais aussi avec flexibilité, en faisant preuve d'une volonté d'examiner ouvertement toutes les possibilités et d'un esprit de compromis, en gardant toujours en tête ce que les enjeux sont réellement et ce qu'il est que nous essayons de réaliser à travers ce processus.

Il y aura un certain nombre de problèmes difficiles tout au long des négociations. Par exemple, les négociateurs de certains des récents accords environnementaux multilatéraux ont eu beaucoup de mal en ce qui concerne le respect des décisions. J'espère que cette commission sera en mesure de concilier l'équilibre entre les obligations des Parties à définir l'instrument et le soutien, à la fois technique et financier, nécessaire pour se conformer aux mesures prises. Mes collègues me disent que bon nombre des défis posés par le mercure sont semblables à ceux posés par les substances appauvrissant l'ozone; j'espère donc que ce que vous pourriez tirer parti des approches efficaces qui ont été utilisées dans le Protocole de Montréal, dont la mise en œuvre a entraîné des réductions significatives du niveau de substances appauvrissant l'ozone dans la stratosphère.

Je suis très heureuse de voir le niveau d'intérêt que cette réunion suscite et de voir le nombre de délégués de toutes les régions du monde qui ont voyagé ici pour participer à ces importantes discussions. J'interprète cela comme un engagement ferme à collaborer et à traiter ensemble le problème, plutôt que le souci de protéger ses intérêts nationaux ou sectoriels. Je pense que cet engagement a déjà été démontré lors de la vingt cinquième session du Conseil d'administration, qui a établi ce comité, tout en précisant la portée de ses travaux. Et je me réjouis de cette coopération qui devra continuer tout au long des cinq sessions. J'espère que le Comité s'appuiera sur des délibérations antérieures entreprises par beaucoup d'entre vous ici! Je peux voir de nombreux visages familiers de personnes ayant pris part au groupe de travail qui conduit à la création de ces négociations! J'espère aussi que vous ne vous appuierai pas seulement sur ce qui s'est passé avant, mais que vous serez prêts à envisager des façons nouvelles d'aborder ces questions importantes.

Lors du processus du groupe de travail, l'expertise de collègues de nombreuses organisations non-gouvernementales a également été utilisée, cela doit être un encouragement à faire en sorte que beaucoup d'entre eux soient présents lors de l'ouverture des négociations.

Les mesures nécessaires pour faire face aux dangers du mercure sont nombreuses et variées? Certaines nécessiterons de travailler ensemble alors que d'autres peuvent être ou doivent-être faites individuellement. Certains d'entre nous pourrons avoir besoin d'aide. D'autres peuvent être en mesure de le faire eux-mêmes, tandis que d'autres peuvent être en mesure d'aider ceux qui sont dans le besoin. Nous devons tous cesser d'être une partie du problème, et commencer à faire partie de la solution. Pour un problème mondial, comme celui du mercure, nous avons besoin de contributions mondiales. Chaque pays, chaque groupe et chaque organisation joue son rôle.

Lorsque l'on parle des contributions, cela inclut également des contributions financières pour assurer l'organisation des sessions du Comité. Je remercie d'ailleurs les pays et les organisations qui ont contribué. Dans le cadre de la duplication des l'approches réussies lors d'autres événements, le PNUE propose de créer un "Mercury Club" pour reconnaître les gouvernements, les organisations et les partenaires qui auront contribuer, financièrement ou par d'autres moyens, à assurer le succès de ces négociations. Une courte cérémonie aura lieu lors de chaque session de négociation pour distribuer des certificats et nous espérons que ces « médailles » d'or, d'argent et de bronze seront disputées avec autant d'enthousiasme que les médailles de la Coupe du monde.

Mr. Steiner et moi-même, suivront l'évolution de vos négociations avec intérêt, et avec la promesse du plein appui du Secrétariat du PNUE à ce processus de négociation. Nous sommes impatients de recevoir le succès de votre travail, à la 27e session du Conseil d'administration, qui aura lieu en février 2013. Rappelez-vous, cette date a été fixée. En attendant, je vous souhaite bonne chance. Je vous encourage à faire de ce nouvel instrument sur le mercure un accord fort et concret qui permettra de mettre un terme a l'utilisation du mercure dans notre société et qui le laissera reposer en paix, là où il aurait du rester, dans le monde souterrain.

Je vous remercie de votre présence ici, aujourd'hui, pour le début de ce processus visant à remettre de l'ordre en ce qui concerne un autre aspect de le planète qui nous abrite et de notre bien-être humain.

Faisons le!