|
Une des réponses les plus efficaces aux transformations de l'environnement
consiste à renforcer les mécanismes d'alerte rapide. Si l'on est averti
à temps, on peut prendre de nombreuses mesures pour protéger les vies
et les biens. Certaines catastrophes sont imprévisibles, mais beaucoup
de celles qui sont dues à la dégradation ou à la mauvaise gestion de l'environnement,
ainsi qu'à l'activité de l'homme, peuvent aujourd'hui être prévues avec
une certaine précision. Les progrès techniques de l'observation et de
l'évaluation de l'environnement et des communications entraînent une amélioration
constante des capacités d'alerte. Ainsi, l'Inde et Maurice ont mis en
place des systèmes d'alerte aux cyclones.
| De l'intérêt de la prévision : El Niño |
| La prévision du phénomène El Niño peut aider les pays à élaborer
des plans stratégiques pour garantir la sécurité dans des domaines
comme l'agriculture, la pêche, la gestion des ressources hydriques,
la lutte contre les inondations et la distribution d'électricité,
ce qui réduit la vulnérabilité de la population et du pays. Le réseau
TAO (Tropical Atmospheric-Ocean) de bouées d'observation océanique,
qui mesure la température de l'eau de mer en surface, permet de prévoir
le phénomène El Niño six à neuf mois à l'avance. Plusieurs institutions
péruviennes, notamment l'Instituto Geofísico, collaborent pour améliorer
la prévision au moyen de modèles statistiques. Ces prévisions de chutes
de pluie et de réchauffement ou de refroidissement aident les agriculteurs
à mieux planifier l'utilisation des réserves d'eau d'irrigation et
les pêcheurs à mieux se préparer aux variations des stocks de poissons.
Le Pérou diffuse tous les ans en novembre une prévision pour la prochaine
saison des pluies, et ensuite les représentants des agriculteurs et
des fonctionnaires se réunissent pour déterminer la combinaison optimale
de culture. Si l'on prévoit l'apparition du phénomène El Niño et le
temps qui y correspond, on recommandera de cultiver des plantes qui
prospèrent dans un climat humide, comme le riz, et d'éviter les plantes
de climat sec. L'Australie, le Brésil, l'Éthiopie et l'Inde notamment
ont pris des initiatives similaires. |
| Source : NOAA/PMEL/TAO, 1998 ; COI, 1998 ; CNA
Pérou, 2001 |
Par convention, on entend par alerte rapide une information urgente d'un
danger imminent (Secrétariat de l'ISDR, 2001). Il faut des systèmes d'alerte
aussi bien pour les catastrophes subites telles que les tempêtes tropicales
et les inondations, que pour la diffusion de renseignements au sujet de
catastrophes qui peuvent être progressives, comme la famine et la sécheresse.
L'expression « alerte rapide » est souvent confondue avec une prédiction,
alors qu'en fait de nombreux événements et catastrophes menaçants sont
imprévisibles. L'alerte rapide signifie simplement qu'un événement est
imminent et que c'est tout de suite qu'il faut prendre des mesures pour
fuir ou se prémunir. Les renseignements nécessaires pour l'alerte rapide
peuvent être obtenus dans le cadre d'un processus plus général d'évaluation
de la vulnérabilité, englobant la production et la communication de prévisions
et l'intégration de ces informations dans les décisions des personnes
concernées.
Pour être efficace, un système d'alerte rapide doit être capable de susciter
une réponse avant l'événement. Il doit définir qui sont les personnes
concernées et déterminer les moyens les plus efficaces de leur faire parvenir
une information crédible afin de les aider à prendre les bonnes décisions.
Il doit ensuite traduire les données pertinentes en indicateurs d'alerte
rapide faciles à interpréter et à employer pour les responsables.
En définitive, le facteur le plus important qui incitera les gouvernements
à tenir compte des systèmes et informations d'alerte rapide dans leurs
décisions est la volonté politique d'investir dans de tels systèmes, tant
à l'échelle nationale que sur le plan international (Buchanan-Smith, 2001).
Le système d'alerte rapide aux risques de famine mis en place pour l'Afrique
est un exemple de système d'alerte rapide opérationnel qui a permis d'obtenir
de tels résultats (voir encadré).
| Le Réseau du système d'alerte rapide
aux risques de famine (FEWS NET) |
 |
|
Prévision des pluies à dix jours fournie
par le réseau FEWS (période 1er-10 mars 2002)
Source : NOAA 2002.
|
Le Réseau FEWS NET est un partenariat financé
par l'USAID qui vise à accroître la sécurité alimentaire dans 17
pays d'Afrique exposés à la sécheresse, au moyen de systèmes de
planification de l'intervention et de la sécurité alimentaire, pilotés
par les pays d'Afrique, qui réduisent la vulnérabilité des populations
exposées. FEWS NET, qui doit fonctionner jusqu'en 2005, succède
à FEWS, qui a été lancé en 1985. Son objectif est de renforcer les
capacités des pays et organisations régionales d'Afrique de limiter
les menaces visant la sécurité alimentaire au moyen d'une alerte
rapide et de renseignements sur la vulnérabilité. Ses réalisations
sont notamment les suivantes :
- étroite collaboration avec les organisations régionales et les
gouvernements de la région pour élaborer des plans d'urgence et
de réponse au phénomène El Niño en 1997;
- cofinancement de prévisions régionales des pluies saisonnières
et diffusion généralisée de ces prévisions ;
- progrès de l'interprétation des images satellites réalisée par
les partenaires de FEWS NET ;
- prévisions de la qualité des récoltes dans le Sahel ;
- renforcement des capacités par détachement de météorologues
FEWS NET/USGS auprès de centres spécialisés à Nairobi (Kenya),
Harare Zimbabwe) et Niamey (Niger) ;
- alerte rapide lors d'une crise alimentaire imminente en Éthiopie
en 2000 ;
- collaboration étroite avec les réseaux nationaux et les institutions
régionales pour élaborer des méthodes communes d'évaluation de
la vulnérabilité ;
- combinaison d'interventions et de programmes à court et à long
terme mettant l'accent sur la protection des moyens d'existence
;
- étude des liens entre stress environnemental, insécurité alimentaire
et conflits ;
- collaboration avec les gouvernements et leurs partenaires pour
réduire le délai entre l'alerte rapide et l'intervention.
Source : FEWS 2002
|
|