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Réflexions

Achim Steiner
Secrétaire général adjoint de l’ONU et Directeur exécutif du PNUE

Douze mois après le très remarqué sommet des Nations Unies sur le climat à Copenhague, les gouvernements se rassemblent à nouveau, dans la ville de Cancún (Mexique), pour envisager une nouvelle riposte au défi urgent posé par les changements climatiques.

Certains, qui avaient révisé leurs attentes à la baisse, jugeront peut-être que le temps est venu de les revoir à la hausse. Cette année, comme l’avait prévu l’évaluation la plus récente du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, nous avons eu notre lot de phénomènes météorologiques extrêmes, depuis les inondations tragiques au Pakistan jusqu’aux records de chaleur et de pollution dus aux feux de tourbières en Russie. Tout semble indiquer que 2010 sera, après 1998, l’année la plus chaude jamais enregistrée.

Alors que les données scientifiques, accablantes, s’accumulent, que fait la communauté internationale? Comment allons-nous limiter les émissions de gaz à effet de serre à 44 Gt d’équivalent CO2 d’ici 2020, pour conserver nos 66 % de chances de contenir l’élévation de la température moyenne mondiale en deçà de 2°C d’ici 2050?

Tous les pays, développés et en développement, doivent honorer les engagements pris et les actions proposées durant et après Copenhague. Les fonds promis pour un démarrage rapide et pour la suite doivent être débloqués. Et les mécanismes nécessaires, notamment pour la réduction des émissions liées à la déforestation et de la dégradation des forêts (REDD), doivent être opérationnels.

Le PNUE a publié, en partenariat avec les principaux centres de modélisation climatique, une évaluation de la situation actuelle et de la situation souhaitée, d’où il ressort que Copenhague n’aura pas été un échec si nous honorons toutes nos promesses. L’Accord de Copenhague, si nous sommes à la hauteur de nos ambitions, pourrait permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7 Gt d’équivalent CO2, laissant un écart de peutêtre 5 Gt en 2020.

Nous devons saisir toutes les opportunités, considérables, qui s’offrent à nous pour combler cet écart, accélérer la riposte au changement climatique, et nous attaquer aux autres problèmes environnementaux, qui sont légion. Grâce à la science, nous en savons plus aujourd’hui sur les polluants autres que le CO2, tels que le carbone noir, le méthane dégagé par les décharges, l’ozone atmosphérique et les composés azotés rejetés par les véhicules et l’agriculture, dont l’action combinée aggrave le potentiel de réchauffement global.

Selon les estimations, ces polluants pourraient être responsables pour moitié du changement climatique, mais, comme leur durée de vie dans l’atmosphère est très brève, il suffirait de quelques jours, quelques mois, tout au plus quelques années, pour qu’une action rapide contre ces polluants tempère le réchauffement climatique. Leur importance n’exclut pas la nécessité d’une réduction drastique des gaz à longue durée de vie tels que le CO2, mais leur réduction serait une importante mesure complémentaire.

Il y a tout intérêt à réduire ces polluants à courte durée de vie, largement nocifs par ailleurs. Ainsi, le carbone noir, qui pollue l’air à l’intérieur comme à l’extérieur des locaux, est responsable d’au moins 1,6 million de décès par an, et nuit de surcroît à la productivité agricole. D’autres polluants sont également dangereux pour la santé et les récoltes et contribuent à la formation de « zones mortes » dans les mers. Il est de toute manière indispensable de résorber ces polluants, en sus du changement climatique. Des accords nationaux ou régionaux sur la santé ou sur la pollution de l’air, ou encore des partenariats novateurs (tels que la nouvelle Alliance mondiale pour des cuisinières propres) pourraient en combattre plusieurs, si ce n’est tous.

Mais la fenêtre de tir se rétrécit rapidement. Le prochain sommet sur le climat, qui se tiendra en Afrique du Sud en 2012, sera peut-être l’occasion de concevoir un nouveau traité pour le XXIe siècle. Mais Cancún doit également laisser sa marque en contribuant à l’avènement d’économies vertes à faible intensité de carbone, économes en ressources et basées sur des technologies propres. Cancún doit voir se concrétiser l’action en matière de financement, d’atténuation et d’adaptation face aux changements climatiques, peut-être à travers la mise en oeuvre d’une action sur les autres gaz à effet de serre. Il faudra avant tout montrer aux entreprises comme aux populations que les gouvernements demeurent sérieux et engagés à contrer le changement climatique tout en saisissant l’opportunité d’atteindre des objectifs plus ambitieux en matière de développement et d’environnement.

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