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Visiter les forêts, c’est aussi les conserver

Tensie Whelan
Président de Rainforest Alliance

Pas moins de 1,6 milliard de personnes - soit près d’un quart de la population mondiale - dépendent des forêts pour assurer leurs moyens de subsistance. Les forêts ont également une importance critique pour maintenir la diversité biologique, atténuer les effets des changements climatiques et permettre aux principaux écosystèmes de fonctionner comme régulateurs de la biosphère. De plus, comme le reconnaît la résolution des Nations Unies déclarant 2011 Année internationale des forêts, la gestion durable des forêts peut contribuer de manière significative au développement durable, à l’élimination de la pauvreté et à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Et pourtant, environ 45 % des forêts de la planète ont déjà disparu.

Le tourisme durable fondé sur la visite des forêts est un excellent moyen de constater leurs contributions et d’exercer une influence. Si ceci peut sembler quelque peu futile comparé aux enjeux planétaires de la conservation des forêts qui restent encore, il suffit de considérer les éléments économiques suivants.

Le commerce mondial du bois d’oeuvre représente plus de 150 milliards de dollars par an. Ce montant a souvent des effets pervers à court terme - en particulier dans les pays en développement - en les incitant à abattre les forêts même si, à long terme, leur gestion durable renforce les économies nationales.

La valeur des forêts dépasse de loin celle du commerce du bois. La valeur totale des services écosystémiques qu’elles fournissent – capture du carbone, filtration de l’eau, fertilité des sols et gestion des parasites par exemple – est estimée à 4,7 trillions de dollars par an. Plus de la moitié de la biodiversité de la planète se trouve dans les forêts, et environ 40 % de l’économie mondiale – en particulier l’agriculture, la foresterie et l’industrie pharmaceutique – en dépendent directement. La valeur des forêts, tout comme celle de la survie, ne peut se calculer monétairement; mais si nous les comparons à l’activité économique de l’homme, elles ne pourraient pas « valoir » moins de 20 % du produit mondial brut, ou au moins 15 trillions de dollars – deux ordres de grandeur supérieurs à la valeur du bois qu’elles produisent.

Voyons maintenant quelle est la valeur du secteur voyage et tourisme : c’est l’un des plus importants du monde et son développement est extrêmement rapide. Il génère environ 6 trillions de dollars au niveau mondial – soit plus de 9 % du produit mondial brut – et emploie 235 millions de personnes. Il est particulièrement important pour les économies des pays en développement qui abritent la plus grande partie de la diversité biologique forestière du monde. De 1990 à 2006, les recettes du tourisme international des pays en développement ont quintuplé, passant de 43 milliards à 222 milliards de dollars. Globalement, le secteur voyage et tourisme a continué de se développer avec vigueur pendant la récession économique : selon les prévisions, il devrait d’ici à 2021 générer plus de 13 % du produit mondial brut ou 9,2 trillions de dollars et employer un travailleur sur dix dans le monde.

On estime que l’écotourisme augmente trois fois plus vite parmi ceux qui voyagent pour leur plaisir que le secteur dans son ensemble : il englobe naturellement le tourisme axé sur la forêt – notamment l’hébergement dans des lodges appartenant à des zones protégées ou à des communautés forestières ayant des activités touristiques, situées à proximité ou à l’intérieur de parcs nationaux et de réserves de biosphère. Bien que ceci ne représente qu’une fraction du marché total, la valeur économique potentielle des forêts comme destinations touristiques pourrait nettement dépasser leur valeur marchande comme stocks de bois, et elles seraient exploitées de manière beaucoup moins destructrice et plus rentable. Au niveau de la conservation, le tourisme peut générer des investissements massifs ayant une forte rentabilité.

Les valeurs du marché du tourisme sont beaucoup plus en rapport avec une vue plus large de ce que « valent » les forêts (beaucoup de trillions de dollars). L’exploitation de ces valeurs peut préserver la biodiversité des forêts, les services écosystémiques et d’autres actifs précieux. Selon l’équipe de l’USAID pour les forêts, le tourisme axé sur la nature contribue à la protection des forêts « en faisant mieux prendre conscience des ressources biologiques et de l’existence d’autres possibilités génératrices de revenus ». Bien entendu, le tourisme de masse peut aussi décimer les écosystèmes, depuis les récifs coralliens jusqu’aux forêts tropicales humides; il est donc de la plus haute importance que, comme la foresterie, il soit géré de manière durable. La certification du Forest Stewardship Council (FSC) a un impact considérable et positif sur la gestion des forêts. Jusqu’à présent, 334 millions d’acres de terres boisées – soit environ 1 % de la superficie terrestre de la planète, en gros deux fois la superficie du Texas - relèvent de l’administration responsable du FSC (à peine la moitié de cette étendue est certifiée par Rainforest Alliance). Le FSC se développe rapidement et ses méthodes durables influencent profondément et rapidement les pratiques du secteur – notamment abattage sélectif de moins grandes quantités de bois, replantation, établissement de grandes zones de conservation, préservation des écosystèmes sensibles, protection de l’habitat des espèces menacées d’extinction et maintien du piégeage du carbone pour réduire les émissions. Aider les communautés à gagner leur vie tout en maintenant des forêts productives et saines : c’est l’étalonor de la foresterie écologiquement et socialement responsable.

Étant donné la valeur du secteur du tourisme et la croissance rapide de l’écotourisme, un système analogue pour le tourisme durable pourrait constituer un outil puissant en offrant aux communautés un moyen additionnel de bien gagner leur vie en conservant leurs forêts sur pied. Le tourisme fait appel à une main-d’oeuvre relativement abondante et peut donc aider à réduire la pauvreté et à assurer une plus grande égalité économique des femmes qui représentent 46 % des employés de ce secteur, soit plus que la moyenne mondiale. Les emplois dans le secteur du tourisme sont relativement bien rémunérés et ont un effet multiplicateur. Ainsi, une étude récente du Center for Responsible Travel a relevé que les salariés des écolodges de la péninsule d’Osa au Costa Rica – dont le National Geographic dit que c’est l’endroit de la terre « biologiquement le plus riche » mais aussi l’une des régions les plus pauvres du pays – gagnent le double (710 dollars par mois) des travailleurs dans bien d’autres domaines. Au Nicaragua, où le tourisme est axé essentiellement sur l’environnement naturel, Rainforest Alliance estime que chaque emploi dans le secteur du tourisme crée un emploi local supplémentaire dans un autre secteur, avec un salaire supérieur à la moyenne nationale.

Pour toutes ces raisons, Rainforest Alliance encourage le tourisme durable parallèlement à la foresterie et à l’agriculture durables. Elle aide les entreprises touristiques à se développer en leur fournissant formation et assistance technique et s’assure qu’elles respectent les prescriptions en matière de viabilité, de façon à ce qu’elles puissent obtenir leurs certificats d’accréditation. Nous avons soutenu le lancement du Conseil mondial pour le tourisme durable qui défend des principes et critères universels, en connectant entre eux diverses entreprises, des gouvernements, des institutions des Nations Unies, des instituts scientifiques et universitaires, des organisations non gouvernementales dans les domaines social et environnemental et des programmes de certification du monde entier. Nous avons aussi lancé le site Internet SustainableTrip.org, qui rassemble des entreprises vérifiées par des programmes de certification de tourisme durable indépendants sur une base de données accessible où les voyageurs peuvent trouver des destinations de forêt durables.

La certification du tourisme durable en est encore à ses premiers balbutiements mais elle a déjà donné la preuve de son potentiel pour exploiter les forces du marché et de la nécessité d’un développement durable pour inciter à conserver les forêts.

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