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du
Comité français des Grands Barrages
sur les
propositions du rapport
de la
Commission Mondiale des Grands Barrages
A la demande de la CIGB, le Comité Français des Grands Barrages transmet ses premières réactions à la lecture rapide du rapport de la Commission Mondiale des Barrages, publié en novembre dernier, et intitulé «Barrages et développement: un nouveau cadre de développement».
Ce rapport est tout d’abord une initiative jamais réalisée auparavant qui tente de répondre aux préoccupations sociétales actuelles et futures. En effet, en constatant que:
q malheureusement, certains aménagements ont apporté des solutions incomplètes aux usages de l’eau;
q ces dernières années, de nombreux projets n’ont pu être réalisés, faute d’éléments majeurs dans la prise de décision;
q l esa population set notamment les jeunes générations veulent être de plus en plus associées à la décision de l’aménagement du territoire;
q les usages de l’eau sont en permanente évolution, au fil du développement de la société;
q les intérêts individuels, dans les sociétés occidentales, sont de plus en plus aptes à refuser tout nouvelle infrastructure (autoroute, voie ferrée, urbanisme et, bien sûr, barrages);
le comité Comité reconnaît le bien fondé des investisseurs à vouloirproposer :
q un processus de décision participatif qui réponde aux préoccupations des générations futures;
q un mode de financement international sécurisé, rentable et indépendant de tout lobby.
Il est particulièrement difficile de porter un jugement en profondeur sur l’efficacité des conclusions d’un travail énorme, unique au monde, dont la méthode n’a pas été suivie de près et dont l’application n’est pas faite. En première analyse, toutes les propositions du rapport ne semblent pas avoir la même efficacité:
1. Etablir , en première étape , l’analyse des besoins en consultant les parties intéressées est une très bonne chose qui évitera les grandes erreurs du passé. En France , certains projets ne se sont pas réalisés soit par manque de clarification du circuit la décision, soit par insuffisance de l’analyse des usages de l’eau.
2. Analyser toutes les solutions qui pourrait répondre au problème posé est le travail de base des bureaux d’études. André GOUBET aimait répéter qu’un barrage ne serait réalisé que si cette solution était la meilleure. Faire un barrage n’est pas une fin en soi, mais une réponse aux questions:
Pourquoi stocker?
Comment stocker?
Comment partager la ressource?
Comment préserver la ressource?
Etc…
3. Dans ces conditions, toute solution retenue en matière énergétique ou hydraulique centrale (thermique, pompage dans la nappe, etc…) doit être soumise à la même exigence de suivi dans les dernières étapes du processus de décision: lors de la préparation, de la réalisation ou de l’exploitation du projet. Dans l’étape de décision consacrée à l’évaluation des alternatives, l’analyses du cycle de vie est l’un des outils fondamentaux de comparaison objective des impacts des solutions envisagées sur l’ensemble des phases: construction, exploitation et effacement avec les durées de vie réalistes des installations.
4. L’application d’un cadre mondial unique pour le processus de décision de la construction ou de la gestion d’un barrage comporte des risques et des effets pervers. Il est à craindre que des biais culturels et politiques contredisent les objectifs affichés. Par exemple, l Le retard ou le blocage de bons projets est le risque majeur. Les conséquences en seraient minimes en Europe ou aux USA, mais elles pourraient pousser à l’émigration ou à la disette en Afrique ou en Asie.
5. Les 25 points d’arrêt proposés sont , a priori , basés sur de bons principes, mais ils rendent le processus lourd et bureaucratique pour 90% des barrages dans le monde (taille inférieure à 30 m et volume inférieur à 10 hm3).
6. La recherche du consensus est une fin noble et idéaliste, mais , en pratique , elle rend la décision de tout investissement à la merci de n’importe quel groupe très minoritaire. Pour que les sociétés restent démocratiques elles doivent garantir l’intérêt général dans le respect des intérêts particuliers. Cela s’obtient par vote des citoyens concernés et le ralliement à l’avis de la majorité et non à un consensus qui ne serait obtenu que sur les bases les plus extrémistes.
7. Le rapport n’insiste pas assez sur le besoin très fort de recherches fondamentales. Parmi les nombreux impacts évoqués, il convient de souligner d’une part leur importance relative et d’autre part leur degré de connaissance. A l’époque où les pays développés ne tiennent pas leurs promesses , de réduction de gaz à effet de serre, la connaissance de ces émissions, de leurs causes et de leur conséquences est fragmentaire et manque à l’évidence d’objectivité scientifique. Il est grave d’extrapoler à tout un parc quelques mesures réalisées sur des cas suffisamment extrêmes pour avoir été instrumentés. N’entend-on pas que si toutes les centrales hydroélectriques étaient remplacées par des centrales thermiques, cela reviendrait à doubler les émissions de gaz à effet de serre produite par la circulation automobile? La connaissance scientifique est à établir dans ce domaine et dans bien d’autres. Et dans le processus de décision, la distinction doit être claire entre connaissance partielle et options prises par le forum.
8. Les calculs économiques présentés ne prennent pas en compte la longévité particulièrement importante des barrages, sauf pour en signaler les exceptions. Une approche mesurant l’enrichissement économique voir culturel des barrages bien conçus est à développer. En France: ¾ des grands barrages construits avant 1800 sont en encore en activité, 33 des 36 grands barrages construits au XIX° siècle sont toujours en activité; 90% des plans d’eau de plus d’un hectare sont le résultat du travail de l’homme et sont totalement intégrés à son environnement et à son histoire. ,L'UNESCO vient de classer au patrimoine mondial de l'humanité le canal du Midi et donc les barrages de Saint Ferréol (1675) et du Lampy (1782).
En conclusion, le rapport de la Commission ouvre un nouveau champs de perspectives de gestion des usages de l’eau à une société qui évolue. Il a le mérite de laisser une base de données et dont la lecture contribuera certainement à éviter les erreurs du passé. Par contre avant de l’adopter, il serait prudent de vérifier , sur le terrain et dans des contextes très différents , l’applicabilité des propositions émises. Le Comité français est prêt à contribuer à cette initiative: des contacts vont être engagés avec d’autres organisations scientifiques, des représentants des usagers de l’eau et le Ministère chargé de de l’Environnement pour analyser le bilan de l’impact des barrages en France et pour chercher des voies dl’amélioration des processus de décision et de financement en y incluant les propositions de la Commission. Le travail est tel qu’il paraît difficile de donner les résultats de cette action d’envergure avant le congrès de MONTREAL en 2003.
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