Un récent sauvetage de gorilles prouve que le renforcement des contrôles transfrontiers est vital pour éviter la contrebande de ressources naturelles dans le bassin du Grand Congo et au-delà

Journée mondiale de l’environnement: Des millions d’espèces, une planète, un avenir commun

Kigali - Nairobi, le 4 juin 2010 - Les forces de maintien de la paix présentes en République Démocratique du Congo (RDC) préparent une nouvelle opération de sauvetage de gorilles par hélicoptère qui aura lieu le mois prochain, au cours de ce qui pourrait être l’une de toutes premières opérations menées sous le nouveau mandat qui leurs a été accordé il y a peu. À partir du 1er juillet, la Mission d’observation en République démocratique du Congo (MONUC) sera chargée d’un travail de stabilisation, conformément à une décision récente prise par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Cette opération de sauvetage intervient alors que le monde s’inquiète de l'avenir de certaines espèces menacées et que le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et Interpol recommandent un renforcement des moyens de la Mission ainsi que des organes chargés de lutter contre les crimes environnementaux transfrontaliers, dans le Bassin du Grand Congo.

Cette opération, qui devrait avoir lieu à la mi-juillet, est la deuxième menée par les forces des Nations Unies en RDC. Elle a été mise en place dans le cadre de la lutte contre le commerce illégal transfrontière de bébés gorilles, qui s’est intensifié ces dernières années avec la prolifération de groupes armés dans la région.

La première opération de sauvetage a été menée par la MONUC le 27 mai: quatre bébés gorilles ont été arrachés à des braconniers et transportés par hélicoptère dans un sanctuaire à Kasughu, au Nord-Kivu, en RDC. Maintenant, ce sont six autres bébés qui devront être héliportés vers ce même sanctuaire. Ces gorilles orphelins devraient former ensemble une nouvelle « famille » de dix membres. Cette intervention a pour but ultime de réhabiliter ces gorilles et de les réintroduire dans leur environnement naturel.

La dernière bataille du gorille

Selon un rapport du PNUE intitulé « The Last Stand of the Gorilla – Environmental Crime and Conflict in the Congo Basin » (en français: « La dernière bataille du gorille – Crime environnemental et conflit dans le bassin du Congo »), a tiré la sonnette d’alarme. A moins qu’une action rapide et concertée ne soit mise en place pour faire respecter la loi environnementale et pour lutter contre le braconnage, les gorilles menacés pourraient totalement disparaître du Bassin du Grand Congo d’ici quinze ans.

Les prévisions d’un ancien rapport du Programme des Nations Unies pour l‘environnement (PNUE) datant de 2002, soulignaient que seulement 10 pour cent de l’habitat initial des gorilles subsisterait d'ici 2030.

Aujourd'hui, ces prévisions semblent malheureusement trop optimistes, compte tenu de l'intensification des pressions exercées sur l'espèce telles que l'exploitation minière, l'exploitation forestière illégale, la production de charbon de bois, et la demande accrue de viande de brousse, dont une proportion croissante est constituée de viande de singe.

Le Bassin du Grand Congo, dont fait partie le massif des Virunga, est l’une des régions du monde la plus riche en ressources naturelles, mais aussi un des plus troublée.

Une victime silencieuse

A cause des guerres récentes et des troubles persistants, l’environnement est devenu la victime silencieuse des conflits dans cette région.

Les ressources naturelles sont systématiquement exploitées ou récoltées illégalement. Des minéraux comme le diamant, l’or, la cassitérite, le coltan (utilisé dans la fabrication des ordinateurs et des téléphones portables) ainsi que le bois traversent les frontières, passent par différents intermédiaires, avant d’être envoyés vers les pays d’Asie, de l’Union européenne et du Golfe.

Le commerce illégal est en partie dû aux milices opérant aux croisements des frontières, ce qui avec les paiements des taxes routières et douanières pourrait leur rapporter plusieurs centaines de millions de dollars par an et les aider à financer leurs activités, en commettant de graves violations des droits humains et environnementaux. Selon le rapport, ces milices prélèveraient entre 14 et 50 millions de dollars rien que sur les droits de passages et de douane.

En mars, le PNUE et Interpol ont appelé la communauté internationale à renforcer le mandat de la MONUC pour lui permettre de lutter contre de telles violations et empêcher les crimes environnementaux tout en préservant la sécurité et en renforçant le contrôle aux frontières, pour interdire l’exportation des ressources naturelles exploitées illégalement qui financent le conflit.

Il faut absolument que les services nationaux et internationaux chargés de faire appliquer la loi collaborent et que des moyens suffisants soient mis en œuvre pour enquêter et retrouver les sociétés complices de ces crimes dans les pays importateurs.

Un succès

Dans le massif des Virunga (situé à cheval sur les frontières du Rwanda, de la RDC et de l’Ouganda), et plus particulièrement dans le Parc des volcans au Rwanda, la population des gorilles des montagnes, espèce particulièrement menacée, a augmenté de 17 % au cours des quinze dernières années, grâce aux patrouilles et aux efforts de conservation effectués par le gouvernement et soutenus par des groupes internationaux et les agences des Nations Unies concernés.

Il y resterait actuellement 700 gorilles des montagnes dans le monde.

Selon Juan Carlos Bonilla, du « Dian Fossey Gorilla Fund International »: « La seule espèce de gorilles dont le nombre augmente c'est celle des gorilles de montagne qui habitent des zones où la conservation transfrontière est intense.

Ce succès peut être attribué à une meilleure application de la loi et des accords de partage des richesses dans les États de l’aire de répartition, y compris en matière de partage des revenus tirés de l’écotourisme et des activités liées aux gorilles.

 

Un avenir pour les gorilles et les humains

Le destin de ces grands singes est intimement lié à celui des humains. Les gorilles habitent les rares forêts pluviales tropicales encore intacte, celles-ci sont des écosystèmes qui fournissent de l'eau, de la nourriture et des médicaments, mais qui jouent aussi un rôle mondial dans la séquestration du carbone et donc participent à la lutte contre les changements climatiques.

À Kigali, le siège des célébrations de la Journée mondiale pour l'environnement 2010, Achim Steiner, Sous-secrétaire général les Nations Unies et directeur exécutif du PNUE a déclaré :

« La timide reprise des populations des gorilles de montagne dans le massif des Virunga et dans le Parc national des volcan montre qu’on peut réussir. Cependant, il est nécessaire d’augmenter les ressources globales et de renforcer les cadres règlementaires disponible pour une meilleure conservation transfrontière. »

Il ajoute: « Les violations du droit environnemental international qui ont lieu au cours des conflits armés sont un gros problème dans le bassin du Grand Congo comme ailleurs. Les espèces et les écosystèmes, déjà menacés, se retrouvent gravement surexploités pour de nombreuses raisons. Les Nations Unies s’occupent d’abord des populations et des communautés affectées. Cependant, il ne peut y avoir de paix durable sans ressources naturelles saines, étant donné leur importance en ce qui concerne les moyens de subsistance, la lutte contre la pauvreté et comme fondement de sociétés stables. »

La lutte contre le crime environnemental

Christian Nelleman, principal auteur du rapport du PNUE, a déclaré: « Une politique adéquate a permis de sauver les gorilles des montagnes dans le massif des Virunga pour l’instant. Mais, tant que la loi ne sera pas appliquée comme il faut partout, les gorilles des plaines occidentales tout comme les éléphants et les rhinocéros seront en danger. »

Et il ajoute : « Il n’existe aucune preuve d’une diminution du braconnage et du pillage illégal des ressources naturelles. En fait, le braconnage aurait plutôt tendance à se développer dans plusieurs régions d’Afrique et d’Asie, surtout en qui concerne la corne de rhinocéros, l’ivoire de l’éléphant et d’autres biens naturels. Pour lutter contre ces crimes transnationaux, il faut faire respecter la loi et aider Interpol en urgence. »

David Higgins, Directeur du Programme de lutte contre les crimes environnementaux à Interpol déclare : « Interpol ne peut lutter efficacement contre les crimes environnementaux que s’il bénéficie d’une assistance internationale suffisante. Actuellement, cette aide est en augmentation, mais pour certaines espèces, il est peut-être trop tard. En fait, c’est à chaque pays de faire appliquer sa loi nationale et le rôle d’Interpol c’est de les aider. »

« Ce que les criminels font aux gorilles d’Afrique ne doit pas être toléré par la communauté internationale. Ils exploitent une population et des espèces fragiles au bord de l’extinction, il faut absolument qu’on les arrête avant qu’il ne soit trop tard. »

Ressources naturelles : La richesse du pauvre

Les gorilles sont présents dans onze pays d’Afrique, certains de ces pays sont parmi les plus densément peuplés tout en ayant des taux d’alphabétisation et des niveaux de vie parmi les plus bas dans le monde, ce sont également souvent des régions victimes de conflits armés persistants. Les défis à la conservation de la vie sauvages que posent une telle pauvreté et une telle insécurité peuvent être immenses. La protection de l’environnement passe par une diminution de la pauvreté, des politiques de santé publique et une sensibilisation à la conservation.

Selon M. Steiner, « l’éradication de la pauvreté, en limitant le pillage des ressources naturelles et en préservant les innombrables services des écosystèmes des forêts tropicales, est nécessaires pour éviter la disparition d’une vie sauvage économiquement et culturellement importante. »

Un pas en avant

C’est aussi à la communauté internationale dans son ensemble, et pas seulement aux pays du bassin du Grand Congo, de faire respecter la loi et d'améliorer la collaboration transfrontière en matière de crimes environnementaux, spécialement en période de conflit lors desquels des moyens financiers suffisants doivent être apportés.

Alors que le mandat de maintien de la paix de la MUNOC prend fin avec le retrait de 2 000 hommes d’ici la fin du mois de juin, on peut espérer que des mesures pour mieux faire respecter la loi environnementale seront mises en place, en vue d’une stabilité et d’une paix durable dans la région.

La conservation peut être un moteur pour la paix et la sécurité. Tout effort de pacification dépend avant tout des ressources naturelles et de la façon dont elles sont gérées. Leur détérioration et leur destruction peut avoir un impact négatif sur les moyens de subsistance, entraîner la pauvreté, des migrations forcées et déclencher un nouveau conflit.

Note aux éditeurs :

  • Au Rwanda, près de 7 % des revenus liés à l’écotourisme des gorilles sont investis dans des projets communautaires, ce qui garantit que les communautés locales sont des partenaires actifs de la conservation.
  • Le rapport « The Last Stand of the Gorilla – Environmental Crime and Conflict in the Congo Basin » est disponible sur le site www.unep.org ou http://www.grida.no/publications/rr/gorilla, dans des résolutions graphiques hautes ou basses, l’utilisation dans d’autres publications est libre. Le rapport est disponible en français pour la première fois.
  • Le rapport « The Last Stand of the Gorilla – Environmental Crime and Conflict in the Congo Basin » a été financé par le gouvernement français et le Partenariat pour la survie des grands singes (Great Ape Survival Partnership, GRASP) établi par le PNUE et l’UNESCO. Il sera diffusé par le PNUE et Interpol et pour la première fois en français, le 4 juin 2010, à Kigali, au Rwanda, juste avant la Journée mondiale de l’environnement. Pour plus d’information sur le Projet visitez le site www.unep.org/grasp
  • La force des Nations Unies en République démocratique du Congo, appelée MONUC, est la plus importante opération de maintien de la paix dans le monde avec plus de 20 000 personnes impliquées. Le Conseil de sécurité a décidé de la renommer Mission de stabilisation de l‘ONU en RDC, ou MONUSCO, à partir du 1er juillet. Pour plus d’informations sur la mission, visitez le site www.un.org/en/peacekeeping/missions/monuc/
  • 2010 est l’année internationale de la biodiversité des Nations Unies.
  • Pour plus d’informations sur le « Dian Fossey Gorilla Fund International», visitez le site www.gorillafund.org/

Pour plus d’informations veuillez contacter:

Nick Nuttall, Porte-parole du PNUE, Tél. : + 254 733 632755 / +41 79 596 57 37, E-mail: nick.nuttall@unep.org

Shereen Zorba, Responsable de service info-médias, Tél. : +254 713601259, E-mail: shereen.zorba@unep.org

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