Les mots ne suffisent pas Wed, Sep 7, 2016

Discours d'Ibrahim Thiaw, directeur exécutif adjoint de l'ONU environnement lors de la conférence internationale «défense et changements climatiques» à Skhirat, au Maroc.

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Il y a tout juste un an, le corps sans vie d'un enfant de trois ans échouait sur les plages d'une station balnéaire Turque. Le monde se réveilla ce jour-là, comme électrocuté par l'image du jeune syrien Aylan Kurdi, couché sur le ventre, le nez dans le sable.

Le même jour naissait aux Philippines une fille pleine de vie. Appelons la Sarah. Ses parents sont partagés entre la joie d'avoir, enfin, un enfant et l'angoisse de sauver Sarah des vagues monstrueuses de typhons à répétition.

Quant à Aylan, son frère Galeb de 4 ans et leur mère de 27 ans, ils n'ont même pu se faire enregistrer comme réfugiés. En revanche, un nombre record de 65 millions de personnes déracinées l'ont été, en 2016, par le Haut-Commissariat de l'ONU pour les Réfugiés. 65 millions de personnes, soit quasiment le double de la population marocaine, déplacés contre leur gré.

Les guerres, bien sûr. Mais aussi les catastrophes naturelles. Chaque année, les dérèglements climatiques provoquent le déplacement forcé de plusieurs dizaines de millions de personnes.

Chaque année, un nombre croissant de personnes, jeunes et enfants, entreprennent des voyages périlleux, à la recherche d'un monde meilleur.

Chaque année, l'on enregistre des conflits de plus en plus sanglants entre usagers, dans une compétition jamais aussi féroce, pour l'accès à des ressources naturelles jamais aussi rares.

D'année en année, les forces armées sont sollicitées, qui pour des missions humanitaires ponctuelles suite à une catastrophe naturelle, qui pour tenter de restaurer la paix dans des zones de conflits, ou pour intervenir en force d'interposition pour prévenir des situations conflictuelles.

C'est à ce titre que le Programme des Nations Unies pour l'Environnement salue la remarquable initiative du Maroc d'abriter cette Conférence sur le rôle des armées dans la lutte contre les changements climatiques, comme contribution à la COP22 de la Convention Climat qui se tiendra dans tout juste deux mois à Marrakech.

Les Nations Unies se félicitent aussi de la prise de conscience croissante des forces armées de plusieurs pays qui considèrent désormais les changements climatiques comme le plus grand risque sécuritaire auquel elles font face.

En effet, au-delà des réponses émotionnelles au cas du jeune Aylan, il faut examiner les causes profondes des conflits et de l'immigration. Il faut traiter le mal à la source.

Ce faisant, nous pourrions limiter le nombre de familles disloquées dans les pays d'origine, diminuer le nombre de morts sur les routes périlleuses, et réduire les cas d'immigrés clandestins. Examinons les causes profondes des conflits, et consacrons davantage de ressources au développement local, comme mesures de prévention dans les pays de départ.

Nos études ont démontré qu'au cours des soixante dernières années, plus de 40% des conflits inter-états ont eu des liens avec l'accès aux ressources naturelles. En revanche, les accords de paix signées au cours de la même période n'ont guère intégrés les ressources naturelles que dans un quart des cas ; preuve que les politiques n'ont pas traité le mal à la source.

L'on se bat pour l'accès à la terre ; pour le contrôle des sources d'eau, des cours d'eau ou des nappes phréatiques. Les zones minières, les sites pétroliers et les pipelines font l'objet de convoitises, partout dans le monde. Avec une population en hausse et des modes de consommation de plus en plus gourmands, la demande augmente alors que les ressources se raréfient.

La compétition pour l'accès et le contrôle des ressources naturelles devient un enjeu mondial. Les satellites ayant fini de scanner la terre, l'on rentre dans les entrailles des océans et l'on lève la tête vers d'autres planètes, alors que les solutions demeurent essentiellement sur terre. Largement à notre portée.

La réponse à long terme réside dans une grande mesure, dans la promotion des modes de production et de consommation durables, la bonne gouvernance des ressources naturelles et la redistribution des revenus.

Excellencies,

Ladies and Gentlemen,

As we get closer to the entry into force of the Paris Agreement, the UN Environment Programme suggests the following:

  • First, we must help fix the root causes of climate change. And we must do it while also helping nations around the world to mitigate and adapt to its growing impact, on everything from industry and biodiversity to urban development and defense facilities.

  • Second, we must identify areas where potential conflict around issues like water scarcity, land degradation or natural disasters can be turned into areas for prevention, co-operation and peace building.

  • And third, we must ensure that any military presence for disaster relief, peacekeeping or humanitarian missions does not make any of those problems worse.

 

However, the role of defense forces is considerably more complex,

  • On one hand, defense forces have a critical role in our response to the impact of climate change. Virtually all (93%) of UN peacekeeping operations between 1980 and 2010 happened in countries affected by environmental or climatic disasters

  • But on the other hand, their capacity to respond will be increasingly affected by the impact of climate change, to which they in turn contribute.

 

For example, the defense sector is extremely energy intensive; in the production of hardware, the construction and maintenance of facilities, and the training and deployment of personnel. In fact peacekeeping operations account for more than half of the UN's greenhouse gas emissions.

At the same time, with 2016 looking like the warmest year since records began:

  • The US Navy Times highlighted a study showing how rising sea levels threaten nearly 130 of the country's defense installations.
  • That includes naval bases worth over $100 billion, such as Norfolk, which is the biggest in the world.
  • Which has a huge knock-on effect for entire communities and supply chains.

Such problems are becoming apparent everywhere.

That's why you can see governments around the world stepping up their efforts to measure, mitigate and adapt to climate change.

It boils down to a question of cost and risk, on which climate change acts as the ultimate threat multiplier.

Of the 23 countries to have been on the OECD list of fragile States for the last decade, almost three quarters (70%) have livelihoods that depend on climate-sensitive natural resources.

But they are not alone. Every country, not just those already facing social, economic, environmental or political pressure, are entering a period of huge uncertainty:

  • For national and international defense capacity,
  • For the environment,
  • And, most of all, for the 1 in 5 people already living a fragile existence and the millions likely to join them unless we act now.

Acknowledging those risks in our approach to climate adaptation and peace-building will ensure that we are better prepared to deal with the consequences of global warming.

We have to start by swapping the current fragmented approach to a more holistic approach with a more coherent vision, goals and strategy.

A good place to do that is using the 7 areas highlighted by the G7 last year in the "Climate for Peace" report. Covering everything:

  • from competition for local resources, food and water
  • to migration, rising seas and disasters,
  • it provides a pragmatic way to integrate both the problems and their solutions with the wider efforts for the 2030 Agenda and the Paris Agreement.

If the upcoming 'COP of Action' in Marrakech is going to live up that name to start turning around global warming, we all need to make a lot more progress ? a lot faster. And we need to start right here at this conference.

Yes, we must be sensitive to questions of national sovereignty and respectful of different needs, but the impact of our defense forces on climate change and vice-versa must be firmly on the table ? however uncomfortable.

Words are not enough; climate change demands action. We did not act fast enough for Aylan. Let us make sure we do not fail on Sarah!

Thank you.

 
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