Les changements climatiques, les pénuries d'eau et la perte de biodiversité auront une incidence grandissante sur l'activité des entreprises dans le monde : un rapport des Nations Unies vr, jun 21, 2013

| English  | Español  | 中文  

Changes in the global environment will increasingly impact operating costs, markets for products, the availability of raw materials, and the reputation of businesses

, , , , ,

Nairobi, le 21 juin 2013 - L'avenir du secteur privé dépendra de plus en plus de l'aptitude des entreprises à s'adapter à un environnement mondial en rapide mutation et à mettre au point des biens et des services à même de réduire les incidences des changements climatiques, de la rareté de l'eau, des émissions de substances chimiques nocives, entre autres problèmes environnementaux.

Depuis les phénomènes météorologiques extrêmes jusqu'à l'accentuation des pressions s'exerçant sur les ressources naturelles limitées, les mutations de l'environnement mondial ont un impact sur les dépenses d'exploitation, la demande de certains produits, la disponibilité des matières premières et la réputation des entreprises, notamment dans les secteurs de la finance et du tourisme et dans ceux de la santé et des transports.

Mais ces mutations environnementales représentent aussi des opportunités majeures pour les entreprises qui savent gérer efficacement les risques correspondants et tirer parti de la demande mondiale croissante de technologies, investissements et services durables.

Voilà quelques-unes des principales conclusions d'un nouveau rapport publié aujourd'hui par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et intitulé GEO-5 pour les entreprises : incidences d'un environnement en mutation sur le secteur des entreprises.

« GEO-5 pour les entreprises est à bien des égards un prospectus pour l'entreprise du 21ème siècle, une entreprise qui internalise la façon dont l'évolution rapide et en accélération de l'environnement déterminera les risques, mais aussi la nécessité et la demande de nouveaux produits et débouchés durables », a déclaré le Secrétaire général adjoint de l'ONU et Directeur exécutif du PNUE, M. Achim Steiner.

« Ce rapport reflète la réalité des changements climatiques et des pénuries de  ressources naturelles et décrit comment des décisions plus créatives du secteur privé s'inscrivant dans un horizon à plus long terme peuvent aggraver ces problèmes ou contribuer à y faire face. Il souligne que, que ce soit par des économies d'eau ou une infrastructure résistante au climat, le monde recherche des solutions qui, à leur tour, stimuleront la compétitivité des entreprises, pourront nuire à leur réputation et encourageront une transition vers une économie verte inclusive », a ajouté M. Steiner.

Cette nouvelle publication est fondée sur le cinquième rapport sur l'Avenir de l'environnement mondial (GEO-5) du PNUE, l'évaluation la plus complète de l'état de l'environnement mondial réalisée au sein du système des Nations Unies. Selon cette publication, du fait des pressions exercées par l'activité humaine sur l'environnement mondial, plusieurs seuils critiques sont sur le point d'être atteints, ou ont déjà été franchis, ce qui pourrait entraîner des modifications radicales des conditions du maintien de la vie sur la planète.

Grâce à une analyse détaillée des secteurs de la construction, des produits chimiques, de l'extraction minière et de l'alimentation, entre autres, GEO-5 pour les entreprises souligne les risques spécifiques de ces changements pour chaque secteur ainsi que la façon dont les entreprises peuvent s'adapter pour générer des avantages concurrentiels à long terme.

Le rapport montre que la plus grande fréquence des phénomènes climatiques extrêmes, souvent liés aux changements climatiques, pose des risques pour tous les secteurs. Les graves inondations qui ont frappé l'Australie en 2010-2011, par exemple, ont donné lieu au versement de 350 millions de dollars d'indemnités par le réassureur Munich Re, qui a enregistré de ce fait une baisse de 38 % de son bénéfice trimestriel. Le même épisode de conditions climatiques extrêmes en Australie a contribué à un manque à gagner de 245 millions de dollars pour le groupe minier Rio Tinto.

La hausse des températures remet en question la viabilité future des entreprises touristiques, affirme GEO-5 pour les entreprises. D'après une étude citée dans le rapport, moins de la moitié des 103 stations de ski situées dans le nord-est des Etats-Unis pourraient être encore économiquement viables dans 30 ans, si les températures hivernales moyennes augmentent de 2,5° à 4° F.

L'étude du PNUE indique que plus de 80 % du capital nécessaire pour faire face aux changements climatiques pourraient venir du secteur privé. Des investissements importants pourraient ainsi être réalisés dans l'« économie verte», notamment dans les bâtiments écologiques, les technologies éco-énergétiques, les transports durables. Aux États-Unis, par exemple, la demande d'électricité pour les véhicules électriques devrait augmenter de plus de 1700 % d'ici à la fin de la décennie.

Dans les villes, 60 % environ des infrastructures nécessaires pour répondre aux besoins de la population urbaine du monde d'ici à 2050 doivent encore être construites, ce qui ouvre aux entreprises d'importantes possibilités d'activités de construction et de rénovation écologiquement rationnelles en zones urbaines. Plus de 1,5 million de pieds carrés font l'objet d'une certification écologique chaque jour.

La pénurie d'eau reste un enjeu critique pour tous les secteurs examinés dans GEO-5 pour les entreprises. Les entreprises des secteurs du tourisme et des produits chimiques, entre autres, pourraient être confrontées à une augmentation de leurs dépenses d'exploitation et entrer davantage en concurrence avec les communautés locales et les autres consommateurs d'eau, ce qui pourrait avoir des répercussions négatives sur leur réputation. En Afrique du Sud, les mines de platine dans le bassin hydrographique du fleuve Olifants pourraient devoir supporter des charges de consommation d'eau dix fois supérieures à leur valeur actuelle d'ici à 2020 en raison de la rareté de l'eau.

Résultats par secteur de GEO-5 pour les entreprises

  • Bâtiment et construction

Ce secteur reste exposé à l'instabilité des marchés de l'énergie et à la hausse des prix de l'énergie en raison de la forte intensité énergétique de la production d'acier, de béton et d'autres matériaux. Les inquiétudes suscitées par la faible disponibilité de l'eau dans certaines régions pourraient peser sur les possibilités de développement. Les consommateurs pourraient exercer une pression croissante sur le secteur pour qu'il réduise l'impact des déchets. Plus de 40 % de tous les déchets solides sont générés par la construction.

L'urbanisation et le développement économique dans les économies émergentes peuvent se traduire par une demande importante de nouveaux logements et infrastructures plus écologiques. L'adoption de mesures pour protéger les côtes et mettre en place des digues contre les inondations ainsi que des structures propres à résister aux conditions météorologiques extrêmes, pourrait également être réclamée avec de plus en plus d'insistance.

· Produits chimiques

Le secteur (qui représente actuellement 42 % de la consommation totale d'eau de l'activité industrielle) pourrait être de plus en plus contraint par les consommateurs d'utiliser l'eau de manière plus efficace et de mieux gérer les émissions de déchets chimiques. Le renforcement des réglementations pourrait conduire à l'élimination progressive ou à la restriction de l'utilisation de certains produits chimiques. Cependant, ces réglementations pourraient être aussi à l'origine de nouveaux débouchés, car il faudra produire des substances de remplacement plus écologiquement rationnelles.

La demande devrait augmenter pour ce qui est des produits chimiques utilisés dans l'isolation haute performance, l'éclairage écoénergétique, les technologies des énergies renouvelables ainsi que des produits liés aux technologies permettant d'économiser l'eau, comme la purification et le dessalement. Une plus grande utilisation par les entreprises de substances chimiques produites de façon durable, couplée à des efforts pour minimiser les impacts négatifs, peuvent améliorer la réputation et la valeur de la marque.

· Electricité

En 2035, la demande mondiale d'électricité pourrait être de 70 % supérieure aux niveaux de 2009. Les vagues de chaleur plus fréquentes associées aux changements climatiques peuvent avoir une incidence sur la fiabilité du réseau. En 2012, les pannes qui ont frappé le nord de l'Inde, suite à l'accroissement de la demande imputable aux températures élevées et aux faibles pluies de mousson, ont laissé des centaines de millions de personnes sans électricité pendant plusieurs heures. Les compagnies d'électricité devront renforcer, ou relocaliser, les infrastructures vulnérables face aux phénomènes climatiques extrêmes et être mieux préparées à faire face aux interruptions d'approvisionnement.

La part mondiale du charbon dans la production totale d'électricité devrait revenir de deux cinquièmes à un tiers d'ici à 2035, tandis que celle des énergies renouvelables devrait passer de 20 à 31 %. La 'décarbonisation' du secteur de l'électricité offrira l'occasion à ce secteur de favoriser les technologies d'énergies renouvelables.

· Activités extractives

Les phénomènes météorologiques extrêmes associés aux changements climatiques influent sur les dépenses d'exploitation du secteur dans de nombreuses parties du monde. L'exploration de nouvelles zones pourrait être limitée à l'avenir sous l'effet de législations prévoyant l'extension des zones protégées où la biodiversité marine et terrestre est préservée.

L'accroissement de la demande de certains minéraux et métaux utilisés dans les technologies relatives aux énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique pourrait offrir de nouvelles opportunités. Le réchauffement des températures pourrait donner accès à des fins d'exploration à des zones jusque-là inaccessibles, même si les incidences potentielles sur l'environnement devront être évaluées.

· Finance

Les assureurs pourraient enregistrer de fortes pertes en capital et une baisse de leur rentabilité s'ils ne parviennent pas à identifier de manière adéquate et à planifier les risques liés au climat. Les compagnies assurant les biens et les risques divers verront probablement les demandes d'indemnisation augmenter sous l'effet des phénomènes météorologiques violents.

Les institutions financières devront renforcer la coordination avec la communauté scientifique pour s'assurer l'accès aux données et analyses environnementales pouvant contribuer à une meilleure planification.

· Alimentation et boissons

Du fait de niveaux élevés de consommation d'eau et d'une forte dépendance à l'égard des services écosystémiques, ce secteur est particulièrement exposé aux changements environnementaux. Les stocks de poissons marins sont de plus en plus surexploités, voire épuisés, tandis que l'acidification des océans et l'élévation de la température de l'eau sont considérées comme jouant un rôle majeur dans la dégradation des écosystèmes de récifs coralliens, qui servent d'aires d'alevinage à certaines espèces de poissons commercialement importants.

De nouveaux débouchés devraient s'ouvrir pour les variétés d'aliments plus résistantes au climat. Les marchés des aliments et des boissons biologiques ont progressé en moyenne de 10 à 20 % par an pendant une partie de la dernière décennie. Les entreprises certifiées en tant que producteurs alimentaires durables pourraient aussi tirer parti de la plus forte croissance de la demande de consommation.

· Soins de santé

La perte de biodiversité pourrait limiter la découverte de composés naturels entrant dans les nouveaux médicaments ou les remèdes traditionnels. Selon une estimation, le monde doit renoncer à un médicament majeur tous les deux ans du fait de l'extinction de certaines espèces.

Environ un quart de la morbidité mondiale peut être attribuée à des facteurs environnementaux. La demande de services de santé pourrait encore s'accroître, surtout en raison des problèmes liés à la pollution atmosphérique et des maladies d'origine hydrique.

· Technologies de l'information et des communications (TIC)

Les centres de données utilisent jusqu'à 200 fois plus d'électricité que les immeubles de bureaux classiques, d'où la sensibilité des dépenses d'exploitation des entreprises TIC à des hausses des prix de l'énergie. Les déchets d'équipements électriques et électroniques sont le flux de déchets qui augmente le plus rapidement dans le monde et pourraient inciter les consommateurs et les organismes réglementaires à réclamer plus activement leur réduction. Les impacts environnementaux de l'approvisionnement en matières essentielles dans les pays en développement (par exemple, métaux lourds) pourraient être aussi une source de préoccupation.

Dans le secteur des TIC, les besoins en matière de collecte et de traitement des données environnementales vont probablement s'accroître. Les produits TIC  qui conduisent à des améliorations environnementales dans d'autres secteurs (systèmes de gestion énergétique des bâtiments, par exemple) seront aussi des marchés en expansion.

· Tourisme

Les événements météorologiques extrêmes, les incidences des changements climatiques, la rareté de l'eau et la baisse de la biodiversité peuvent rendre certaines destinations plus ou moins attrayantes pour les consommateurs, ce qui a une incidence sur l'activité marchande des entreprises opérant dans ces emplacements. Des réglementations plus strictes de certaines pratiques (par exemple, la pêche et la plongée avec tuba sur les récifs coralliens) peuvent avoir un impact sur les marchés de niche.

Globalement, la demande touristique devrait s'accroître au niveau mondial, surtout pour les activités touristiques axées sur la nature et l'écotourisme ? pour lesquelles les clients sont souvent prêts à payer plus cher.

· Transports

Les phénomènes météorologiques extrêmes pourraient perturber plus fréquemment les chaînes d'approvisionnement et les infrastructures. La nécessité de se conformer à des réglementations plus nombreuses visant à réduire les niveaux de pollution de l'air (suies et matières particulaires) provenant des véhicules pourrait aussi augmenter les dépenses d'exploitation des sociétés  de transport.

Dans le même temps, les gouvernements mettent en place des règlements et des mesures incitatives pour stimuler la demande d'options de transport propres. Les entreprises du secteur pourraient tirer parti des perspectives nouvelles et en expansion offertes par les technologies sobres en carbone et économes en carburant.

Notes aux rédacteurs

Le rapport complet, GEO-5 pour les entreprises : incidences d'un environnement en mutation sur le secteur des entreprises, est disponible sur le site : www.unep.org

Le cinquième rapport sur l'Avenir de l'environnement mondial (GEO-5) du PNUE, lancé en 2012 - est disponible sur le site : www.unep.org/geo

Pour plus d'informations, contacter :

Nick Nuttall, Directeur, Division de la communication et de l'information  tél : +254 733 632 755/+41 795965737, courriel : nick.nuttall@unep.org

Bryan Coll, Salle de presse du PNUE, tél : +254 731 666 214, courriel : bryan.coll@unep.org/unepnewsdesk@unep.org

 
comments powered by Disqus