Renforcer la sécurité des lignes électriques pour protéger les oiseaux do, nov 24, 2011

Des études internationales évaluent les impacts des lignes électriques sur les oiseaux migrateurs et proposent des solutions pour éviter les collisions et les électrocutions

| English  | Español   

Dead blue crane. Victim of a fatal power line collision

, Des études internationales évaluent les impacts des lignes électriques sur les oiseaux migrateurs et proposent des solutions pour éviter les collisions et les électrocutions

Bergen, le 24 novembre 2011 ? Deux nouveaux rapports internationaux sur les conflits entre oiseaux migrateurs et lignes électriques à l'échelle régionale Afrique-Eurasie sont présentés aux délégués à la conférence des Nations Unies sur la faune sauvage, qui se tient à Bergen en Norvège, du 20 au 25 novembre 2011.

Les deux documents, « Examen du conflit entre les oiseaux migrateurs et les réseaux de distribution électrique dans la région Afrique-Eurasie » et les « Lignes directrices destinées à éviter ou limiter l'impact des réseaux d'électricité sur les oiseaux migrateurs dans la région Afrique-Eurasie », seront analysés et commentés par les représentants d'une centaine de gouvernements et d'institutions majeures de la conservation de la nature prenant part à la conférence des parties de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), un traité international sur la faune sauvage administré par le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE).

Les lignes électriques constituent l'une des causes majeures de mort accidentelle chez les oiseaux, aussi bien par électrocution que par collisions mortelles. A la fin de l'année 2010, on comptait 70,5 millions de kilomètres de lignes électriques à travers le monde, construites avec des considérations minimales vis-à-vis de leur impact environnemental. L'extension de ce réseau pourrait atteindre 76,2 millions de kilomètres d'ici à 2015.

L'étude montre que, dans la région Afrique-Eurasie seulement, des centaines de milliers d'oiseaux meurent chaque année par électrocution et des dizaines de millions par collision avec les lignes électriques. En général, les oiseaux de grande taille semblent les plus touchés.

Pour certaines espèces de grande taille, ayant une stratégie de reproduction lente et qui migrent à travers cette région, telles que les pélicans, les cigognes, les flamants, les rapaces, les grues, outardes et les chouettes, cette mortalité accidentelle pourrait mener à des déclins et/ou à des extinctions de populations à l'échelle locale ou régionale.

En Afrique du Sud par exemple, 12% des grues de Paradis, espèce emblématique du pays, et 11 à 15% des outardes de Ludwig meurent chaque année des suites de collisions imputables avec un réseau électrique en plein développement.

L'étude met en évidence que les sites critiques pour l'électrocution se trouvent dans des habitats ouverts présentant peu de perchoirs naturels ou d'arbres utilisés pour la nidification, tels que les steppes, les déserts et les zones humides.

Dans le même temps, les collisions sont notables dans tous types d'habitat de la région concernée, les sites critiques étant par exemple localisés dans des zones de rassemblement d'oiseaux telles que la proximité de plans d'eau ou les couloirs de migration.

L'étude présente l'état des lieux actuel sur les recherches réalisées à ce jour et les mesures correctives mise en ?uvre par certains pays et certaines sociétés d'électricité pour éviter la mortalité aviaire due aux collisions et électrocutions par les lignes électriques.

En parallèle, les lignes directrices incluent un ensemble de recommandations concrètes à l'attention des gouvernements, des sociétés d'électricité et des organisations de conservation de la nature, sur les moyens d'éviter et de réduire l'impact des réseaux électriques sur les oiseaux.

"Les lignes directrices internationales présentent nombre d'actions législatives et politiques appropriées, ainsi que des mesures techniques innovantes permettant d'atténuer et de réduire la mortalité accidentelle très élevée des oiseaux causée par les réseaux électriques », a rapporté la Secrétaire exécutive de la CMS Mme Elizabeth Maruma Mrema.

Bien que l'étude ait eu pour objet d'étudier la situation à travers l'Europe, certaines parties de l'Asie, le Moyen-Orient et l'Afrique, les mesures mises en relief dans les lignes directrices peuvent être appliquées à une échelle mondiale.

En Europe du Nord par exemple, toutes les lignes à basse et moyenne tension ont été enfouies aux Pays-Bas et des mesures similaires sont actuellement prises dans certaines parties de la Belgique, au Royaume-Uni, au Danemark, en Allemagne et en Norvège.

"Notre expérience en Norvège montre qu'il existe différentes mesures pouvant réduire les risques de collision et d'électrocution, comme par exemple l'utilisation de câbles souterrains, la suppression du câble supérieur et une meilleure sélection des tracés des lignes, qui se révèlent être des moyens efficaces », a commenté Erik Solheim, Ministre de l'Environnement et du Développement International de Norvège.

D'autres mesures moins coûteuses proposent des solutions techniques adaptables aux structures existantes comme l'isolation des parties dangereuses des lignes, l'installation de perchoirs artificiels et d'équipements de nidification favorables aux oiseaux, ainsi que la mise en place de dispositifs d'avertissement ou d'effarouchement visuels sur les câbles supérieurs.

"Le manque relatif d'infrastructures électriques sur le continent africain à l'heure actuelle est une opportunité pour éviter les erreurs faites ailleurs lors de la construction de nouvelles infrastructures. Dans ce sens, les lignes directrices sont particulièrement opportunes et peuvent avoir un impact significatif en termes de conservation », a commenté Jon Smallie du Endangered Wildlife Trust d'Afrique du Sud (Fondation pour la faune en danger), co-auteur de l'étude.

"Les autorités nationales, les compagnies d'électricité et les organisations impliquées dans la conservation des oiseaux et dans la recherche devraient utiliser ces lignes directrices comme un premier pas pour appréhender l'important problème de mortalité aviaire causée par les collisions et l'électrocution. Elles devraient également travailler de concert afin de mieux localiser l'emplacement des futures lignes et d'identifier conjointement les sites critiques où les lignes existantes doivent faire l'objet d'améliorations et d'aménagements pour une meilleure sécurité des oiseaux », déclare Marco Barbieri, Secrétaire exécutif par intérim de l'Accord Afrique-Eurasie sur les oiseaux d'eau migrateurs (AEWA), un traité thématique conclu sous l'égide de la CMS.

"Dans les années à venir, le gouvernement norvégien dépensera 30 millions de couronnes pour réduire la menace globale qui pèse sur le Grand-duc d'Europe, espèce très menacée. Les lignes électriques représentent une menace significative pour l'espèce en Norvège », a ajouté Mr Solheim.

D'après l'étude, l'électrocution est considérée comme le facteur de mortalité le plus important pour le Grand-duc d'Europe, et pourrait être la raison majeure du déclin de cette population.

« Cela pourra également contribuer à éviter l'électrocution d'autres espèces. Nous portons une attention particulière à cette question en Norvège et l'expérience nous montre que les mesures prises fonctionnent bien, mais qu'il reste énormément à faire sur cette thématique », a dit Mr Solheim.

Pour Mme Mrema, "l'électrocution des oiseaux n'est pas uniquement un problème de conservation. Il y a aussi des conséquences économiques et financières, telles que les coupures de courant et mises à l'arrêt pour réparations étant régulièrement imputables à l'électrocution d'oiseaux ».

« La Convention sur la Conservation des espèces migratrices et ses traités spécifiques à la conservation des oiseaux, comme l'AEWA ou l'Accord sur les rapaces jouent un rôle important en rassemblant les différents acteurs et points de vues. Comme le montre l'étude et les lignes directrices, nous disposons déjà de certaines expériences. Mais pour autant, nous pouvons encore progresser dans la résolution de ce conflit toujours plus important entre les réseaux électriques et les oiseaux », a ajouté Mme Mrema.

L'étude et la rédaction des lignes directrices ont été confiées par le Secrétariat du PNUE/AEWA à un consortium international de recherche incluant le Bureau Waardenburg, Boere Conservation Consultancy (tous deux des Pays-bas), Endangered Wildlife Trust (Afrique du Sud) et STRIX (Portugal).

La publication de l'étude et des lignes directrices ont été rendues possibles grâce au support du partenaire en coopération de l'AEWA, la société RWE Rhein Ruhr Netzservice, une société du fournisseur d'électricité allemand RWE. Afin de réduire les collisions des oiseaux de grande taille avec les lignes électriques, cette société a développé la mise en place par hélicoptère de systèmes d'avertissement et d'effarouchement visuels sur les lignes à haute-tension en Allemagne et dans d'autres pays européens.

Notes aux rédacteurs :

Liens vers les documents

http://www.cms.int/bodies/COP/cop10/media.htm#4

Lignes directrices (incluant une synthèse)

http://www.cms.int/bodies/COP/cop10/docs_and_inf_docs/doc_30_electrocution_guidlines_e.pdf

Étude internationale

http://www.cms.int/bodies/COP/cop10/docs_and_inf_docs/inf_38_electrocution_review.pdf

Lien vers le site internet du projet de réalisation de l'étude et de définition de lignes directrices

http://www.buwa.nl/en/aewareviewproject.html

CMS

La Convention sur la Conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (PNUE/CMS) ?uvre pour la conservation d'une grande diversité d'espèces animales migratrices en danger d'extinction dans le monde entier, au travers de négociations et de la mise en place d'accords et de plans d'action. La CMS est une convention en pleine croissance et se distingue par son expertise spécifique en matière d'espèces migratrices. Aujourd'hui, 116 pays sont Parties Contractantes de la Convention.

www.cms.int

AEWA

L'Accord sur la conservation des oiseaux d'eau migrateurs d'Afrique-Eurasie (AEWA) est un accord intergouvernemental indépendant développé sous les auspices de la CMS et dédié à la conservation des oiseaux d'eau migrateurs empruntant les voies de migration d'Afrique-Eurasie. L'Accord concerne 255 espèces d'oiseaux qui dépendent écologiquement des zones humides pendant au moins une partie de leur cycle annuel. Soixante-quatre des 119 pays de la région couverte par l'AEWA, ainsi que l'Union européenne, sont à ce jour Parties Contractantes de l'Accord.

www.unep-aewa.org

OISEAUX ET LIGNES ELECTRIQUES (extraits de l'étude)

La plupart des lignes électriques aériennes (lignes de distribution à moyenne tension et lignes de transmission à moyenne à haute tension) présentent des risques potentiellement mortels pour les oiseaux : risques de collision avec les cables aériens et risques d'électrocution.

Collision

- La collision a lieu lorsqu'un oiseau en vol heurte un cable aérien. Le plus souvent l'oiseau meurt lors du choc avec le câble, ou de l'impact avec le sol, ou encore des suites de ses blessures.

- Les collisions d'oiseaux ont lieu dans tous les types d'habitats de la région Afrique-Eurasie, avec des sites critiques sur des zones où se concentrent de grands nombres d'oiseaux, telles que la proximité des plans d'eau ou les corridors de migration.

- Les oiseaux qui sont dérangés et paniqués aux abords de lignes électriques ont un plus fort risque de collision, comme par exemple les oiseaux qui poursuivent leurs congénères.

- Qu'elle soit due à l'obscurité, aux conditions météorologiques ou à la trop grande finesse du câble le rendant peu détectable pour les oiseaux, une faible visibilité engendre un risque de collision encore plus fort.

- La migration des oiseaux a souvent lieu en altitude, bien au-dessus des lignes électriques. De ce fait le risque de collision est plus faible pour les oiseaux en migration que pour les oiseaux locaux. Toutefois, le risque de collision des oiseaux migrateurs augmente lorsque les conditions météorologiques les forcent à voler à faible altitude, car le paysage et les obstacles leurs sont moins familiers qu'aux oiseaux locaux.

Électrocution

- L'électrocution d'un oiseau survient lorsque l'oiseau occupe l'espace entre deux composants sous tension ou bien entre un composant sous tension et l'autre relié à la terre par un poteau électrique. Ceci provoque un court-circuit, le courant traversant le corps de l'oiseau ainsi électrocuté, et s'accompagne souvent d'une coupure de courant.

- Les sites critiques pour l'électrocution se trouvent particulièrement dans les habitats ouverts qui manquent de perchoirs naturels et d'arbres pour la nidification, tels que les steppes, les déserts et les zones humides.

- Les électrocutions ont souvent lieu sur des lignes à moyenne tension (faiblement isolées). Des câbles de voltages différents sont mis en relation par un oiseau ou des matériaux de construction des nids, causant ainsi un court-circuit. Cela peut également arriver alors que l'oiseau ne touche qu'un fil.

- L'électrocution des oiseaux n'est pas seulement une question de conservation, elle a également des conséquences économiques et financières. Les coupures de courant et mises à l'arrêt pour réparations étant régulièrement imputables à l'électrocution d'oiseaux.

Mesures

- Il est relativement facile de réduire les impacts négatifs des lignes électriques sur les oiseaux. Les lignes directrices CMS/AEWA présentent un large panel de solutions et de recommandations.

- La mesure la plus efficace pour éliminer les possibilités d'électrocution et de collision est l'enfouissement des lignes. Cela a déjà été mis en ?uvre aux Pays-Bas et dans certains points critiques en Belgique, au Royaume-Uni, en Norvège, au Danemark et en Allemagne. Cette méthode est très coûteuse et de ce fait n'est pas applicable à toute la région d'Afrique-Eurasie.

- Une autre manière évidente pour empêcher les électrocutions et les collisions d'oiseaux est de réduire la construction de nouvelles lignes électriques, grâce à une planification efficace des réseaux et une meilleure répartition des générateurs d'électricité.

- Il est également souhaitable de faire passer les lignes électriques loin des zones qui accueillent ou attirent des espèces d'oiseaux connues pour être sujettes aux électrocutions et aux collisions, en prenant en compte le paysage et les caractéristiques de la végétation.

- Il est important de définir la localisation, le tracé et la direction des lignes électriques d'après un zonage national, en évitant, lorsque cela est possible, la construction sur des habitats ayant un intérêt pour la conservation tels que les zones importantes pour les oiseaux, les aires protégées, les sites Ramsar et autres sites sensibles tels qu'identifiés par l'Outil du Réseau de Sites Critiques (CSN) : http://csntool.wingsoverwetlands.org/csn/default.html

- Les lignes directrices proposent beaucoup d'autres mesures techniques contre l'électrocution et la collision. Elles incluent des mesures d'isolation, de design et de configuration des lignes, de techniques de gestion des perchoirs ainsi qu'une série d'équipements signalant les lignes électriques tels que des sphères, des disques pivotants, des avertisseurs visuels et autres dispositifs qui rendent les lignes plus visibles pour les oiseaux. L'étude inclut également une évaluation sommaire de l'efficacité de ces équipements, des recherches en cours dans les différents pays, et conclue que le marquage de câbles réduit la mortalité de 50 à 80%.

ÉVÉNEMENT EN MARGE DE LA COP10 DE LA CMS

Un événement en marge de la COP10 de la CMS (ouvert à la presse) portant sur le sujet : " Le challenge de la diminution des électrocutions d'oiseaux" sera organisé sur les lieux de la COP10 au Scandic Hotel Room Hødden, le jeudi 24 novembre 2011 entre 18h00 et 20h00.

Il sera présidé par Mme Heidi Sørensen ? Secrétaire d'État du Ministère de l'Environnement et organisé par l'Institut Norvégien pour la Recherche sur la Nature/CEDREN en partenariat avec RWE Rhein Ruhr Netzservice GmbH et NABU (BirdLife Germany).

http://www.cms.int/bodies/COP/cop10/media/side_events/side_event_powerlines_24nov2011.pdf

OPTIPOL : "Design et tracés optimaux pour les lignes électriques : perspectives écologiques, techniques et économiques"

www.nina.no/Publikasjoner/Publication.aspx?pubid=5428

Pour plus d'information, veuillez contacter :

Florian Keil, Responsable de la communication, Secrétariat PNUE/AEWA, tél : +49 228 815 2451 ou mobile: +49 (0)151 14701633, ou +47 46 86 15 44 (pendant le séjour à Bergen), email : florian.keil@unep.org

Veronika Lenarz, Chargée de communication, Secrétariat PNUE/CMS, tél : +47 46 86 15 44 (pendant le séjour à Bergen), email : vlenarz@cms.int

Nick Nuttall, Porte-parole et responsable des relations medias au PNUE, tél : +41 795 965 737 ou +254 733 632 755 ou email : nick.nuttall@unep.org

 
comments powered by Disqus