La transition vers l'économie verte déjà en cours en Afrique : Discours d'Achim Steiner à la conférence ministérielle africaine en Algérie za, feb 22, 2014

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UN Under-Secretary-General and UNEP Executive Director Achim Steiner

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Oran, Algérie 22 février 2014

Votre Excellence, Abdel Malek SELLAL, Premier Ministre d'Algérie,

Votre Excellence, Dalila Boudjeema,Ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement,

M. Arnold Schwartzenegger, Président fondateur de l'Initiative R20,

L'Honorable Haut Représentant de l'Union africaine,

Excellences, Collègues,

Mesdames et Messieurs,

Je suis profondément honoré d'avoir été invité à prendre  parole à cette conférence unique.

La Conférence ministérielle africaine sur l'économie verte se déroule au moment où la communauté internationale travaille sur l'élaboration d'un agenda de développement post-2015 ainsi que sur une nouvelle série d'objectifs de développement durable.

Cette réunion se déroule également avant la tenue de la première Conférence mondiale sur le partenariat pour l'action sur l'économie verte  (PAGE) dans les Émirats Arabes Unis qui aura lieu au début du mois de mars pour appuyer et promouvoir l'adoption de l'économie verte au niveau international.

Mesdames et Messieurs,

La transition vers l'économie verte est déjà en cours en Afrique.

De  l'exploitation de l'énergie géothermique au Kenya et de l'énergie solaire en Algérie et en Tunisie, à l'investissement  aux fonds verts en Afrique du Sud,  et l'élaboration de projets éoliens en Ethiopie; diverses voies vers des économies plus vertes et plus inclusives sont menées à travers le continent.

En raison de sa situation géographique, l'Algérie, par exemple, détient l'un des plus grands  potentiels solaires au monde qui est estimé à 13,9 TWh par an. Le pays reçoit annuellement une exposition solaire équivalente à 2 500 KWh/m2.  Le potentiel d'énergie solaire journalier varie entre 4.66 kWh/m2 au Nord à 7,26 kWh/m2 au Sud. L'Algérie est en mesure d'exploiter cet important potentiel pour réduire les émissions de carbone et soutenir la production d'énergie propre.

La prochaine vague d'investissement et d'innovation en Afrique sera motivée par la nécessité de trouver de nouvelles sources d'énergie,  la création de richesses et d'emplois.

Actuellement, les projections montrent une accélération générale de la croissance en Afrique subsaharienne d'environ 5,5 % en 2013-2014, ce qui reflète la forte demande intérieure et l'accroissement des investissements dans les secteurs axés sur l'exportation qui sont les principaux moteurs économiques, selon le rapport 2013 du FMI sur les  perspectives mondiales de l'économie.

Etant donné que le continent se dirige vers une telle évolution,  la comptabilisation  de la richesse et la valorisation des services écosystémiques sont cruciales pour la croissance future de l'Afrique

Le capital naturel  représente un atout essentiel, surtout pour les pays à faible revenu, où il  représente  environ 36 % de la richesse totale, selon des estimations récentes de la Banque mondiale.

La forêt de Mau au Kenya, par exemple, fournit des biens et services d'une valeur d'1,5 milliards de dollars US par an à travers l'eau pour l'hydroélectricité, l'agriculture,  l'utilisation touristique et urbaine et industriel,  de même que contrôle de l'érosion et le stockage  du carbone. Les alternatives comptables ont aidé à inciter le gouvernement du Kenya à investir dans la réhabilitation de la région et ses services écologiques vitaux.

Le secteur de la foresterie en Tanzanie représente officiellement près de 2,3 pour cent du PIB, cependant les recherches suggèrent que si les avantages plus larges étaient pris en compte, la contribution réelle représenterait  plus de 4 pour cent du PIB.

Une nouvelle recherche suggère que la contribution de la valeur des forêts au PIB de l'Ouganda est d'environ US $136 millions, ce qui représente environ 4 pour cent du PIB.

Depuis 1995, environ 486 000 opportunités de travail ont été créés en Afrique du Sud dans les programmes de réhabilitation de l'environnement. En outre, 85 000 emplois ont été créés  dans la conservation formelle des aires protégées à travers l'élevage extensif d'espèces sauvages et l'écotourisme.

La comptabilisation et l'évaluation du capital naturel, ne sont pas des activités marginales, mais sont au c?ur de la richesse des nations sur lesquelles seront construites des sociétés durables, équitables et prospères.

Malgré le rythme  rapide de développement, les pays de l'Afrique font encore face à des défis persistants.

La croissance rapide de la  population urbaine, la mondialisation et le changement climatique, associés à la nécessité de renforcer la gouvernance, sont parmi les défis de l'Afrique si son objectif est de se placer de façon ferme dans la voie du développement durable.

Selon la Banque mondiale, la population de l'Afrique devrait augmenter d'environ 800 millions de personnes d'ici 2040. Cette augmentation prévue mettra encore plus de pression sur les ressources naturelles du continent.

 En 2005, la moitié des zones terrestres les plus biologiquement riches de l'Afrique a  diminué de plus de 5 pour cent  en raison des cultures, de la dégradation ou de l'urbanisation.

Au Kenya,  la déforestation a fait perdre environ 68 millions de dollars US à l'économie du pays en 2010,  négligeant ainsi les avantages économiques d'industries comme la foresterie et l'exploitation forestière.

Attribuer une valeur aux ressources naturelles exige également une remise en cause des liens traditionnels entre l'utilisation des ressources et la prospérité économique ? la séparation entre les « maux » économiques et les « biens » économiques.

D'ici à 2050, l'humanité pourrait consommer environ 140 milliards de tonnes de minéraux, de minerais, de combustibles fossiles et de biomasse par an - trois fois sa consommation actuelle- à moins que le taux de croissance économique soit  « découplée » du taux de consommation des ressources naturelles.

Selon un rapport du panel international des ressources,  l'utilisation totale des ressources a augmenté de huit fois, passant de 6 milliards de tonnes en 1900 à 49 milliards de tonnes en 2000.

En mai 2012, 10 pays africains, ainsi que divers organismes publics et privés, ont  adopté la déclaration de Gaborone, qui décrit un ensemble de principes concrets et d'objectifs de développement qui incluent la valorisation du capital naturel dans le processus de planification du développement.

Un mois plus tard, le  document issu du sommet de Rio + 20, le futur que nous voulons, a appelé à augmenter les mesures de progrès pour compléter les indices classiques,  tels que le PIB.

Publié en parallèle  de la Conférence de Rio en 2012, le Rapport  du PNUE  la richesse inclusive, fourni une remise en cause des critères traditionnels économiques et de développement. Il introduit un nouvel indicateur, connu  sous le terme d'Index global  de richesse (IWI), qui vise à révéler le véritable état de la richesse d'une nation et la pérennité de sa croissance, au-delà du PIB.

Mesurées par le PIB, les économies  de la Chine,  des  États-Unis, du Brésil et  de l'Afrique du Sud ont  augmenté respectivement de 422 pour cent, 37 pour cent, de 24 pour cent, 31 pour cent, et 24 pour cent  entre 1990 et 2008 . Cependant, si elles sont évaluées par IWI, les économies chinoises et brésiliennes ont seulement augmenté  de 45 et de 18 pour cent. Les États-Unis enregistrent une croissance de 13 pour cent, tandis que l'Afrique du Sud  enregistre une diminution de un pour cent.

En fait, 25 pour cent des pays étudiés par le rapport  montrent une tendance positive avec le PIB par habitant et avec l'indice de développement humain (IDH) alors qu'il enregistre un IWI négatif  par habitant. La  principale raison de cette différence de performance est la baisse de capital naturel dans ces pays.

Mesdames et Messieurs,

Il y a près de 2 ans à Rio + 20, plus de 190 nations ont donné le feu vert pour  une économie verte inclusive dans le contexte du développement durable et de  l'éradication de la pauvreté.

Une économie verte inclusive a le potentiel d'améliorer le bien-être humain et l'équité sociale, tout en réduisant considérablement les risques environnementaux et les pénuries écologiques.

Dans le cadre de l'économie verte,  la croissance des revenus et des emplois est menée par des investissements publics et privés qui réduisent  la pollution et les émissions de carbone, améliore l'efficacité énergétique et les ressources et empêche la perte de la biodiversité et des services écosystémiques.

Ces investissements doivent être catalysés et soutenus par des dépenses publiques ciblées, des réformes politiques et les modifications de règlement.

Alors que les  principales institutions financières apprécient  de plus en plus l'impératif du changement climatique, la rareté des ressources et d'autres défis environnementaux, les « règles du jeu » actuelles dans le domaine financier ne sont pas forcément adaptées pour accélérer cette transition.

Les estimations du Forum économique mondial suggèrent que mondialement, l'investissement d'environ  6 billions de dollars  par an jusqu'en 2030 dans l'infrastructure, est nécessaire pour aboutir à  une économie faible en carbone. De ce montant, près de 1 billions de dollars UD se trouvent  au-dessus de la trajectoire normale.

De telles preuves montrent que lorsque les investissements sont ciblés pour écologiser des secteurs de l'économie, ils peuvent produire des avantages multiples pour l'économie, l'environnement et la société.

Le mois dernier, j'ai lancé à Davos une enquête sur les options stratégiques pour guider le système financier mondial à investir dans la transition vers une économie verte.

Dans le sillage de la crise financière mondiale, il y a une reconnaissance croissante que le système financier doit non seulement être solide et stable, mais  doit aussi  être durable afin de permettre  la transition vers une économie verte et faible en carbone.

L'enquête, qui s'étend sur 18 mois, à la mi-2015, a pour but d'engager, d'informer et de guider les décideurs politiques, les acteurs du marché financier et d'autres intervenants concernés par la santé du système financier et de son potentiel d'élaboration de l'économie future.

Pour répondre à son objectif principal, il  cartographiera les meilleures pratiques actuelles, rassemblera les principes et les cadres, catalysera  de nouvelles idées et enfin présentera une série d'options pour faire progresser un système financier durable.

Il collaborera également avec des experts financiers mondiaux, commissionnera des recherches pertinentes et contribuera à des initiatives connexes du système des Nations Unies et d'ailleurs.

Mesdames et Messieurs,

La voie du développement vert doit maintenir, améliorer et, si nécessaire,  reconstruire le capital naturel comme un atout économique critique et une source d'avantages pour le public, surtout pour les pauvres dont les moyens de subsistance et la sécurité dépendent  fortement de la nature.

Le moment est venu d'assurer que d'ici à 2015 - quand les objectifs de développement pour le millénaire de l'ONU dépasseront les objectifs de développement durable - la communauté mondiale ait les stratégies et les politiques en place pour veiller que la nature soit pleinement intégrée dans les économies.

 Merci.

 
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