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Visiter l’avenir

 

ZHANG YUE
Président et PDG, Broad Air Conditioning, Chine

Il y a deux ans, j’ai pénétré ce qui semblait être un autre monde, un monde bien différent de ce que je connaissais de l’Occident : le quartier Vauban à Fribourg, la ville solaire capitale verte de l’Allemagne.

Dans les rues, les enfants jouaient avec des cerceaux, aux billes, au tennis de table et au badminton. Pas un véhicule, pas un seul, ne circulait dans le quartier. Deux parcs de stationnement à étages abritaient toutes les voitures dont l’usage est majoritairement public : il est possible d’en emprunter une en cas d’urgence, mais bon nombre d’habitants peuvent se rendre rapidement au travail à pied. Sur la place centrale, en plein air, des centaines de personnes dînaient, buvaient des cafés, bavardant gaiement et riant. Tout ne semblait être que bonheur et détente.

Au coucher du soleil, j’ai vu des dispositifs solaires photovoltaïques partout. Les fenêtres des maisons étaient équipées de stores et les murs étaient isolés. Dans une maison en construction, j’ai été très surpris de voir des panneaux isolants en mousse de 30 cm d’épaisseur alors que les isolants thermiques n’ont généralement que 5 cm d’épaisseur. Je me suis ainsi rendu compte que conserver l’énergie est une culture profondément enracinée dans le coeur de tous les habitants de Vauban. Pour eux, gaspiller la moindre énergie est une faute.

Deux mois plus tard, je suis retourné à Vauban accompagné d’une délégation de plus de dix personnes, dont mon personnel, des professeurs de l’Université Tsinghua (Pékin) et des dirigeants de sociétés immobilières. Les architectes et les responsables locaux nous ont parlé de Vauban et quatre impressions nous ont profondément marqués.

En premier lieu, les faibles émissions de carbone. Ce sont les habitants qui ont construit ou rénové tous les bâtiments. Les fenêtres possèdent toutes un triple vitrage et des stores. Les murs sont recouverts de panneaux thermiques isolants très épais et presque toutes les maisons sont équipées de climatiseurs avec récupérateur de chaleur. Ces technologies, qui semblent très simples, augmentent l’efficacité énergétique des bâtiments de 400 à 800 %. Les habitants considèrent qu’il est vital et simple de conserver l’énergie.

En deuxième lieu, les habitants ont une vision très rationnelle des énergies renouvelables. Ils ont conscience que l’énergie solaire est la technologie de l’avenir. Le chauffage solaire de l’eau et des locaux fonctionne bien mais, à l’heure actuelle, l’énergie solaire photovoltaïque n’est pas rentable. Le gouvernement la subventionne donc en payant l’électricité qui alimente le réseau à des prix trois à cinq fois supérieurs à ce que les habitants paieraient normalement. Mais, si les habitants apprécient l’énergie solaire, ils savent qu’il faut commencer par isoler les bâtiments.

Troisièmement, il semble que pour les habitants, une vie heureuse est une vie simple. Ils utilisent des méthodes sans pesticides et sans engrais pour verdir l’environnement et ne cultivent que des plantes locales. Ils utilisent pleinement les ressources disponibles sur place. Ainsi, les toboggans et autres jeux pour les enfants sont faits de déchets de bois, de briques et de pierres naturelles et les enfants les adorent.

Enfin, notre quatrième impression a été que les voisins s’entendent bien. Les pauvres ne font pas l’objet de préjugés, les riches n’ont pas peur d’être attaqués. Malgré des revenus variant du simple au centuple, tous vivent en harmonie. Les enfants jouent dans les rues ou dans les bois sans problèmes de sécurité. En Chine, tout le monde s’inquiète des cambriolages et des vols, des accidents de la circulation et de toutes sortes d’agressions mais à Vauban, beaucoup ne ferment pas leurs maisons.

Si une société suit un mode de vie à faibles émissions de carbone et trouve ainsi joie et harmonie, elle atteint alors son apogée. Si le communisme existait vraiment dans ce monde, Vauban en serait l’exemple à travers ce que l’on pourrait appeler son éco-communisme. Rien de cher, de chic ou d’artificiel; seulement peu de carbone, de la joie et une harmonie, ce qui peut se résumer en un mot : le bonheur. Je compte revenir à Vauban et même y vivre quelque temps.

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