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Une occasion à saisir

Angela Cropper
ancienne Directrice exécutive adjointe du PNUE, récemment nommée Conseillère spéciale auprès du Directeur exécutif

La Conférence de Rio +20 qui doit se tenir l’an prochain représente pour les dirigeants politiques une occasion en or, vu la gravité, l’urgence et la complexité des questions économiques, sociales et environnementales auxquelles le monde se trouve confronté. Pour traiter les problèmes globaux de développement durable, une mobilisation et un engagement d’une telle ampleur s’imposent de façon plus pressante que l’élaboration de longues listes de mesures par secteurs d’activité, qui généralement ont déjà été établies lors de sommets mondiaux et de processus sectoriels.

Nous savons ce qu’il y a lieu de faire. Il faut à présent déterminer pourquoi l’application de ces résolutions tarde tant et doter la Conférence d’objectifs plus ambitieux afin de tirer pleinement parti de l’événement. Comment parvenir, à cette occasion, à lever certains des obstacles au développement durable? À quel type de résultats faudrait-il aboutir pour donner à la communauté mondiale les moyens de traiter certains des problèmes urgents, voire complexes, auxquels elle fait face?

Voici dix propositions d’approches ambitieuses qui nécessitent une direction politique et, par la suite, des engagements :

1. Orienter l’approche de la croissance économique de manière à servir les objectifs sociaux et à tenir compte des limites et impératifs environnementaux.
La Conférence se tiendra à un moment propice : la communauté mondiale comprend à présent beaucoup mieux les questions de développement durable et l’interdépendance entre l’économie, l’environnement et le bien-être humain. Mais cette compréhension n’est pas mise en pratique, les impératifs environnementaux et les objectifs de bien-être humain étant invariablement négociés comme des options et des éléments secondaires par rapport à la croissance économique. Cela freine le développement durable, qui unifie les objectifs économiques, sociaux et environnementaux – contrairement à l’approche qui consiste à ajouter des considérations environnementales et sociales uniquement lorsqu’elles n’ont pas d’incidence sur les résultats économiques.

La Conférence pourrait être l’occasion de redéfinir cette relation en mettant la croissance économique au service des objectifs sociaux que les gouvernements énoncent depuis longtemps et en reconnaissant et respectant les contraintes en matière de ressources et d’environnement. Il faudra pour cela porter une attention qualitativement différente aux décisions concernant les politiques, les investissements et autres mesures de développement de manière à ne pas sacrifier les résultats attendus en matière d’environnement et de bien-être humain au profit de la poursuite de la croissance économique.

2. S’engager à réduire les inégalités aux niveaux national et mondial.
La Conférence pourrait attirer l’attention sur la façon dont l’approche économique actuelle engendre une pauvreté persistante et des inégalités croissantes, en faisant prendre conscience du fait que les moyens périphériques employés à l’échelle mondiale pour atténuer ces problèmes ne permettent pas de rattraper les retards. Les participants pourraient s’engager à réduire délibérément et sans délai ce déficit d’équité, tant au plan national qu’au plan international, et à mettre en place des arrangements permettant d’examiner le processus engagé de façon constante et approfondie aux niveaux mondial et national. Si cet objectif n’est pas atteint pour la génération actuelle, il ne faut guère s’attendre à pouvoir répondre au souci d’équité entre générations.

3. Éxiger la formulation et l’application de mesures de développement plus appropriées.
On continue d’utiliser le produit intérieur brut comme principale mesure du développement alors que son caractère trompeur, en particulier dans une optique de développement durable, a été largement démontré. La Conférence pourrait recommander de s’employer sans tarder à établir, selon une procédure accélérée et un calendrier précis, un nouvel ensemble de mesures et d’indicateurs accordant une importance égale aux trois dimensions du développement durable. Cette caractéristique devra également se retrouver dans les systèmes de comptabilité du revenu national.

4. Éxiger la communication par les entreprises d’informations sur les paramètres intégrés du développement durable.
Il importe de bien comprendre comment les activités économiques influent, au niveau national, sur les dimensions économiques, environnementales et sociales du développement durable. De nombreuses directives techniques ont été publiées sur les modalités de communication des données relatives au développement durable et certains pays imposent déjà, dans leur législation, cette importante obligation de compte rendu. La Conférence pourrait conclure à la nécessité de rendre cette notification nationale obligatoire, afin de pouvoir surveiller les pratiques d’entreprise et orienter les politiques et les arrangements institutionnels appelés à créer des conditions favorables. Cela aidera à évaluer les progrès accomplis au niveau national et, en cas d’application universelle, ne portera pas atteinte à la compétitivité.

5. S’engager à renforcer les investissements et les mécanismes de participation du public.
Le passage au développement durable ne peut s’opérer uniquement avec le concours des gouvernements. Ceux-ci ont pour rôle de guider les citoyens dans cette voie et de leur donner les moyens nécessaires. Il incombe aux sociétés de comprendre la nature des changements requis et de se préparer à les faciliter. L’appropriation par la nation toute entière – et non par son gouvernement – des approches et mesures requises s’acquiert et se cultive. Cela nécessite des programmes d’éducation qui renforcent la compréhension et sont susceptibles d’entraîner des changements de valeurs et de comportements; un accès à l’information pour permettre aux citoyens de faire des choix et d’apporter une contribution; et des mécanismes de participation et de consultation du public intégrés aux dispositifs de gouvernance nationale.

6. Décider une intervention corrective en faveur des intérêts économiques de la jeunesse.
Le chômage des jeunes – et les tensions qu’il provoque – est un phénomène universel. La Conférence pourrait décider d’établir un programme mondial pour la formation et l’emploi des jeunes destiné à leur fournir les compétences et les opportunités nécessaires pour parvenir à un partage plus équitable dans le processus du développement. Cette initiative pourrait s’avérer particulièrement utile si elle est liée à la nature et à l’éventail des compétences requises pour construire des économies vertes.

7. Accepter de prendre des mesures en vue de restaurer le patrimoine marin mondial..
Les données scientifiques relatives à la dégradation du patrimoine marin sont dénuées de toute ambigüité et les politiques requises tout à fait claires, mais les décisions politiques ne suivent pas. Les mesures efficaces sont invariablement sacrifiées au profit des intérêts et usages nationaux tandis qu’une stratégie de laissez-faire prévaut à l’échelon mondial, même s’il est vital de remédier à cette détérioration à l’échelon mondial pour assurer la viabilité de l’environnement et le maintien de nombreux moyens d’existence. Si les pratiques et approches actuelles perdurent, les ressources du patrimoine marin continueront de se dégrader, peut-être de façon irréversible, en dépit des multiples politiques, programmes et instruments mis en place à tous les niveaux, à l’échelon d’un pays ou de la planète. Il faut absolument unifier ces initiatives et combler les lacunes, notamment en prêtant attention aux régions océaniques non couvertes par les mécanismes de gouvernance actuels. La Conférence pourrait déclarer son engagement en faveur de l’action systémique requise pour répondre à ce besoin et demander sa mise en application par la voie des processus mondiaux concernés.

8. S’engager à transformer les systèmes de gestion foncière et de production et consommation alimentaires de manière à pouvoir atteindre la sécurité alimentaire aux niveaux national et mondial.
Il s’agit là d’une action essentielle à plusieurs titres : il faut éviter un nouvelle vague de conversion des forêts et terres humides provoquée par les pressions liées à l’objectif de la sécurité alimentaire mondiale; assurer l’utilisation durable des terres agricoles existantes; traiter les multiples facteurs à l’origine de la dégradation des terres et de la désertification; et répondre aux besoins d’environ 2 milliards d’individus qui vivent dans des systèmes écologiques menacés et subsistent au bas de l’échelle du bien-être humain. Les participants à la Conférence pourraient s’engager à accroître les investissements destinés à atténuer ces phénomènes et à adopter les politiques et mesures nationales requises.

9. Aider les pays les moins avancés à accélérer leur progression vers le développement durable.
La Conférence pourrait assumer un rôle de chef de file pour le compte des 48 pays les plus défavorisés et créer les conditions requises pour un processus de transformation au sein du Partenariat mondial pour le développement. Elle pourrait déterminer l’action corrective à adopter au niveau mondial pour les aider à surmonter les obstacles les empêchant d’utiliser les ressources nationales disponibles pour investissement, à accéder aux technologies modernes à des conditions abordables et à disposer des capacités techniques requises pour concevoir une transformation économique accélérée ainsi que le cadre institutionnel des politiques, législations, règlements et mesures fiscales qui seront nécessaires. Ces mesures comprendront également l’instauration et l’harmonisation d’une plateforme publiqueprivée d’investissement et de financement.

10. S’engager à conclure un accord visant à accroître la disponibilité des énergies renouvelables, leur efficacité et les investissements qui y sont consacrés.
La Conférence pourrait encourager l’adoption d’un nouvel ensemble de mesures en matière d’énergie à l’échelle mondiale, faisant correspondre la demande énergétique (accès, économie et efficience) et l’offre (notamment par le recours à des politiques d’incitation, des subventions, des investissements et le déploiement de sources d’énergie renouvelables). Ceci pourrait avoir un effet de levier important pour la recherche simultanée de réponses aux aspirations économiques, sociales et environnementales dans le contexte des objectifs fixés en matière de changement climatique et de développement durable.

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