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diversite biologique |
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Jonathan Loh et Lisa Hadeed relatent le déclin rapide des espèces deau douce, dont lhabitat est le plus menacé de la Terre |
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Ces dernières années, la diversité biologique a chuté de manière plus catastrophique dans les écosystèmes deau douce que dans les autres habitats principaux de la Terre. LIndice « Planète Vivante » du WWF suggère que les populations despèces deau douce ont en moyenne diminué de moitié depuis 1970 comparé à la chute de 30 % enregistrée chez les espèces marines et à celle de 10 % quont connue les forêts.
Dix mille des quelque 25 000 espèces connues de poissons sont des espèces deau douce, soit 40 % du total mondial. Pourtant leur habitat ne constitue que 2,5 % environ des eaux du monde et moins de 0,01 % si lon exclut les calottes glacières et les eaux souterraines. Les écosystèmes deau douce terres humides, fleuves et lacs abritent également une part disproportionnée de la diversité biologique mondiale si lon compare la superficie quils occupent à celle de la terre. LAmazone et ses affluents constituent de loin le plus grand réseau fluvial du monde, puisquil couvre près de 6 millions de kilomètres carrés. Ses dimensions et sa position le long de léquateur font de lui lécosystème deau douce le plus divers de la Terre. Le lac Baïkal, le lac deau douce le plus grand, le plus profond et le plus ancien du monde, est lui aussi très riche en espèces deau douce. Plus de la moitié de ses espèces animales 982 sur un total de 1 825 sont endémiques et nexistent nulle part ailleurs. Cela sexplique tant par les dimensions du lac que par son ancienneté, car cest le temps qui a permis à tant despèces uniques dévoluer. En revanche, la plupart des lacs du monde sont jeunes, sétant formés durant la dernière ère glaciaire, et ils sont donc relativement pauvres en espèces. Aux quatre coins du monde, les espèces de poissons deau douce sont menacées dextinction : 20 % dentre elles environ se trouvent dans les 20 pays qui ont fait lobjet dune évaluation complète pour les besoins de la Liste rouge de lUICN. Environ 35 % des espèces de tortues deau douce risquent également lextinction. Les oiseaux et mammifères deau douce sont moins menacés probablement parce quil leur est plus facile de se déplacer dune terre humide, dun lac ou dun bassin fluvial à un autre mais les mammifères aquatiques ont moins de chance. Quatre des cinq espèces de dauphins des fleuves (Amazone, Gange, Indus et Yangzi Jiang) sont menacées, de même que les trois espèces de lamantins (dAmazone, des Caraïbes et dAfrique de lOuest). Le dauphin du Yangzi Jiang, le Lipotes vexillifer appelé « baiji » en Chine est particulièrement menacé. Les scientifiques du gouvernement chinois sefforcent de déplacer les cent derniers baijis pour essayer de sauver lespèce : la pollution, la pêche et le trafic fluvial ont décimé cette espèce dont la population était estimée à 6 000 dans les années 1950. Si lon parvient à les capturer, les dauphins seront relâchés dans la réserve naturelle de Tianerzhou, créée à leur intention dans la province dHubei. Cette réserve est organisée autour dun bras fluvial isolé, long de 21 kilomètres, qui sest trouvé coupé du Yangzi Jiang lorsque le cours du fleuve a changé. Le taux dextinction des espèces de poissons deau douce a largement dépassé les taux naturels ambiants du siècle dernier. En un siècle, jusquen 1996, 91 espèces ont disparu officiellement dont 50 cichlidés du lac Victoria. Onze espèces supplémentaires ont disparu à létat sauvage mais continuent à survivre en captivité. Depuis 100 ans, la dégradation écologique des écosystèmes deau douce résulte principalement de quatre types dactivités humaines. La première est le retrait deau pour les utilisations humaines exploitations agricoles, industrie et consommation des foyers et la pollution provoquée par leau rejetée après utilisation. On estime que les populations utilisent plus de la moitié des quantités deau douce de ruissellement accessibles dans le monde entier. En Asie centrale, le retrait de la majeure partie de leau de surface des affluents de la mer dAral a provoqué sa destruction. La deuxième cause principale de perte de diversité biologique est laltération directe des habitats deau douce construction de barrages, drainage des terres humides ou inondations périodiques délibérées au profit de lagriculture. Cest la construction de barrages qui a eu limpact le plus fort sur lenvironnement aquatique dans de nombreux bassins versants. Les poissons qui remontent les fleuves pour se reproduire et redescendent ensuite vers la mer trouvent leur route barrée. Les barrages du fleuve Colorado aux Etats-Unis ont eu un impact si considérable sur le fleuve que celui-ci natteint la mer quà grand-peine : toutes les espèces de poissons de son cours inférieur sont mortes ou ne survivent que dans des poches isolées. Le manque deau douce sécoulant du fleuve a également provoqué le déclin écologique du Golfe de Mexique. La construction de 33 barrages hydroélectriques importants et des infrastructures connexes dans le bassin versant de Mobile Bay aux Etats-Unis a provoqué lextinction de 38 des 118 espèces de ce qui était autrefois la plus riche faune descargots deau douce du monde. Les habitats des escargots ont été en grande partie détruits par laccumulation de limons derrière les barrages et par limmersion des hauts fonds. La troisième pression exercée sur les écosystèmes deau douce vient de lexploitation directe, généralement de la surpêche. Les poissons, mais également dautres espèces deau douce comme les crustacés et les mollusques, sont pêchés à des fins commerciales et dautres espèces, comme les crocodiles et les caïmans, sont chassées pour leur viande ou leur peau. Le quatrième facteur est lintroduction, intentionnelle ou non, despèces étrangères qui peuvent être des prédateurs, des parasites ou des concurrents des espèces endémiques. De nombreux biologistes saccordent désormais à penser que cest là la première cause de déclin de la diversité biologique deau douce. Tout comme le lac Baïkal, les lacs de la Rift Valley africaine sont très anciens et abritent une grande variété despèces. Cest le lac Malawi qui possède la diversité biologique la plus riche, grâce à son incroyable variété de cichlidés plus de 600 de ses 640 espèces de poissons sont endémiques. Nombre des espèces endémiques de poissons deau douce de la Rift Valley sont devenues très rares ou ont disparu ces dernières décennies, suite à lintroduction de la perche du Nil, Lates niloticus. Introduite dans le lac Victoria vers 1970 à des fins alimentaires, elle se révéla un redoutable prédateur des cichlidés endémiques. Avant son arrivée, le lac abritait environ 300 espèces de cichlidés, dont beaucoup navaient jamais fait lobjet de descriptif scientifique et dont les experts ne connaissaient que le nom courant. Aujourdhui, la moitié de ces espèces ont disparu ou elles sont trop rares pour quon puisse les pêcher et les étudier. Les espèces de plantes exotiques peuvent elles aussi présenter des problèmes considérables. La jacinthe deau sud-américaine Eichhornia crassipes, qui flotte au gré des courants, pose des difficultés majeures partout où elle a été introduite, notamment en Afrique et en Asie. Sa croissance et son expansion rapides bloquent les canaux, bouchent les installations hydroélectriques, freinent le trafic fluvial et rendent la pêche impossible.
On pense également que les changements régionaux et mondiaux comme les pluies acides et le réchauffement mondial ont un impact négatif sur les eaux douces. Bien quil existe des liens évidents entre les pluies acides et une perte de diversité dans les fleuves et rivières, ces phénomènes largement répandus nont pas encore été considérés comme responsables de lextinction ou dun déclin majeur despèces Jonathan Loh est le rédacteur en chef du Rapport « Planète Vivante » du WWF et Lisa Hadeed la responsable des communications du WWF International. Photo : Maria Cecilia Goin/UNEP |
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