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Journée mondiale de l'environnement . 5 Juin 2003
     
         
 
     
 
 
Allocution du Premier ministre de la République du Liban

Une alliance pour la paix

Accueillir à Beyrouth les manifestations célébrant la Journée mondiale de l’environnement c’est exprimer un espoir en ces temps difficiles. En manifestant notre souci de l’environnement nous souhaitons adresser un message fort selon lequel nous ne nous contentons pas d’une simple survie mais entendons plutôt faire le choix d’une vie de plus grande qualité. Des décennies de guerre ont détruit notre ville mais n’ont pu briser notre dynamisme. Contre toute attente Beyrouth renaît de ses cendres et est reconstruite comme une métropole respectueuse de l’environnement.

Le Liban, terre des Cèdres et jardin de l’Orient, accueille à nouveau le monde. L’an dernier se sont tenus à Beyrouth le Sommet de la francophonie, le Sommet arabe et le Congrès mondial des associations internationales de publicitaires ainsi que d’autres manifestations à caractère universel et régional. La célébration, en 2003, de la Journée mondiale de l’environnement à Beyrouth est un nouveau témoignage de cet esprit tourné vers l’avenir et annonce la mise en place du cadre dans lequel s’exprimeront d’ambitieuses aspirations pour lesquelles aucun horizon n’est indépassable.

Le troisième millénaire est porteur de progrès techniques et scientifiques immenses qui ouvrent à l’humanité des horizons que l’on considérait, il y a peu, comme relevant de la science fiction. Cependant, les résultats auxquels a abouti l’exploration des secrets de l’univers ont été accompagnés d’effroyables dommages occasionnés à notre petite planète bleue dont les ressources limitées s’épuisent alors que ses eaux, son atmosphère et ses sols sont pollués. Tout à sa quête d’une plus grande opulence, l’homme met à mal les éléments essentiels dont sa vie dépend. Si dans la plupart des cas la dégradation de l’environnement résulte de projets de développement démesurés ayant entraîné une surexploitation des ressources naturelles, dans d’autres elle procède de guerres dévastatrices. Il conviendrait que le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) joue un rôle clé dans la recherche de solutions éventuelles aux risques que les conflits militaires font peser sur l’environnement et qu’il les propose aux intéressés. Nous louons le PNUE pour l’étude qu’il a publiée au début de cette année sur les Territoires palestiniens occupés et soulignons qu’il faut d’urgence appuyer les efforts qu’il déploie pour évaluer les incidences écologiques de la guerre en Iraq, et en particulier la contamination ayant pour origine les armes contenant de l’uranium appauvri. Cette activité devrait aboutir à la mise en œuvre d’un vaste programme de dépollution visant sur tous les sites touchés.

Parce que je suis originaire d’une région qui cherche à parvenir au développement durable, alors que la guerre et l’agression la menacent, je peux dire qu’il est indispensable, pour parvenir à un développement durable, que les conflits soient résolus en préservant et en respectant la dignité humaine et les droits des nations. Il est particulièrement affligeant de constater que des milliards de dollars sont dépensés en armements et pour les guerres au moment même où l’aide internationale destinée au développement diminue.

Cette année, le thème de la Journée mondiale de l’environnement est l’eau qui, d’après le PNUE, fait défaut à deux milliards de personnes. Au moment même où les participants au Forum mondial de l’eau de Kyoto demandaient désespérément que cent milliards de dollars soient alloués pour remédier à la situation dramatique des pauvres privés d’eau, une guerre, dont le budget a dépassé ce montant, était menée. Tout en appelant de nos voeux une juste paix, qui favoriserait la cause de l’environnement, nous adhérons à l’appel demandant que le Moyen-Orient soit une région exempte d’armes de destruction massive. On ne peut prendre cette déclaration au sérieux que si la décision s’applique de la même façon à tous les pays et non sélectivement.

Une fraction des dépenses d’armements suffirait à éradiquer la pauvreté, les maladies et la malnutrition et à protéger l’environnement. Toutefois, l’aide n’est pas à la mesure des besoins et les pays en développement, à juste titre, se plaignent que les pays industrialisés n’aient pas tenu leurs engagements. Au cours de la dernière décennie, l’aide publique au développement a fléchi d’un tiers, ne représentant plus que 0,22 % du produit intérieur brut des pays riches au lieu d’atteindre 0,7 % comme cela avait été promis. Bien que les pays en développement ne souhaitent pas opter pour le même type de développement que celui des pays industrialisés, car celui-ci a gravement porté atteinte à l’environnement, il leur faut bénéficier d’une assistance pour pouvoir adopter d’autres modes de développement qui soient viables sans porter atteinte à leurs ressources nationales ni compromettre leur souveraineté.

Le développement durable devrait être considéré comme un objectif en soi et non comme un moyen de négociation lors des débats sur la gouvernance et l’aide. Il ne faudrait pas prendre pour excuse la notion de bonne gouvernance pour priver les pays pauvres de l’aide dont ils ont besoin car certains pays développés interprètent à leur façon cette notion. De même, ce n’est pas parce que l’aide apportée par les pays riches est insuffisante que les pays en développement doivent se soustraire à l’obligation de parvenir à une bonne gouvernance et de combattre la corruption. Il est dans l’intérêt des pays en développement, indépendamment de l’aide extérieure, d’opter pour une bonne gouvernance fondée sur le principe d’une gestion rationnelle de qualité, tout comme les pays développés sont dans l’obligation morale d’accorder cette aide. Quoi qu’il en coûte c’est là le moyen le moins onéreux de parvenir à une stabilité mondiale.

Permettez-moi de vous faire part de l’expérience du Liban dont la planification du développement prend en compte l’environnement. Comme d’autres pays, nous avons créé un ministère de l’environnement, adopté des lois, ratifié les principales conventions internationales et coopéré avec les organismes internationaux pour mettre en œuvre divers projets intéressant l’environnement. Le Gouvernement a adopté une loi sur la dépollution de l’air, entrepris un programme de reboisement à l’échelle du pays et fait état d’une gestion intégrée de l’environnement dans sa déclaration de politique générale. Toutefois, au cours de la dernière décennie, la coopération internationale en matière de développement durable a été souvent caractérisée, en dépit de nombreux succès, par l’application de solutions toutes faites qui ont eu pour effet d’amener à concevoir des projets qui répondaient davantage aux conditions et obligations énoncées par les organismes donateurs et la bureaucratie internationale plutôt qu’aux besoins réels des communautés locales.

Ce n’est pas parce que les pauvres n’ont pas bénéficié de la mondialisation qu’il faut opter pour l’isolationisme; au contraire, une plus grande intégration fondée sur une répartition juste et équitable des ressources s’impose, dans le cadre d’une gouvernance internationale digne de ce nom qui respecte la diversité.

Une alliance mondiale est nécessaire pour que le développement durable devienne une réalité, pour qu’un dialogue fructueux reposant sur un respect mutuel et la compréhension des différentes cultures s’instaure entre les civilisations. Nous ne pouvons pas gagner « la guerre contre la terreur » si nous ne pouvons parvenir à une coexistence pacifique et combattre résolument la pauvreté et l’injustice.

Rafik Hariri
Premier ministre
République du Liban