Une
alliance pour la paix
Accueillir
à Beyrouth les manifestations célébrant la
Journée mondiale de l’environnement c’est exprimer
un espoir en ces temps difficiles. En manifestant notre souci de
l’environnement nous souhaitons adresser un message fort selon
lequel nous ne nous contentons pas d’une simple survie mais
entendons plutôt faire le choix d’une vie de plus grande
qualité. Des décennies de guerre ont détruit
notre ville mais n’ont pu briser notre dynamisme. Contre toute
attente Beyrouth renaît de ses cendres et est reconstruite
comme une métropole respectueuse de l’environnement.
Le
Liban, terre des Cèdres et jardin de l’Orient, accueille
à nouveau le monde. L’an dernier se sont tenus à
Beyrouth le Sommet de la francophonie, le Sommet arabe et le Congrès
mondial des associations internationales de publicitaires ainsi
que d’autres manifestations à caractère universel
et régional. La célébration, en 2003, de la
Journée mondiale de l’environnement à Beyrouth
est un nouveau témoignage de cet esprit tourné vers
l’avenir et annonce la mise en place du cadre dans lequel
s’exprimeront d’ambitieuses aspirations pour lesquelles
aucun horizon n’est indépassable.
Le
troisième millénaire est porteur de progrès
techniques et scientifiques immenses qui ouvrent à l’humanité
des horizons que l’on considérait, il y a peu, comme
relevant de la science fiction. Cependant, les résultats
auxquels a abouti l’exploration des secrets de l’univers
ont été accompagnés d’effroyables dommages
occasionnés à notre petite planète bleue dont
les ressources limitées s’épuisent alors que
ses eaux, son atmosphère et ses sols sont pollués.
Tout à sa quête d’une plus grande opulence, l’homme
met à mal les éléments essentiels dont sa vie
dépend. Si dans la plupart des cas la dégradation
de l’environnement résulte de projets de développement
démesurés ayant entraîné une surexploitation
des ressources naturelles, dans d’autres elle procède
de guerres dévastatrices. Il conviendrait que le Programme
des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) joue un rôle
clé dans la recherche de solutions éventuelles aux
risques que les conflits militaires font peser sur l’environnement
et qu’il les propose aux intéressés. Nous louons
le PNUE pour l’étude qu’il a publiée au
début de cette année sur les Territoires palestiniens
occupés et soulignons qu’il faut d’urgence appuyer
les efforts qu’il déploie pour évaluer les incidences
écologiques de la guerre en Iraq, et en particulier la contamination
ayant pour origine les armes contenant de l’uranium appauvri.
Cette activité devrait aboutir à la mise en œuvre
d’un vaste programme de dépollution visant sur tous
les sites touchés.
Parce
que je suis originaire d’une région qui cherche à
parvenir au développement durable, alors que la guerre et
l’agression la menacent, je peux dire qu’il est indispensable,
pour parvenir à un développement durable, que les
conflits soient résolus en préservant et en respectant
la dignité humaine et les droits des nations. Il est particulièrement
affligeant de constater que des milliards de dollars sont dépensés
en armements et pour les guerres au moment même où
l’aide internationale destinée au développement
diminue.
Cette
année, le thème de la Journée mondiale de l’environnement
est l’eau qui, d’après le PNUE, fait défaut
à deux milliards de personnes. Au moment même où
les participants au Forum mondial de l’eau de Kyoto demandaient
désespérément que cent milliards de dollars
soient alloués pour remédier à la situation
dramatique des pauvres privés d’eau, une guerre, dont
le budget a dépassé ce montant, était menée.
Tout en appelant de nos voeux une juste paix, qui favoriserait la
cause de l’environnement, nous adhérons à l’appel
demandant que le Moyen-Orient soit une région exempte d’armes
de destruction massive. On ne peut prendre cette déclaration
au sérieux que si la décision s’applique de
la même façon à tous les pays et non sélectivement.
Une
fraction des dépenses d’armements suffirait à
éradiquer la pauvreté, les maladies et la malnutrition
et à protéger l’environnement. Toutefois, l’aide
n’est pas à la mesure des besoins et les pays en développement,
à juste titre, se plaignent que les pays industrialisés
n’aient pas tenu leurs engagements. Au cours de la dernière
décennie, l’aide publique au développement a
fléchi d’un tiers, ne représentant plus que
0,22 % du produit intérieur brut des pays riches au lieu
d’atteindre 0,7 % comme cela avait été promis.
Bien que les pays en développement ne souhaitent pas opter
pour le même type de développement que celui des pays
industrialisés, car celui-ci a gravement porté atteinte
à l’environnement, il leur faut bénéficier
d’une assistance pour pouvoir adopter d’autres modes
de développement qui soient viables sans porter atteinte
à leurs ressources nationales ni compromettre leur souveraineté.
Le
développement durable devrait être considéré
comme un objectif en soi et non comme un moyen de négociation
lors des débats sur la gouvernance et l’aide. Il ne
faudrait pas prendre pour excuse la notion de bonne gouvernance
pour priver les pays pauvres de l’aide dont ils ont besoin
car certains pays développés interprètent à
leur façon cette notion. De même, ce n’est pas
parce que l’aide apportée par les pays riches est insuffisante
que les pays en développement doivent se soustraire à
l’obligation de parvenir à une bonne gouvernance et
de combattre la corruption. Il est dans l’intérêt
des pays en développement, indépendamment de l’aide
extérieure, d’opter pour une bonne gouvernance fondée
sur le principe d’une gestion rationnelle de qualité,
tout comme les pays développés sont dans l’obligation
morale d’accorder cette aide. Quoi qu’il en coûte
c’est là le moyen le moins onéreux de parvenir
à une stabilité mondiale.
Permettez-moi
de vous faire part de l’expérience du Liban dont la
planification du développement prend en compte l’environnement.
Comme d’autres pays, nous avons créé un ministère
de l’environnement, adopté des lois, ratifié
les principales conventions internationales et coopéré
avec les organismes internationaux pour mettre en œuvre divers
projets intéressant l’environnement. Le Gouvernement
a adopté une loi sur la dépollution de l’air,
entrepris un programme de reboisement à l’échelle
du pays et fait état d’une gestion intégrée
de l’environnement dans sa déclaration de politique
générale. Toutefois, au cours de la dernière
décennie, la coopération internationale en matière
de développement durable a été souvent caractérisée,
en dépit de nombreux succès, par l’application
de solutions toutes faites qui ont eu pour effet d’amener
à concevoir des projets qui répondaient davantage
aux conditions et obligations énoncées par les organismes
donateurs et la bureaucratie internationale plutôt qu’aux
besoins réels des communautés locales.
Ce
n’est pas parce que les pauvres n’ont pas bénéficié
de la mondialisation qu’il faut opter pour l’isolationisme;
au contraire, une plus grande intégration fondée sur
une répartition juste et équitable des ressources
s’impose, dans le cadre d’une gouvernance internationale
digne de ce nom qui respecte la diversité.
Une
alliance mondiale est nécessaire pour que le développement
durable devienne une réalité, pour qu’un dialogue
fructueux reposant sur un respect mutuel et la compréhension
des différentes cultures s’instaure entre les civilisations.
Nous ne pouvons pas gagner « la guerre contre la terreur »
si nous ne pouvons parvenir à une coexistence pacifique et
combattre résolument la pauvreté et l’injustice.
Rafik
Hariri
Premier ministre
République du Liban |