Le
thème choisi pour célébrer la Journée
mondiale de l’environnement en 2003 qui est « L’eau
— Deux milliards de personnes en manquent! » insiste
bien sur le fait que l’eau joue un rôle déterminant
dans la survie des êtres humains et le développement
durable.
Lors
du Sommet du millénaire et du Sommet mondial pour le développement
durable, la communauté internationale s’est fixée
des objectifs mesurables et assortis de délais en matière
de fourniture d’eau salubre et de services d’assainissement.
Ces objectifs, à savoir, réduire de moitié
le nombre de personnes n’ayant pas régulièrement
accès à une eau de boisson salubre et à des
services d’assainissement élémentaires, et ce
d’ici à 2015, sont en eux-mêmes et par eux-mêmes
des objectifs dont la réalisation est essentielle mais aussi
des objectifs dont dépend au premier chef la réalisation
des Objectifs de développement pour le millénaire,
notamment la réduction de la mortalité infantile,
la lutte contre le paludisme, l’éradication de l’extrême
pauvreté et de la faim, l’habilitation des femmes et
l’amélioration des conditions de vie des habitants
des bidonvilles.
Les
statistiques actuelles sont fortement préoccupantes. Une
personne sur six n’a pas régulièrement accès
à l’eau potable. Et deux fois plus de personnes, soit
2,4 milliards d’individus, ne disposent pas de systèmes
d’assainissement satisfaisants. Les maladies d’origine
hydrique tuent un enfant toutes les huit secondes et sont responsables
de 80 % de toutes les maladies et décès survenant
dans le monde en développement, situation d’autant
plus tragique que nous savons de longue date que l’on peut
aisément prévenir ces maladies.
Bien
que le nombre des services relatifs à l’eau ait augmenté
dans le monde en développement au cours des 20 dernières
années, ces progrès ont été en grande
partie annulés par l’accroissement démographique.
Aujourd’hui, en bien des points de la planète, du fait
des changements climatiques, de la pollution et de la surconsommation
d’eau, le spectre de la pénurie d’eau menace.
Le défi que nous devons relever est le suivant : assurer
des services relatifs à l’eau à tous les individus,
et en particulier aux pauvres, maximiser la productivité
de l’eau, notamment dans le secteur agricole auquel revient
la part du lion en ce qui concerne la consommation d’eau au
niveau mondial alors que celle-ci y est bien souvent utilisée
sans aucun souci d’efficacité, et veiller à
ce que les cours d’eau et les aquifères que se partagent
deux ou plusieurs pays soient gérés équitablement
et sans heurts.
S’il
faut de l’eau douce, il faut aussi penser différemment.
Il nous faut apprendre à faire grand cas de l’eau.
Si dans bien des cas cela signifie qu’il faille imposer aux
utilisateurs un prix réaliste, il faut toutefois faire en
sorte que jamais cela n’amène à priver des personnes
déjà marginalisées de cette ressource vitale.
En ce qui concerne l’eau, le comble de la situation est qu’aujourd’hui
ce sont ceux qui ont les revenus les plus bas qui d’une façon
générale acquièrent cette ressource au prix
le plus fort.
Penser
différemment signifie aussi qu’il faut trouver des
solutions pratiques et appropriées pour garantir à
tout un chacun un approvisionnement en eau sûr et équitable.
Certaines de ces solutions sont simples et peu coûteuses.
Ainsi, près de deux milliards de personnes dans la seule
Asie pourraient bénéficier de la collecte des eaux
de pluie. La purification de l’eau à l’aide de
systèmes situés en aval et l’éducation
sanitaire, qui permettrait au grand public d’être au
fait des mesures d’hygiène élémentaires,
contribueraient dans une large mesure à réduire le
nombre des maladies d’origine hydrique qui pèsent lourd
au niveau mondial.
Fournir
des services d’assainissement appropriés et assurer
un approvisionnement régulier en eau douce signifient également
qu’il faudra investir d’importantes sommes dans les
infrastructures et les technologies. On estime que pour atteindre
les objectifs convenus les dépenses annuelles consacrées
à l’approvisionnement en eau potable et aux services
d’assainissement devront plus que doubler.
En
cette Journée mondiale de l’environnement et en cette
Année internationale de l’eau douce engageons-nous
à faire tout notre possible pour soulager la détresse
de deux milliards de nos frères humains auxquels l’eau
et les systèmes d’assainissement font cruellement défaut.
Kofi
A. Annan
Secrétaire général des Nations Unies
|