En 1950, moins d’une personne sur trois vivait dans une ville.
Aujourd’hui, près de la moitié de la population
de la terre est urbaine. D’ici 2030, cette proportion devrait
dépasser 60 %.
C’est
dans les zones urbaines des pays les moins développés
que l’on enregistrera la quasi-totalité de la croissance
démographique du prochain quart de siècle. La croissance
la plus rapide sera observée non dans les plus grandes villes,
mais dans les agglomérations urbaines de moins de 500 000 habitants.
En
2000, on recensait 402 villes de 1 à 5 millions d’habitants
et 22 villes de 5 à 10 millions d’habitants. En 1950, New
York était la seule ville du monde à avoir plus de 10
millions d’habitants. D’ici 2015, il y aura 23 villes de
cette taille, dont 19 dans des pays en développement.
Dans
les pays plus développés, 75 % de la population vivent
en milieu urbain. La proportion de citadins en Asie est inférieure
à 40 %, mais la population urbaine est de 1,5 milliards d’habitants,
soit plus que l’Europe, l’Amérique latine, l’Océanie
et l’Amérique du Nord réunies. L’Afrique est
le continent le moins urbanisé, mais sa population urbaine est
celle qui se développe le plus rapidement.
Dans
le monde développé, l’urbanisation a en grande partie
coïncidé avec la croissance économique et l’amélioration
de la qualité de la vie. Ce n’est pas le cas dans les pays
en développement. En Afrique, par exemple, plus de 70 % de la
population urbaine (soit plus de 160 millions de personnes) vivent dans
des bidonvilles. Depuis 1990, la population des bidonvilles d’Afrique
a augmenté de près de 5 % par an et est bien partie pour
doubler tous les 15 ans.
Au
moins 1 milliard de personnes, principalement en Asie, en Afrique et
en Amérique latine, vivent dans des bidonvilles improvisés
et dans des colonies de squatteurs qui ne sont ni légalement
reconnus ni desservis par les services municipaux. D’ici 2020,
ce chiffre devrait dépasser 2 milliards de personnes.
L’un
des buts visés par l’Objectif du Millénaire n°
7 pour le développement (assurer un environnement durable) est
d’améliorer sensiblement la vie d’au moins 100 millions
d’habitants de bidonvilles d’ici 2020. Les facteurs environnementaux
sont une cause majeure de décès, de maladie et de baisse
de productivité, autant de phénomènes qui conspirent
à perpétuer la pauvreté.
L’insalubrité
de l’eau et l’insuffisance des installations d’assainissement
sont les risques auxquels sont habituellement exposés les habitants
des bidonvilles. Deuxième cause la plus fréquente de mortalité
des enfants, la diarrhée serait responsable de 12 % des décès
d’enfants de moins de cinq ans dans les pays en développement—1,3
million de décès par an.
Les
habitants des bidonvilles doivent également faire face aux problèmes
liés à la mauvaise qualité de l’air. Environ
2 millions d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année
d’infections respiratoires aiguës. Première cause
de mortalité infantile dans le monde, ces infections sont aggravées
par des facteurs environnementaux comme la pollution de l’air
à l’intérieur des logements comme à l’extérieur.
Selon
l’Organisation mondiale de la santé, 1,5 milliards de citadins
subissent des niveaux de pollution atmosphérique extérieure
supérieurs aux niveaux maximums recommandés. Au moins
un demi-million de décès peuvent être imputés
à la seule pollution par les particules et le dioxyde de soufre
provenant principalement des gaz d’échappement des véhicules.
Selon une étude, aux États-Unis un cas de cancer du poumon
sur cinq serait du aux gaz d’échappement.
La
combustion des déchets, notamment des matières plastiques
et autres déchets dangereux, a elle aussi un impact sur la qualité
de l’air. Les coûts sanitaires mondiaux de la pollution
de l’air sont estimés à 1 milliard de dollars. Dans
les pays développés, ces coûts représentent
presque 2 % du PIB ; dans les pays en développement, ils atteignent
entre 5 et 20 %.
La
production d’électricité, l’industrie et les
transports (à l’heure actuelle principalement associés
aux villes dans le monde développé) sont responsables
de la majeure partie des émissions de dioxyde de carbone, principal
gaz à effet de serre à l’origine du changement climatique.
Au
cours du prochain quart de siècle, on estime que les émissions
de dioxyde de carbone, principalement celles provenant des voitures,
des camions et des centrales électriques, augmenteront de 60
%. Plus des deux tiers de cette augmentation viendront des pays en développement,
en raison de leur croissance économique rapide et de l’augmentation
sensible du parc automobile.
Le
changement climatique est une menace pour les villes côtières
et de basse altitude, en raison d’une part de l’élévation
du niveau des mers et d’autre part de la fréquence et de
la gravité croissantes des tempêtes. Les populations urbaines
en croissance permanente, en particulier dans les bidonvilles, sont
plus vulnérables aux catastrophes naturelles. Environ 40 % de
la population mondiale vivent à moins de 60 kilomètres
d’une côte.
L’urbanisation
et le développement économique ont généralement
pour corollaire une augmentation de la consommation et de la production
de déchets par habitant. Les citadins du monde développé
produisent jusqu’à six fois plus de déchets que
ceux des pays en développement.
Les
municipalités dépensent jusqu’à 30 % de leur
budget pour éliminer les déchets, et principalement pour
le transport. En outre, les coûts augmentent souvent sous l’effet
du manque de terrains adaptés, à mesure que les zones
urbaines s’étendent et que les prix augmentent.
Dans
les pays en développement, la gestion des déchets solides
peut coûter encore plus cher, jusqu’à 50 % des budgets
ordinaires. L’infrastructure nécessaire pour éliminer
les déchets dans de bonnes conditions de sécurité
fait souvent défaut. Entre 30 et 60 % des déchets urbains
solides ne sont pas collectés et moins de 50 % pour cent de la
population bénéficient de services de collecte des ordures
ménagères.
Plus
les villes se développent, plus elles sont tributaires de ressources
qu’il faut aller chercher plus loin et plus leur impact sur l’environnement
est important—c’est ce qu’on appelle l’empreinte
écologique.
L’empreinte
écologique de Londres (RU) est égale à 120 fois
sa superficie. Une ville moyenne d’Amérique du Nord avec
une population de 650 000 habitants a besoin de 30 000 km² de terre
pour satisfaire ses besoins. A l’opposé, en Inde une ville
de la même taille mais moins riche n’a besoin que de 2 800
km².
Depuis
1950, la consommation mondiale de combustibles fossiles a augmenté
de 500 %. La consommation d’eau a presque doublé depuis
1960 et les prises marines ont quadruplé. Une ville de 10 millions
de personnes—comme Manille, Le Caire ou Rio de Janeiro—importe
au moins 6 000 tonnes de produits alimentaires par jour.
Plus
de la moitié de l’eau utilisée pour les besoins
humains est consommée par les zones urbaines : pour l’industrie,
l’approvisionnement en eau potable et l’assainissement,
ou pour l’irrigation des cultures. Jusqu’à 65 % de
l’eau utilisée pour l’irrigation est perdue.
Dans
les villes de nombreux pays en développement, entre 40 et 60
% de l’eau potable (qui coûte cher) sont perdus à
cause des fuites de tuyauterie et des raccordements illégaux.
Même dans les pays industrialisés, jusqu’à
un quart de l’eau courante est gaspillé.
La
température de l’air dans les villes peut être jusqu’à
5 C supérieure à celle de la campagne environnante quand
le couvert naturel du sol est remplacé par des routes et des
immeubles. Ce phénomène, appelé « effet d’îlot
de chaleur », peut être réduit en préservant
ou aménageant des espaces verts dans les villes.
Les
espaces verts des établissements urbains jouent de nombreux autres
rôles. Les forêts urbaines produisent de l’oxygène
et absorbent le gaz carbonique, améliorant la qualité
de l’air. Elles régulent l’absorption des eaux pluviales
et constituent un habitat pour la faune urbaine.
Correctement
gérés, les établissements urbains peuvent supporter
des concentrations croissantes de personnes en limitant leur impact
sur l’environnement et en améliorant les normes sanitaires
et la qualité de la vie. Des lois et des subventions nationales
et locales peuvent décourager la production de déchets
et encourager la conservation et les solutions durables.
Les
exemples de bonne gestion sont par exemple l’utilisation des eaux
usées domestiques pour les chasses d’eau, les véhicules
peu polluants et les réseaux de transports en commun économes
en énergie qui règlent les problèmes d’embouteillage
et assainissent l’atmosphère, les éclairages à
faible consommation qui économisent l’énergie et
les programmes de recyclage des déchets.
Il
y a, dans le monde, de nombreux exemples d’efforts de collectivités
locales, d’associations de citoyens et d’entreprises pour
élaborer et mettre en place des solutions innovantes aux problèmes
du millénaire urbain et créer des villes vertes.
|