26 Aug 2020 Opinion Air

La brise qui annoncerait une renaissance verte en méditerranée

Cet article de Gaetano Leone, Coordonnateur, Plan d'action pour la Méditerranée du Programme des Nations Unies pour l'Environnement, Secrétariat de la Convention de Barcelone, a été publié pour la première fois le 24 août 2020 en anglais par EURACTIV.

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Pendant les longues journées de confinement imposé par la COVID-19, beaucoup se sont rabattus sur la toile pour célébrer l’air pur et le ciel bleu. Les masses confinées ont partagé des photos d'animaux sauvages errant dans des villes désertes, y compris une photo censée montrer des dauphins dans les canaux de Venise. Certaines de ces photos étaient détournées, voire fausses, mais l'enthousiasme qui s’en dégageait traduit un fervent engouement pour un environnement sain.

Dans la recherche d’une lueur d’espoir dans la lugubre réalité de la pandémie, la tentation était grande de penser que, pour soigner l’environnement, les économies doivent s’arrêter et des millions d’individus doivent sombrer dans le chômage. Nous devons rejeter cette notion car la santé de la nature et le bien-être des humains vont de pair.

Au cours des derniers mois, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) a appelé à plusieurs reprises les gouvernements à reconstruire de manière plus verte. Le Plan d’action pour la Méditerranée du PNUE (PNUE / PAM), qui œuvre pour soutenir la mise en œuvre de la Convention pour la protection du milieu marin et du littoral de la Méditerranée (Convention de Barcelone) par 21 pays méditerranéens et l’Union européenne, a appelé à une renaissance verte dans le bassin méditerranéen.

Alors que la région continue de faire face à un ensemble de crises entrelacées, qui inclut désormais la pandémie du coronavirus, la quête d’une reprise verte peut commencer par des étapes relativement limitées en portée.

Réunies à Naples, en Italie, du 2 au 5 décembre 2019, les Parties contractantes à la Convention de Barcelone ont adopté une « Feuille de route pour une proposition de désignation éventuelle de la mer Méditerranée dans son ensemble en tant que zone de contrôle des émissions d’oxydes de soufre en vertu de l’Annexe VI de MARPOL, dans le cadre de la Convention de Barcelone ». Bien qu’elle ait été avancée avant la pandémie, la proposition incarne le type de mesures nécessaires pour reconstruire de manière plus verte dans la région. Les leaders méditerranéens ont avec cette proposition une chance de concrétiser leur attachement aux principes de l’économie verte.

La zone proposée de contrôle des émissions d’oxydes de soufre en Méditerranée (ECA SOx Med) plafonnerait la teneur en soufre des fuel-oils utilisés à bord des navires à un cinquième de la limite légale actuellement en vigueur. Selon une étude commanditée par le Centre régional méditerranéen pour l’intervention d’urgence contre la pollution marine accidentelle (REMPEC), le Centre d’activités régionales du PNUE / PAM administré conjointement avec l’Organisation maritime internationale (OMI), l’ECA SOx Med se traduirait par une baisse de 78,7 % des émissions d’oxydes de soufre (SOx). En outre, les émissions de particules (PM 2,5) seraient également réduites de 23,7 %.

En Méditerranée, qui accueille les voies de navigation les plus fréquentées du monde, des réductions de cette ampleur seraient très significatives, en particulier dans les zones côtières densément peuplées. L’exposition à certaines concentrations de polluants atmosphériques est corrélée aux risques de contracter le cancer du poumon, des maladies cardiovasculaires et l’asthme. Un air plus propre contribue à une meilleure santé et donc une moindre vulnérabilité à la COVID-19, qui prend des formes aiguës lorsque le virus rencontre des conditions médicales sous-jacentes, et d’autres pathologies.

L’ECA SOx Med apporterait également des avantages significatifs pour l’environnement. Lorsqu’ils sont rejetés dans l’atmosphère, les oxydes de soufre peuvent provoquer des pluies acides et exacerber l’acidification des océans. La réduction des émissions de SOx améliorerait également la visibilité à l’intérieur des terres et en mer dans de vastes étendues d’Afrique du Nord et dans le détroit de Gibraltar.

Les arguments en faveur de l’ECA SOx Med sont robustes. Agir en conséquence à la fois impliquerait et démontrerait un leadership fort. À l’heure actuelle, un engagement supplémentaire est nécessaire pour consolider l’accord et faire avancer la proposition. La solidarité régionale dans l’esprit de la Convention de Barcelone, y compris par le transfert de technologies et le renforcement des capacités, contribuerait largement à apaiser certaines préoccupations quant aux difficultés éventuelles à faire face aux implications réglementaires, techniques et économiques de la proposition.

Si elle voit le jour, l’effet d’entraînement positif que l’ECA SOx Med produirait irait bien au-delà du secteur du transport maritime pour atteindre l’économie bleue et ses multiples interfaces avec les activités telluriques génératrices de revenus. Cela enverrait un signal aux forces du marché en leur disant qu’il est temps de mettre les pendules à l’heure. Une zone de contrôle des émissions d’oxydes de soufre en Méditerranée n’est pas une panacée, mais elle ouvrirait de nouvelles possibilités pour l’avenir de la région tout en consolidant son capital santé.

Alors que nous marquons la première édition de la Journée internationale de l’Air pur pour les ciels bleus, espérons que l’ECA SOx Med sera la brise qui remplira les voiles et poussera le bateau de la durabilité en Méditerranée.


Photo : REMPEC