Credit: AFP/Tony Karumba
15 Apr 2025 Récit Climate Action

Comment des entrepreneurs africains restaurent les paysages — et créent des opportunités économiques

Credit: AFP/Tony Karumba

Dans les zones arides du comté de West Pokot, au Kenya, des apiculteurs récoltent du miel issu de ruches bourdonnantes installées au cœur d’acacias parfumés, arbres indigènes de la région. 

Ces arbres, préservés grâce au soutien de l’entreprise sociale et grossiste en miel Agrisafe Kenya, sont essentiels à la récolte. Ils produisent des fleurs riches en nectar, ce qui rend les ruches plus productives, tout en maintenant la santé des sols et la résilience des paysages. Cela contribue à améliorer les revenus locaux dans le comté de West Pokot, où la sécheresse et les pluies irrégulières liées aux changements climatiques, ont rendu les emplois traditionnels, comme l'agriculture, plus difficiles.

« Nous encourageons la plantation et la culture d'arbres indigènes dans la mesure du possible », explique Ronald Ndiku, fondateur d'Agrisafe. « Nous constatons que lorsque les terres sont restaurées, nous achetons davantage de miel aux apiculteurs, et l'impact social est plus important. »  

Ndiku fait partie des participants de la Restoration Factory, un programme d'incubation qui aide les entrepreneurs à développer des entreprises résilientes au climat, tout en soutenant les communautés locales et en contribuant à la restauration et à la préservation des paysages. Lancée en 2021, la Restoration Factory est le fruit d’une collaboration entre le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et Bridge for Billions, avec le soutien de Partnerships for Forests. Ce programme propose un cursus de six mois combinant des contenus en ligne et du mentorat en présentiel, afin d’accompagner les entrepreneurs dans la différenciation de leur offre sur le marché et la planification de leur entreprise.

En soutenant les entrepreneurs environnementaux, la Restoration Factory encourage également l’action locale, en aidant les communautés à faire face à deux crises étroitement liées : les changements climatiques et la perte de nature. Dans de nombreuses régions d'Afrique, l'évolution des régimes climatiques entraîne à la fois des sécheresses et des inondations, bouleversant les secteurs traditionnels tels que l’agriculture, pourtant principaux pourvoyeurs d’emplois. 

Cette situation illustre un problème à l’échelle mondiale : jusqu’à 40 % des terres de la planète sont dégradées, affectant plus de 3 milliards de personnes. La dégradation des terres représente une menace majeure pour les systèmes alimentaires. En partie à cause de la disparition des pollinisateurs, la production alimentaire pourrait chuter de 12 % d'ici 2040, entraînant une hausse des prix de l’ordre de 30 %.   

La gestion durable des terres et les pratiques agricoles peuvent prévenir et réduire la dégradation des terres, tandis que, la restauration des paysages — qu’il s’agisse de reboiser les forêts, de réhumidifier les marais ou de revitaliser les prairies — peut contribuer à inverser les tendances actuelles de dégradation. Mais, selon les experts, pour être efficaces, les projets de restauration des paysages doivent générer des bénéfices économiques pour les communautés locales et pouvoir attirer des investissements.

C’est là que l’entrepreneuriat peut jouer un rôle déterminant, en apportant des solutions évolutives et fondées sur le marché, selon les experts. 

« Les solutions fondées sur la nature, lorsqu’elles sont associées à la création d’emplois, illustrent le formidable potentiel de l’entrepreneuriat pour non seulement restaurer les écosystèmes, mais aussi stimuler la croissance économique », déclare Mirey Atallah, cheffe du Service de l’adaptation et de la résilience climatiques au PNUE. « Les startups innovantes peuvent être développées de manière durable, en créant un lien entre les bénéfices locaux et les enjeux environnementaux mondiaux. »

Malgré leur dynamisme et leur potentiel, les entrepreneurs environnementaux se heurtent souvent à des obstacles tels qu’un accès limité au financement, aux marchés et à l’accompagnement stratégique. C’est précisément pour répondre à ces défis que la Restoration Factory a été conçue. En plus d’un mentorat personnalisé, chaque entrepreneur participant bénéficie d’un accès à une plateforme en ligne proposant des modules d’apprentissage sur le développement entrepreneurial, des opportunités de présenter leur projet à des investisseurs potentiels, ainsi que de petites subventions pour soutenir leur croissance.  

En 2022, le programme au Kenya a sélectionné 47 entrepreneurs. Cette année, 31 entrepreneurs seront diplômés en Tanzanie, tandis que quatre nouvelles cohortes verront le jour au Bangladesh, au Brésil, en République démocratique du Congo et au Rwanda.

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Job Mumia, fondateur d'Asili Essential Oils, affirme que ce qu'il a appris grâce à la Restoration Factory lui a permis de plus que doubler ses ventes. Crédit : Job Mumia/Asili Essential Oils

La marque kényane d’huiles essentielles Asili Natural Oils faisait partie des startups sélectionnées. Depuis sa participation à la Restoration Factory en 2022, l’entreprise a renforcé la résilience de ses plantes aromatiques et de ses arbres face aux changements climatiques, en adoptant des méthodes de production plus durables, explique Job Mumia. Résultat : une hausse des ventes de 130 %, et deux nouveaux employés permanents recrutés.

« Mon entreprise s’est vraiment développée », témoigne Mumia. « Je peux dire avec assurance que la Restoration Factory nous a permis de passer du désordre au professionnalisme : je peux désormais embaucher du personnel, générer des revenus et veiller à ce que notre environnement soit protégé et préservé. » 

La Restoration Factory vise à former plus de 200 entrepreneurs d’ici fin 2025, avec le soutien financier de plusieurs partenaires. La Belgique, la Norvège et les Philippines contribuent également à cet objectif via le Fonds Climat du PNUE.    

Ronald Ndiku, fondateur d’Agrisafe, transmet quant à lui ce qu’il a appris grâce à la Restoration Factory aux apiculteurs à travers le Kenya. Selon lui, en plus d’améliorer les rendements en miel, la plantation d’acacias dans des habitats adaptés a aussi permis aux cultures de mieux se développer.

Ndiku espère doubler son volume de miel commercialisé cette année et renforcer ses liens avec les marchés internationaux.  

Pour Mirey Atallah, cela illustre les opportunités économiques bien plus vastes que pourrait offrir la mise en place de modèles économiques plus durables.

« Trop souvent, la restauration des terres et l’adaptation aux changements climatiques sont perçues comme des dépenses », explique-t-elle. « Mais, en réalité, elles peuvent créer une multitude d'opportunités économiques qui peuvent ouvrir la voie vers un avenir plus prospère. »  

 

La solution sectorielle face à la crise climatique    

Le PNUE est à l'avant-garde du soutien à l'objectif de l'Accord de Paris, qui est de maintenir l'augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2 °C et de viser 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Pour y parvenir, le PNUE a développé la Solution sectorielle, une feuille de route destinée à réduire les émissions dans tous les secteurs, conformément aux engagements de l'Accord de Paris et dans la quête de stabilité climatique. Les six secteurs identifiés sont les suivants : énergie ; industrie ; agriculture et alimentation ; forêts et utilisation des terres ; transport ; et bâtiments et villes.    

 

Cette histoire a été rendue possible grâce aux contributions flexibles des États membres et d'autres partenaires au Fonds pour l’environnement et au Fonds pour le climat du PNUE. Ces fonds permettent de mettre en œuvre des solutions agiles et innovantes face aux changements climatiques, à la perte de nature et de biodiversité, ainsi qu’à la pollution et aux déchets. Découvrez comment soutenir le PNUE dans ses investissements en faveur des populations et de la planète.