21 Apr 2021 News

Bulletin d’information MED News (avril 2021)


Le numéro d’avril 2021 du bulletin d’information « MED News» du PNUE/PAM-Secrétariat de la Convention de Barcelone, produit par le Centre d’Activités régionales INFO/RAC, est maintenant disponible en ligne.

Ouvrir le bulletin d'information sur le site web de INFO/RAC : http://www.info-rac.org/en/communication/newsletter/med-news-01-2021

Lire l’éditorial intitulé « En avant toutes » par Gaetano Leone, Coordonnateur, PNUE/PAM-Secrétariat de la Convention de Barcelone.

 

En avant toutes

Par Gaetano Leone


Je prendrai ma retraite le 30 juin 2021 après trente-trois ans au sein des Nations Unies, dont sept années bien remplies en tant que Coordonnateur du PNUE/PAM – Secrétariat de la Convention Barcelone. J'ai eu le plaisir de travailler avec des personnes et des équipes exceptionnelles et engagées représentant les Parties contractantes à la Convention de Barcelone, le secrétariat et nos partenaires ; je garderai de bons souvenirs de ce qui a été réalisé sous la bannière du multilatéralisme environnemental dans ce bassin méditerranéen magnifique, mais qui regorge de défis multiples.

Je réfléchirai également à ce qui aurait pu être fait en plus pour pallier la situation de la mer Méditerranée et de son littoral car pour moi il s’agit de bien plus qu'une mission professionnelle. Je suis sûr que beaucoup parmi les lecteurs de cet éditorial (le dernier que je signe en tant que Coordonnateur du PNUE / PAM - Secrétariat de la Convention de Barcelone) se retrouveront dans mon propos : cette mer semi-fermée et ses belles côtes sont au cœur de qui nous sommes en tant que Méditerranéennes et Méditerranéens ; elles constituent une caractéristique fondamentale de nos identités.

Bien que je sois optimiste quant à l'avenir, je ne peux m'empêcher de songer avec préoccupation à ce qui adviendrait de cette région si la triple crise inédite du changement climatique, de la pollution et de la perte de biodiversité suivrait son cours sans qu’on lui oppose de résistance. A vrai dire, la réponse à la question de savoir comment la région émergera de la pandémie de la COVID-19 aura des conséquences avec lesquelles les prochaines générations, et pas seulement les 512 millions d'âmes vivant actuellement au bord de la Méditerranée, devront composer dans un avenir pas si lointain.

Le 8 avril, le PNUE/PAM –Convention de Barcelone a coorganisé avec le Réseau Environnement de Genève et nos collègues du Bureau Europe du PNUE une réflexion sur les voies et les moyens permettant de « faire la paix avec la nature et réaliser les Objectifs de développement durable (ODD) en Méditerranée ». A cette occasion, j'ai indiqué aux panélistes et aux participants que, selon la science, la Méditerranée se trouve sur une trajectoire de collision avec la nature et que nous avons besoin d'une renaissance verte, c’est-à-dire un relèvement du marasme engendré par la COVID-19 qui orienterait les économies méditerranéennes vers plus de durabilité et de résilience. La résilience, comme je l'entends ici, fait référence à notre capacité collective à résister à des chocs dont l’intensité éclipserait ce que la pandémie du coronavirus nous inflige depuis les premiers mois de l’année 2020.

La science que j'ai citée dans mon propos est résumée dans le tandem des rapports parrainés par le système PNUE/PAM – Convention de Barcelone, à savoir le rapport sur l'Etat de l'Environnement et du Développement en Méditerranée (RED), produit par Plan Bleu, et le premier rapport méditerranéen d'évaluation (MAR 1) publié par le réseau d’experts méditerranéens sur le changement climatique et environnemental (MedECC). Les deux rapports annoncent une tempête qui pointe à l’horizon.

Prendre le pouls de la Méditerranée par un suivi environnemental rigoureux est l'une des fonctions essentielles du système PNUE/PAM – Convention de Barcelone depuis sa création il y a 45 ans. Le système a également accompli des avancées remarquables dans l’édification d’un cadre juridique solide. Cependant, la conformité et la mise en œuvre – ou plutôt le déficit dont ils pâtissent – restent un talon d’Achille qui se transforme en une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la Méditerranée et de ses habitants. Soyons clairs : il ne s’agit pas seulement d’aspects techniques et de rapports soumis au titre des accords multilatéraux sur l’environnement. Il s'agit de voir la tempête arriver, de s’organiser en conséquence et de mener notre arche collective à bon port. Nous sommes dans le même bateau.

La pleine mise en œuvre des obligations que les pays méditerranéens ont acceptées au titre de la Convention et de ses Protocoles constitue un élément essentiel de la renaissance verte que nous souhaitons voir dans la région. Le renforcement de l'application au niveau national doit rester notre priorité absolue.

La Renaissance a été une période charnière de l'histoire européenne marquant la transition du Moyen Âge à la modernité à travers de grands changements sociaux, économiques et culturels. Aujourd'hui, au milieu de cette crise sans précédent, les pays méditerranéens se trouvent à la croisée des chemins. Alors que nous entamons le compte à rebours pour l’ère post-COVID, les décideurs se trouvent confrontés à un dilemme majeur, en particulier dans des contextes nationaux où les économies souffraient déjà avant l’arrivée de la pandémie. Que se passera-t-il ? Allons-nous voir un retour précipité au statu quo dès que ce sera possible sur le plan épidémiologique ? Ou verrons-nous les pays se lancer dans une transformation audacieuse de leurs économies ?

Les arguments plaidant en faveur d’une reprise plus respectueuse de l’environnement sont accablants. La prime verte (green premium) devant être payée aujourd'hui, afin d’apporter la nécessaire transformation transcendant les secteurs économiques, sera compensée par les bénéfices que les économies et les sociétés ne manqueront pas de tirer d'écosystèmes plus sains. N'oublions pas que la crise que nous traversons actuellement a été causée par une maladie d'origine zoonotique : le symptôme ultime de notre relation dysfonctionnelle avec la nature.

Nous faisons tout ce que nous pouvons pour inscrire la renaissance verte à l'agenda méditerranéen. Alors que je me prépare à quitter mon poste, je suis convaincu que mes collègues du PNUE/PAM - Secrétariat de la Convention de Barcelone garderont le cap.

En décembre 2021, la prochaine réunion des Parties contractantes à la Convention de Barcelone (COP 22), que la Turquie accueillera, examinera pour adoption une batterie de plans d’action régionaux et de décisions anti-pollution et pro-durabilité. Les délégué(e)s examineront également la Stratégie à moyen terme du PNUE/PAM 2022-2027. Cette conférence peut, de manière effective, servir de forum régional pour un dialogue politique de haut niveau sur les moyens à même de mettre la renaissance verte en marche en Méditerranée.

Je vous remercie toutes et tous du soutien extraordinaire que vous m'avez prodigué au cours de ces sept dernières années en tant que Coordonnateur du Plan d’Action pour la Méditerranée, et pour nous avoir permis d’avancer ensemble vers un système PAM solide et efficace.

Arrivederci !