Credit: AFP/Luis Tato
29 Sep 2025 Récit Climate Action

Les camionnettes frigorifiques et les chambres froides peuvent-elles contribuer à mettre fin à une épidémie de pertes alimentaires en…

Credit: AFP/Luis Tato

Dans les collines de Kinale, près de Nairobi, la capitale kenyane, George Kiarie grelotte malgré la chaleur.

Il a froid après avoir chargé des caisses de légumes, brocoli et chou-fleur mûrs, dans une camionnette réfrigérée utilisée par sa coopérative.

Ce véhicule a constitué une véritable révolution pour les 179 agriculteurs de la Société coopérative horticole de Lari. Avant son arrivée – grâce à un projet piloté par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) – ils perdaient régulièrement jusqu’à 40 % de leurs récoltes après la récolte, les produits se flétrissant souvent en cours de route vers les grossistes.

La camionnette fait partie de ce que les experts appellent une chaîne du froid – un réseau de véhicules et d’installations à température contrôlée qui peuvent conserver frais tout, des légumes aux vaccins. À Kinale, cette infrastructure a permis aux agriculteurs d’augmenter leurs revenus de 50 %.

« La coopérative a largement bénéficié de la technologie de la chaîne du froid », a déclaré Kiarie. « Les agriculteurs peuvent préserver la qualité et la fraîcheur de leurs récoltes plus longtemps, ce qui améliore leur valeur marchande et réduit les pertes post-récolte. »

Le projet de Kinale s’inscrit dans le cadre d’un effort plus large du PNUE visant à soutenir le déploiement d’infrastructures de chaîne du froid à travers l’Afrique rurale. L’absence de ce type d’équipement entraîne souvent la détérioration des produits périssables, provoquant des pénuries alimentaires et des pertes économiques, tout en aggravant les changements climatiques. « La chaîne du froid est une victoire pour les agriculteurs comme pour l’environnement », déclare Hongpeng Lei, chef du Service atténuation des changements climatiques au PNUE. « L’enjeu est d’étendre rapidement ces réseaux à grande échelle. »

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George Kiarie charge des produits dans une camionnette réfrigérée, ce qui a permis de réduire les pertes post-récolte pour les membres d’une coopérative agricole située à la périphérie de Nairobi, au Kenya. Crédit : Lari Horticultural Cooperative Society/George Kiarie

On estime que 13 % de la nourriture produite, soit l'équivalent de 1,25 milliard de tonnes par an, est perdue entre la récolte et la vente au détail.

Les conséquences sont considérables. Ces pertes aggravent la faim, qui touche 673 millions de personnes dans le monde. Elles réduisent en moyenne de 15 % les revenus de 470 millions de petits exploitants agricoles. Par ailleurs, jusqu’à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, proviennent de la décomposition des produits agricoles et du transport de denrées qui n’atteindront jamais les consommateurs.  

Selon un rapport du PNUE et de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les pays en développement pourraient économiser 144 millions de tonnes de nourriture par an s’ils disposaient d’une infrastructure de chaîne du froid comparable à celle des pays développés. « Le renforcement des chaînes du froid pourrait être un facteur décisif pour les communautés agricoles du monde en développement et permettre de sortir des millions de personnes de la pauvreté », déclare M. Lei, du PNUE. 

Un projet modèle

Alors que les pertes alimentaires sont généralisées dans le monde entier, la situation est particulièrement préoccupante au Kenya, selon les experts. D’après le World Resources Institute, ce pays d'Afrique de l'Est perd jusqu'à 40 % des denrées qu'il produit avant qu’elles n’atteignent les consommateurs.  

Pour remédier à ces pertes, le PNUE et un groupe de partenaires universitaires dirigé par l’Université de Birmingham ont lancé le Centre d’excellence africain pour le refroidissement durable et la chaîne du froid (ACES). Financé par le Gouvernement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, ce centre vise à développer des infrastructures de chaîne du froid dans toute l’Afrique.  

Au Kenya, des experts ont formé plus de 300 agriculteurs aux opérations liées à la chaîne du froid, notamment à la logistique, aux stratégies de tarification et à la gestion post-récolte des cultures. Le projet a ensuite mis à la disposition des habitants de Kinale une chambre froide, un véhicule isotherme et un camion frigorifique, leur permettant de tester la technologie avant de procéder à un éventuel achat.

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Au Kenya, des experts ont formé plus de 300 agriculteurs aux opérations de la chaîne du froid, aux stratégies de tarification et à la logistique. Crédit : PNUE/Giorgia Paternello

Les agriculteurs ont utilisé les équipements pour stocker et transporter une variété de produits, notamment du brocoli, du chou-fleur, des carottes, des épinards, des choux, des courgettes, des poireaux, du chou frisé et des pommes de terre. Selon les personnes impliquées dans le projet, ces infrastructures ont permis aux agriculteurs de réaliser d’importantes économies d’échelle et de ramener les pertes alimentaires à un faible pourcentage.

« Nous vendions nos produits via des intermédiaires, mais depuis le lancement du projet, nous sommes en mesure d’en vendre une partie directement aux consommateurs et à un meilleur prix », a déclaré Pauline Waweru, agricultrice et trésorière de la coopérative. « Notre objectif est d’atteindre un niveau où le projet apportera une telle valeur ajoutée à nos produits que nous serons en mesure de les exporter. »

Selon Kiarie, le projet a également généré de nombreux bénéfices indirects, notamment la création d’emplois pour les jeunes de la communauté locale. 

Le PNUE et les autres bailleurs de fonds du programme espèrent désormais déployer l’initiative ACES au-delà du Kenya et du Rwanda, où elle est déjà en activité, vers d’autres pays du continent africain.

« En promouvant ce type d’approches, nous pouvons soutenir des dizaines de milliers d’agriculteurs, réduire les pertes alimentaires, atténuer les émissions de gaz à effet de serre et protéger des ressources naturelles essentielles – au bénéfice des populations et de la planète », déclare M. Lei.

 

À propos de la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture  

La Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture, célébrée conjointement par le PNUE et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, aura lieu le 29 septembre 2025. Elle sera l’occasion de lancer des appels à intensifier les efforts de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, une étape déterminante vers la transformation durable des systèmes alimentaires mondiaux. 

 

À propos du Centre d’excellence africain pour le refroidissement durable et les chaînes du froid (ACES) 

Soutenu par le Gouvernement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, le Centre d’excellence africain pour le refroidissement durable et les chaînes du froid (ACES) promeut des solutions de refroidissement et de chaîne du froid respectueuses du climat, visant à réduire les pertes alimentaires et de vaccins, à améliorer les moyens de subsistance des agriculteurs et à atténuer l’impact environnemental. Il s’agit d’une initiative collaborative menée par United for Efficiency (U4E) du PNUE, en partenariat avec l’Université de Birmingham, le Gouvernement du Rwanda et des partenaires académiques. Au cœur de son action, ACES développe des modèles économiques innovants, ancrés dans les communautés locales, qui permettent un partage équitable de la valeur, renforcent la résilience et soutiennent les petits exploitants agricoles.

Afin d’amplifier son impact, ACES adopte un modèle organisationnel dit « hub-and-spoke » : le pôle central élabore des connaissances et développe des solutions, tandis que les antennes régionales assurent des activités de formation, d’accompagnement et de démonstration sur le terrain. L’initiative menée en collaboration avec la coopérative de Lari constitue la première antenne opérationnelle, mise en œuvre par le Centre africain d’études technologiques.