23 Jun 2020 Récit Forêts

Un entrepreneur kenyan lutte contre la déforestation grâce à une nouvelle solution énergétique

À l'occasion de la Journée des micro-, petites et moyennes entreprises, qui a lieu le 27 juin, nous dressons le profil de cinq entrepreneurs qui contribuent à résoudre certains des problèmes environnementaux les plus urgents de la planète.

Alors que Leroy Mwasaru n'était encore qu'un adolescent, il a remarqué un problème majeur dans son pensionnat kenyan : les eaux usées s'écoulaient directement dans un ruisseau voisin par un vieux tuyaux usé, alors que celui-là était une source d'eau pour une communauté voisine.

Leroy
Photo : Hivisasa

Mwasaru, âgé maintenant de 22 ans, explique qu'il ne pouvait pas rester les bras croisés sans rien faire. Armé de quelques manuels scolaires, il a entrepris avec plusieurs camarades de classe d'élaborer un système qui transformerait les déchets humains en énergie. Le premier prototype n'a pas fonctionné, explique Mwasaru, mais l'équipe a fini par mettre au point un modèle fonctionnel qui alimente aujourd'hui l'école.

Ce succès a conduit Mwasaru à fonder Greenpact, une start-up qui produit des systèmes de valorisation énergétique des déchets abordables et de haute qualité, connus sous le nom de digesteurs de biogaz. Ce travail a fait de Mwasaru le plus jeune entrepreneur de la liste Forbes Africa 30 under 30 en 2018. 

"Notre objectif est de devenir le premier fournisseur de solutions énergétiques à base de biogaz en Afrique", déclare Mwasaru, qui souhaite mettre ces systèmes à la disposition des agriculteurs, des institutions et des foyers pour enfants.


15 000 Kenyans utilisent les systèmes de Greenpact. Ses équipements sont connectés aux réseaux d'égouts domestiques, piègent les déchets et les convertissent en un gaz qui peut être utilisé pour la cuisine grâce à une simple réaction chimique. En utilisant ce système, les Kenyans n'ont plus besoin d'abattre des arbres pour se procurer du bois de chauffage, l'une des principales causes de déforestation dans un pays qui a perdu plus d'un tiers de sa couverture forestière au cours des 60 dernières années.

"Ces utilisateurs peuvent désormais cuisiner sans avoir à utiliser du bois de chauffage ou du charbon de bois, qui sont nuisibles à la fois à leur santé et à l'environnement", explique Mwasaru. "En utilisant une énergie propre et renouvelable, nous prenons des mesures pour un environnement plus sain. Et chaque petit pas compte".

Le travail de Mwasaru est un excellent exemple de la manière dont les jeunes entrepreneurs peuvent contribuer à lutter contre les menaces environnementales pressantes, affirme Gabriel Labbate, chef d'équipe du programme de collaboration des Nations unies sur la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts. L'organisme est le principal soutien d'un mouvement connu sous le nom de REDD+, un effort international pour lutter contre la perte de la couverture forestière dans les pays en développement.

"Le lien avec le programme REDD+ est clair", explique M. Labbate. "Les systèmes de valorisation énergétique des déchets contribuent à réduire l'un des moteurs de la déforestation en fournissant une énergie durable, réduisant ainsi la nécessité de couper les arbres tout en réduisant les émissions de carbone".

Le travail de Mwasaru avec Greenpact a été temporairement mis à l'arrêt en raison de la pandémie de COVID-19. Il fait maintenant équipe avec sa mère, une styliste, et produit des masques faciaux pour les hôpitaux et les cliniques. Mais une fois la pandémie passée, il souhaite étendre le travail de Greenpact au secteur de la restauration, en aidant les restaurants urbains à utiliser les déchets organiques pour produire de l'énergie.

"Nous, les Africains, devons résoudre nos problèmes nous-mêmes", dit-il. "Et en faisant cela, j'espère inspirer les jeunes à valoriser leur environnement et à réfléchir aux moyens de le sauver".