29 Jul 2019 Récit Nature Action

Un refuge pour une bête royale

En 1850, on trouvait des traces de pattes de tigre dans la neige durcie des forêts sibériennes et sur les plages moelleuse de Bali. Les tigres erraient depuis les frontières de l'Europe à la mer Caspienne jusqu'aux rives du Pacifique. À l’époque, pénétrer dans la plupart des forêts asiatiques, c’était pénétrer dans le domaine de l’un des plus impressionnants prédateurs de la planète.

Plus de 100 000 tigres régnaient en maîtres sur la nature sauvage du continent. Loin d'être des tyrans, leur règne en tant qu'espèce clé au sommet de la chaîne alimentaire a permis à d'innombrables espèces et écosystèmes de s'épanouir sous leur domination.

Aujourd’hui, l’aire de répartition du tigre ne représente que 7% de ce qu’elle était auparavant. Leur nombre actuel est une simple fraction des populations anciennes. On estime qu'il reste moins de 3 800 tigres vivant à l'état sauvage répartis dans seulement 13 pays. Dans la plupart des endroits, leurs habitats sont clairsemés et fragmentés, confinant le prédateur de longue portée à de petites zones d'aires protégées.

Mais un pays a offert un asile au tigre. Au Bhoutan, les tigres royaux du Bengale peuvent parcourir un habitat contigu à travers le pays qui s'étend de la jungle subtropicale des basses terres aux forêts subalpines situées à 4 500 mètres d'altitude. Le couvert forestier du pays est de 71% et plus de la moitié de sa superficie a été désignée zone protégée : le tigre résident peut donc librement se déplacer presque n'importe où.

Ceci explique en partie leur abondance au Bhoutan. Le pays possède une concentration de tigres deux fois plus élevée que n'importe quel autre État.

 

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Photo by GTC/DoFPS

Les efforts de conservation ont également massivement contribué à cette densité inhabituelle. « Le gouvernement royal du Bhoutan est déterminé à protéger le tigre », a déclaré Lobzang Dorji, directeur du Département des forêts et des services des parcs du Bhoutan. « Nous reconnaissons l'immense valeur que cette créature revêt pour nos écosystèmes et notre pays et nous voulons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour assurer sa survie. »

Le tigre bénéficie d'une protection stricte au Bhoutan, comme dans de nombreux autres pays de son aire de répartition. Malgré cela, le braconnage reste une menace constante, peu importe où se trouvent les tigres.

Une des clés de la survie du tigre est la garantie de son habitat. Le Bhoutan excelle dans cette catégorie. La constitution du Bhoutan oblige le gouvernement à maintenir au moins 60% du couvert forestier à perpétuité, garantissant ainsi un environnement stable à long terme pour le tigre.

Les biologistes du Bhoutan travaillent dur. L'année dernière, une équipe du National Tiger Center a capturé une jeune femelle afin de lui poser un collier connecté, une première. L'équipe est même allée jusqu'à tester les pièges sur eux-mêmes pour s'assurer que la tigresse ne serait pas blessée par le processus.

Désormais capables de surveiller la position de la tigresse, les responsables de la conservation du Bhoutan utilisent ces données pour cartographier les corridors de la faune et prévenir les conflits entre les êtres humains et les tigres.

Mais même dans ce sanctuaire montagneux, le tigre n'est pas hors de danger. « Assurer l'avenir des tigres nécessite des stratégies à plusieurs volets », explique Lobzang Dorji. « Dans un pays montagneux comme le Bhoutan, les changements climatiques représentent une menace réelle pour la survie du tigre. »

Une des conséquences des changements climatiques seront des moussons plus importantes et des températures plus élevées au Bhoutan. Ces facteurs inciteront les agriculteurs à se déplacer vers des altitudes plus élevées afin de maintenir des conditions uniformes pour leurs cultures. Cela pourrait ensuite conduire à une réduction de l'habitat de la faune et à davantage de conflits entre les êtres humains et les tigres.

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Photo : GTC/DoFPS

Le Programme des Nations Unies pour l'environnement collabore étroitement avec le gouvernement du Bhoutan et le Global Tiger Center afin de relever ces défis par le biais du programme Vanishing Treasures, financé par le gouvernement du Luxembourg. Le programme contribue à préserver la survie des espèces de montagne emblématiques dans divers pays, notamment le tigre royal du Bengale au Bhoutan.

Matthias Jurek, responsable de programme au Programme des Nations Unies pour l'environnement, affirme : « Grâce au travail de Vanishing Treasures, nous oeuvrons à la protection d'espèces emblématiques telles que le tigre royal du Bengale. Parmi d'autres initiatives, nous travaillerons à améliorer le partage d'informations entre les chercheurs en climatologie et les défenseurs de l'environnement, afin que les toutes dernières données sur les changements climatiques puissent être utilisées pour protéger la vie sauvage. »

Le projet appuiera également le développement d'infrastructures vertes, intégrant des habitats et des corridors destinés à la vie sauvage intégrés à la planification des infrastructures. Et comme les agriculteurs sont peut-être aux premières lignes des conflits entre les êtres humains et les tigres, le projet visera également à accroître la résilience des écosystèmes et la productivité des terres agricoles. Cela contribuera à réduire l'empreinte agricole et à augmenter les revenus dans le but de décourager le braconnage.

Avec sa population florissante de tigres, le Bhoutan se situe au cœur des efforts mondiaux pour protéger cette espèce célèbre. Le Bhoutan souhaite partager ses enseignements lors de la deuxième édition du Sommet international du tigre en 2020. Le premier Sommet international du tigre, organisé en 2010, avait généré 330 millions de dollars des États-Unis de promesse de dons dans le but de multiplier par deux le nombre de tigres sauvages à l'horizon 2022.

Selon Lobzang Dorji, on ne peut sous-estimer l’importance de la protection du tigre. « Les tigres sont très importants pour la culture et le paysage bhoutanais. Si nous perdons le tigre, nous perdons une partie de ce que nous sommes. »

En savoir plus sur le travail d'ONU Environnement sur les écosystèmes.