Credit: Sander Weeteling / Unsplash
06 Nov 2025 Technical Highlight Chemicals & pollution action

4 raisons pour lesquelles la prévention de la pollution est bénéfique pour vous et pour votre économie

Credit: Sander Weeteling / Unsplash

De nombreux impacts de la pollution sont invisibles, ce qui rend leur ampleur réelle difficile à comprendre et à mesurer. Mais les experts s'accordent à dire que la prévention de la pollution est bien plus bénéfique que la prise en charge des coûts liés à ses effets. S'attaquer aux causes de la pollution peut être un moyen rentable non seulement d'améliorer le bien-être humain, mais aussi de progresser dans la réalisation des Objectifs de développement durable et de croissance économique.

Voici quatre façons dont la lutte contre les produits chimiques, les déchets et la pollution peut générer de multiples bénéfices :   

Une meilleure santé, des vies sauvées

La pollution demeure la principale cause environnementale de maladie et de décès prématuré dans le monde, responsable d’au moins 9 millions de décès par an. Ce chiffre pourrait être encore plus élevé si les effets à long terme et cumulatifs des polluants étaient pleinement pris en compte. Par exemple, les métaux toxiques et les produits chimiques nocifs et persistants peuvent provoquer des maladies non transmissibles comme le cancer, des troubles de la reproduction ou d’autres effets sur la santé que les professionnels de santé primaire ont souvent du mal à relier directement aux polluants.

Bien qu’il soit difficile de chiffrer les bénéfices économiques globaux de la réduction de la pollution et des déchets, les données existantes plaident déjà de manière convaincante.
Lutter contre les effets de la pollution sur la santé humaine se traduit directement par de meilleurs résultats sociaux et économiques. 

Par exemple, les maladies et dysfonctionnements causés par l'exposition à des perturbateurs endocriniens chimiques sont estimés coûter chaque année plus de 2 % du PIB des États-Unis et plus de 1 % du PIB de l’Union européenne. Et en s’attaquant aux effets d’un seul polluant — le plomb — sur les dommages cardiovasculaires et le quotient intellectuel des jeunes enfants, il serait possible d’économiser des coûts équivalents à 6,9 % du PIB mondial

En matière de santé, lutter contre la pollution de l’eau et assurer l’accès universel à l’eau potable, notamment grâce à un meilleur assainissement et une meilleure hygiène, peut sauver des millions de vies et réduire de 60 % les centaines de millions de cas annuels de diarrhée dans le monde — et, par ricochet, l’usage d’antimicrobiens pour traiter ces cas. Cela pourrait ensuite ralentir la progression de la résistance aux antimicrobiens (RAM), qui, selon les estimations les plus récentes, pourrait provoquer 39 millions de décès entre 2025 et 2050 si des mesures décisives ne sont pas prises. 

Des entreprises de taille moyenne au Kenya, en Afrique du Sud et en Tunisie transforment le secteur textile vers la durabilité et l’économie circulaire grâce au Programme InTex du PNUE. Crédit : PNUE

Des économies florissantes avec des emplois nouveaux et de meilleure qualité 

Les scientifiques s’accordent à dire qu’une transition vers la durabilité, l’économie circulaire et un environnement plus sain pourrait permettre au monde d’atteindre un PIB mondial d’environ 3 % supérieur à ce que prédisent les tendances historiques, tout en réduisant de 30 % la croissance de l’utilisation des matériaux.

Des signes d’espoir apparaissent dans les secteurs à fort impact, tels que l’alimentation et l’agriculture, l’exploitation minière, l’électronique, les transports et le textile. Par exemple, les modèles d’affaires circulaires dans la mode pourraient représenter 23 % du marché mondial de la mode d'ici à 2030

La transition vers une économie circulaire, qui englobe de nouveaux métiers dans le recyclage, la réparation, la location et la refabrication, pourrait également permettre de créer environ 6 millions d’emplois et de formaliser environ 20 millions d'emplois actuellement liés aux déchets dans le secteur informel. Les régimes de responsabilité élargie des producteurs, qui tiennent les entreprises responsables de la gestion de la fin de vie de leurs produits, constituent une opportunité pour rémunérer formellement les récupérateurs de déchets et améliorer leurs conditions de travail dans les régions dépourvues de systèmes de recyclage et de réutilisation formels. Dans l’ensemble, améliorer la gestion des déchets et adopter des approches axées sur le cycle de vie, visant à réduire et minimiser les impacts des produits et services dès les premières étapes de production jusqu’à leur élimination ou fin de vie, peut générer un gain net annuel de 108,5 milliards de dollars américains d'ici à 2050.

Les rejets de polluants issus de l’agriculture intensive ont contribué à la dégradation rapide de la lagune du Mar Menor en Espagne. Des mesures de soutien aux zones humides et à l’agriculture durable, tout en restaurant les écosystèmes terrestres, ont contribué au redressement de la lagune. En 2025, elle a été déclarée fleuron mondial de la restauration (UN World Restoration Flagship) par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Crédit : PNUE / Thomas Cristofoletti 

Réduction de la faim et alimentation saine pour tous

La pollution érode les services écosystémiques essentiels à la production alimentaire, affectant la santé et la disponibilité des cultures, du bétail et des produits de la pêche. Le développement de la résistance aux antimicrobiens (AMR) chez le bétail, en particulier, pourrait entraîner des pertes de production équivalentes aux besoins alimentaires de jusqu'à 2 milliards de personnes d'ici à 2050.

Le développement de pratiques agricoles durables et la réduction de la dépendance aux engrais synthétiques peuvent contribuer à la sécurité alimentaire en améliorant les rendements agricoles et en apportant une stabilité économique aux agriculteurs. Les mesures visant à réduire la pollution par le méthane pourraient contribuer à réduire de moitié les pertes mondiale de récoltes, évitant ainsi jusqu'à 33 milliards de dollars de pertes annuelles d'ici à 2050.

Les pratiques circulaires, telles que la gestion sûre des eaux usées et leur réutilisation, peuvent également contribuer à réduire la pollution tout en améliorant les récoltes. Un rapport du PNUE a montré que 25 % de la demande mondiale en azote et en phosphore dans l’agriculture pourrait être fournie par des nutriments récupérés à partir des eaux usées, tout en empêchant ces substances de pénétrer dans les écosystèmes et de les perturber.

La réduction de la pollution plastique peut également contribuer à améliorer la sécurité alimentaire dans le monde. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a averti cette année que l’utilisation actuelle du plastique en agriculture entraînera un « préjudice durable et de plus en plus grave pour la santé des sols, la productivité des cultures, la sécurité alimentaire et la santé humaine ». L'organisation a appelé à une action urgente pour prévenir ce type de pollution.

Des sociétés plus équitables et justes 

Agir contre la pollution constitue une étape importante vers la réduction des inégalités. Près de 92 % des décès liés à la pollution surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, et à l’échelle mondiale, les maladies causées par la pollution touchent principalement les minorités et les groupes marginalisés. Les femmes et les filles sont particulièrement exposées aux substances toxiques pour des raisons biologiques, notamment pendant la grossesse, ainsi qu’en raison des attentes liées au genre qui augmentent leur exposition aux produits chimiques, comme dans le cadre des produits de nettoyage.

Une étude de la Banque mondiale menée en Afrique a conclu que réduire de 20 % les particules fines inhalables (connues sous le nom de PM2,5, de 2,5 micromètres et moins) dans l’air peut entraîner une augmentation de 33 % de la productivité et une croissance de l’emploi de 16 %, bénéficiant particulièrement aux communautés à faible revenu.

Pour parvenir à un accès universel à l'eau potable, la réutilisation des eaux usées représente également une ressource encore peu exploitée : elle pourrait fournir 320 milliards de mètres cubes d’eau par an, soit 10 fois la capacité mondiale actuelle de dessalement, permettant de remédier à la pénurie d'eau tout en réduisant la pollution. 

 

Le PNUE travaille à minimiser la pollution sous ses différentes formes et promeut des approches démontrant les avantages économiques, environnementaux et sanitaires d’une gestion responsable des produits chimiques et des déchets. Cela contribue à la réalisation de nombreux Objectifs de développement durable, notamment la faim zéro (ODD 2), la santé et le bien-être (ODD 3), l’eau propre et l’assainissement (ODD 6), la réduction des inégalités (ODD 10) et la consommation et production responsables (ODD 12). Le PNUE contribue également au suivi des progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de développement durable relatifs à la pollution, en mettant en lumière les domaines nécessitant des efforts supplémentaires. 

Grâce à sa campagne Beat Pollution, le PNUE inspire des économies circulaires et plus propres. Plus récemment, en accueillant les secrétariats du Cadre mondial relatif aux produits chimiques et du Groupe d’expert(e)s intergouvernemental sur l’interface science-politiques relative aux produits chimiques, aux déchets et à la pollution, le PNUE contribue à accélérer l'action mondiale renouvelée pour une planète sans de pollution.