Il y a plus de 100 millions de lacs qui parsèment la planète, selon une étude de premier plan.
Mais beaucoup ne sont plus ce qu'ils étaient. De la Bolivie à l'Afrique du Sud et au-delà, les changements climatiques, la pollution et la surexploitation transforment radicalement ces masses d'eau. Certains lacs se sont entièrement asséchés. D'autres débordent. Certains sont même devenus verts. « Aujourd'hui, certains des lacs les plus connus et les plus importants au monde ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes, comparativement à ce qu'ils étaient il y a seulement quelques décennies », déclare Dianna Kopansky, cheffe de l'Unité des écosystèmes d'eau douce et des zones humides du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). « Nous devons inverser cette tendance. Si nous ne le faisons pas, cela pourrait être catastrophique pour les centaines de millions de personnes qui dépendent des lacs pour leur survie. »
À l'approche de la première Journée mondiale des lacs , célébrée le 27 août, voici un aperçu des plus grandes menaces qui pèsent sur les lacs du monde et de ce qui peut être fait pour y remédier.
Les changements climatiques
Un panel mondial d'experts du climat a constaté que les changements climatiques déstabilisent le cycle hydrologique — ce système finement équilibré qui régule la répartition de l'eau dans le monde. Selon ces experts, la hausse des températures intensifie l'évaporation et modifie les régimes de précipitations. Dans certains endroits, cela augmente les risques de sécheresses susceptibles d'assécher les lacs, comme celle qui a failli priver Le Cap, en Afrique du Sud — une ville de 4,7 millions d'habitants — d'eau.
Dans d'autres endroits, l'évaporation accrue combinée à une hausse des températures atmosphériques provoque des pluies plus intenses, qui peuvent entraîner des crues débordantes des lacs. Ce scénario pourrait même se produire dans le plus grand bassin désertique du monde : le lac Turkana, au Kenya. Une étude du PNUE prévoit une augmentation des inondations dans les décennies à venir, menaçant les 15 millions de personnes qui vivent sur ses rives.
Pendant ce temps, dans de nombreuses régions montagneuses, la montée en flèche des températures augmente les risques de ce que l'on appelle les débordements de lacs glaciaires. Ces crues potentiellement catastrophiques peuvent se produire lorsque la glace qui retient un lac fond, libérant brutalement des masses d'eau en contrebas.
La surexploitation
Aussi destructeurs que soient les changements climatiques, ils font parfois pâle figure face aux dommages causés directement par l'être humain aux lacs, affirme Dianna Kopansky. Ces dommages résultent notamment d'un prélèvement d'eau plus rapide que sa capacité de renouvellement — un phénomène connu sous le nom de surexploitation des ressources en eau.
Cela peut prendre plusieurs formes. Parfois, l'eau est détournée des lacs – et, ce qui est tout aussi dommageable, de leurs affluents – pour alimenter les villes. D'autres fois, elle est utilisée pour alimenter des barrages hydroélectriques. Très souvent, elle sert à irriguer les terres agricoles.
La mer d'Aral, en Asie centrale, est devenue un symbole emblématique du déclin lié à l'irrigation : autrefois le quatrième plus grand lac du monde, elle s'est considérablement asséchée depuis le détournement de ses affluents dans les années 1960. Mais cela se produit partout dans le monde, y compris dans les hautes plaines de Bolivie. Ici, ce qui était autrefois le deuxième plus grand lac du pays, le lac Poopó, a été réduit à un désert salé aride par une combinaison dévastatrice de détournements d'eau et de changements climatiques.
Un rapport publié en 2024 par le PNUE et ONU-Eau a révélé que les plans d'eau de surface — y compris les lacs — diminuent ou disparaissent entièrement dans 364 bassins hydrographiques à travers le monde, soit près de 3 % de tous les bassins. On estime à 93,1 millions le nombre de personnes vivant dans ces zones.
La pollution
La pollution constitue une menace croissante pour les lacs du monde et les communautés qui en dépendent, alertent les experts. Parmi les sources les plus problématiques pour les populations et la faune aquatique figurent les eaux usées non traitées et les rejets agricoles. En plus d'introduire des agents pathogènes et des pesticides dans les lacs, ces sources de pollution contiennent souvent du phosphore et de l'azote. À des niveaux suffisamment élevés, ces nutriments peuvent tuer les poissons, favoriser la prolifération d'algues toxiques et priver les lacs d'oxygène, créant ainsi des zones mortes, hostiles à la vie aquatique.
C'est ce que certains scientifiques pensent qu'il pourrait se produire dans le lac Victoria — le plus grand lac d'Afrique — où la prolifération d'un certain type de bactéries a donné à l'eau une teinte verte.
Par ailleurs, des facteurs comme l'augmentation de l'évaporation, la surexploitation des ressources, la hausse des précipitations et des températures plus élevées peuvent également détériorer la qualité de l'eau.
Le PNUE suit la qualité de l'eau de 4 000 grands lacs à travers le monde. Plus d'un quart d'entre eux présentent une turbidité accrue (eaux plus troubles) et près de 15 % connaissent une augmentation de la matière organique. Ces deux phénomènes sont des signes révélateurs d'une pollution provenant de sources telles que les villes, les fermes et les usines.
« Ce type de données doit servir d'alerte », déclare Kopansky. « Nous ne pouvons plus continuer à traiter les lacs comme des décharges. »
Les solutions
Les lacs fournissent 90 % de l'eau douce de surface dans le monde et, avec les rivières qui les alimentent, soutiennent les moyens de subsistance d'environ 60 millions de personnes. Pour Kopansky, il n'est pas trop tard pour inverser la tendance et restaurer de nombreux lacs du monde en déclin. Pour y parvenir, les pays peuvent agir sur trois leviers majeurs :
- Faire progresser ce qu'on appelle la gestion intégrée des ressources en eau — un processus de planification qui permet de concilier les usages de l'eau entre différents secteurs (industrie, agriculture, etc.), tout en améliorant les conditions de vie sans compromettre la santé des écosystèmes à long terme ;
- Adopter une approche à l'échelle du bassin pour la gestion de l'eau et le contrôle de la pollution, en impliquant les communautés locales et autochtones, le secteur privé, les agriculteurs et d'autres parties prenantes, afin de relever les défis auxquels font face les lacs ; et
- Investir dans la collecte et la surveillance des données relatives aux lacs et dans leur mise en application, afin que les problèmes tels que la pollution puissent être détectés avant qu'ils n'atteignent des niveaux de crise.
« La bonne nouvelle, c'est que nous disposons des connaissances et de la technologie nécessaires pour inverser la situation », déclare Kopansky. « Ce qu'il nous faut désormais, c'est la volonté de traiter tous les lacs pour ce qu'ils sont vraiment : des ressources précieuses. »
La première Journée mondiale des lacs aura lieu le 27 août. Cette commémoration a pour objectif de sensibiliser à l'importance des lacs et de mettre en lumière les moyens de les protéger et de les restaurer.
Le Programme des Nations Unies pour l'environnement accompagne les pays du monde entier dans la protection, la gestion et la restauration des masses d'eau douce, y compris les lacs. Pour en savoir plus sur nos actions, cliquez ici.


