Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l'environnement
Alors que les défis géopolitiques et les tensions s’intensifient dans le monde, une chose est claire : une politique fragmentée ne réparera pas une planète fracturée. C’est pourquoi l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (UNEA) — le plus haut organe décisionnel mondial en matière d’environnement — est cruciale pour faire face à nos menaces environnementales communes et émergentes.
La septième session de l'Assemblée, qui se tiendra au siège du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) à Nairobi, au Kenya, le mois prochain, réunira des ministres, des organisations intergouvernementales, des accords multilatéraux sur l’environnement, l’ensemble du système des Nations Unies, des organisations de la société civile, des scientifiques, des militants et le secteur privé afin de façonner la politique environnementale mondiale.
Les données récentes du PNUE montrent que les émissions continuent d’augmenter alors que les impacts des défis environnementaux et climatiques mondiaux s’accélèrent et deviennent toujours plus extrêmes. Nous le constatons dans les vagues de chaleur record, la disparition des écosystèmes et les toxines présentes dans notre air, notre eau et nos sols. Ce sont des menaces mondiales qui nécessitent des solutions mondiales.
Même en période de turbulences, le multilatéralisme environnemental continue de porter ses fruits. Depuis la dernière réunion des pays à l’UNEA l’an passé, ce multilatéralisme a permis de réaliser des progrès importants.
Les gouvernements ont convenu de créer le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’interface science-politiques relative aux produits chimiques, aux déchets et à la pollution, complétant enfin la « trilogie » des organismes scientifiques aux côtés du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). L’Accord BBNJ sur l'utilisation durable de la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale est entré en vigueur — une avancée majeure pour la gouvernance de nos océans.
Il est important de noter que, dans un climat politique aussi difficile, l’Accord de Paris montre qu’il fonctionne. Cependant, il est clair que nous devons agir beaucoup plus rapidement et avec une détermination accrue. Le changement est en marche : la transition mondiale vers un développement à faibles émissions et résilient aux changements climatiques est irréversible. Les énergies renouvelables deviennent plus compétitives que les combustibles fossiles sur le plan économique. Les investissements climatiques intelligents stimulent les économies et les sociétés dynamiques de demain.
Il faut également reconnaître que beaucoup espéraient que la COP30 inclurait une référence explicite à l’élimination progressive des combustibles fossiles dans le texte de la décision, ce qui n’a pas été le cas. Cependant, le Président de la COP s’est engagé, au cours de son mandat d’un an, à créer deux feuilles de route : l’une pour arrêter et inverser la déforestation, et l’autre pour amorcer la transition hors des combustibles fossiles – une initiative soutenue par plus de 80 pays lors des négociations.
Ce ne sont pas de petites avancées — mais elles ne suffisent pas encore à répondre pleinement aux menaces auxquelles nous sommes confrontés. Elles montrent toutefois que le multilatéralisme peut encore rapprocher la science et la politique pour relever nos défis mondiaux.
Bien sûr, les progrès ne sont pas toujours linéaires. Depuis la résolution historique de l’UNEA en 2022 sur l’élaboration d’un instrument juridiquement contraignant pour mettre fin à la pollution plastique, y compris dans le milieu marin, les négociations ont continué d’avancer. Bien qu’un texte complet du traité n’ait pas encore été adopté, les dernières discussions à Genève plus tôt cette année ont permis des avancées difficiles, et les pays restent à la table des négociations, maintenant l’élan vers un accord qui mettra fin, une fois pour toutes, à la pollution plastique.
Cette année, sous le thème « Faire progresser des solutions durables pour une planète résiliente », l'UNEA s'appuiera sur ces avancées pour ouvrir la voie à des progrès encore plus importants.
La septième édition du rapport phare du PNUE, L’avenir de l’environnement mondial, sera essentielle pour éclairer comment construire cet avenir. Publié lors de l’UNEA, le rapport nous aidera à dépasser le stade du diagnostic de nos défis communs pour identifier de véritables solutions dans cinq domaines interconnectés : économie et finance ; circularité et déchets ; environnement ; énergie ; systèmes alimentaires. S’appuyant sur les contributions de centaines d’experts à travers le monde, le rapport aidera les pays à prioriser les solutions les plus efficaces pour atteindre nos objectifs mondiaux.
Pour agir à la vitesse et à l’échelle requises, le système des Nations Unies doit travailler de manière coordonnée, en mobilisant l’ensemble de la famille des accords multilatéraux sur l’environnement pour soutenir les pays. Le PNUE est fier d’héberger 17 conventions et groupes d’experts couvrant tout le spectre environnemental, des produits chimiques toxiques à la protection de la couche d’ozone. Rapprocher cette famille d’accords offre des opportunités pour harmoniser davantage les priorités.
C’est pourquoi l’UNEA mettra l’accent sur la manière dont ces accords peuvent mieux collaborer pour offrir aux pays un soutien plus rapide et plus ciblé dans la mise en œuvre de leurs engagements. Parce que l’action en faveur du climat est une action en faveur de la biodiversité et des terres ; parce que l’action en faveur des terres est une action en faveur du climat ; parce que l’action en faveur d’une meilleure gestion des produits chimiques, de la pollution et des déchets est une action en faveur de la nature — et du climat.
L’inaction a aujourd’hui un coût plus évident que jamais. À l’UNEA-7, à Nairobi – capitale mondiale de l’environnement – « l’esprit de Nairobi » peut transformer les défis communs en actions communes et, à terme, en une prospérité partagée sur une planète sûre et résiliente qui bénéficie à tous.
L'Assemblée des Nations Unies pour l'environnement se tiendra du 8 au 12 décembre à Nairobi, au Kenya.


