À mesure que la planète se réchauffe, les conséquences des changements climatiques – allant des sécheresses aux inondations, en passant par les tempêtes violentes – deviennent de plus en plus graves. Toutefois, ces impacts ne sont pas ressentis de manière égale. Ce déséquilibre est lié à des inégalités de longue date : les femmes assument souvent davantage de responsabilités domestiques, ont moins accès aux ressources telles que la terre ou le crédit, et sont sous-représentées dans les instances décisionnelles.
Mais ces dernières années, les femmes se sont efforcées d’inverser cette tendance, devenant ainsi des actrices clés des efforts communautaires d’adaptation aux changements climatiques. Dans les zones rurales et urbaines, les femmes sont à l'origine d'initiatives visant à améliorer la gestion de l’eau, promouvoir une agriculture durable et renforcer la préparation aux catastrophes.
La vague croissante d'adaptation menée par les femmes montre que l'action climatique peut également favoriser l'égalité des genres et des moyens de subsistance plus sûrs. À l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, nous mettons en lumière six femmes qui pilotent les efforts d’adaptation dans leurs communautés respectives.
Au Rwanda, les inondations et les sécheresses extrêmes frappent le pays plus durement que jamais. Pendant plusieurs années, la déforestation a amplifié ces impacts en limitant la capacité des terres à absorber l'eau et à recharger les réserves d'eau souterraine. Avec le soutien de l'Autorité rwandaise de gestion de l'environnement, les communautés locales du district de Kirehe se sont réunies pour lancer des entreprises apicoles – moins dépendantes des précipitations, et préserver les forêts. À la tête de cette initiative se trouve Marine Babonampoze. En tant que cheffe d'équipe au sein de la coopérative apicole locale, elle montre aux apiculteurs comment utiliser des équipements modernes pour augmenter la production. Après avoir restauré plus de 600 hectares d'écosystèmes pour offrir des zones de butinage aux abeilles, le projet réduit simultanément les impacts des inondations et des sécheresses, tout en augmentant la production de miel.
« En général, les membres de la coopérative travaillent ensemble et s’entraident, et tout devient meilleur lorsque nous nous unissons », dit-elle.
Dans le sud-ouest de l'Ouganda, Ahumwire Justine, productrice de bananes, a perdu 300 arbres et deux vaches lors d'une tempête de grêle dévastatrice survenue il y a quelques années. Ne disposant d’aucune couverture d’assurance, elle a dû faire face à des pénuries alimentaires, à des frais de scolarité impayés et à un avenir incertain. Aujourd'hui, un nouveau système numérique d'assurance-récolte, introduit par NDC Action Project, offre une protection. Les agriculteurs utilisent des smartphones pour documenter les bananiers en bonne santé et soumettre des photos des dégâts après les tempêtes, ce qui permet aux agroéconomistes de les évaluer rapidement. Justine, une « agricultrice championne partage cette technologie avec d’autres petits exploitants – dont près de la moitié sont des femmes – renforçant ainsi leur résilience et leur productivité. Cette approche innovante offre une sécurité financière et nourrit l'espoir au sein du réseau croissant de producteurs de bananes de l'Ouganda. Les bananes font partie intégrante de l'économie ougandaise, avec 47 % des agriculteurs impliqués dans leur culture en 2019, selon le bureau des statistiques de l'Ouganda.
Lorsque le typhon Nock-ten a ravagé les Philippines en 2016, la cheffe Louise Mabulo a remarqué que certains cacaoyers étaient restés debout au milieu des décombres. C'est à ce moment-là qu'elle s'est rendu compte que les cacaoyers étaient relativement résistants aux tempêtes et qu'elle a lancé « The Cacao Project », une initiative ayant permis de former plus de 200 agriculteurs à l’agroforesterie et de planter plus de 150 000 arbres. En se concentrant sur la résilience climatique du cacaoyer et sa forte valeur marchande, son projet contribue à lutter contre la déforestation, à restaurer les terres agricoles et à renforcer les capacités des communautés à faire face aux tempêtes, dont la fréquence devrait augmenter avec les changements climatiques. Reconnue comme Jeune Championne de la Terre, Mabulo incarne la manière dont le leadership féminin peut transformer l’adversité en opportunité.
Anti Rohey Ceesay, Gambie
En Gambie, les changements climatiques entraînent des inondations plus graves. Dans les zones rurales, des pêcheurs perdent parfois la vie parce qu'ils ne disposent pas de prévisions météorologiques fiables et ne reçoivent aucune alerte leur indiquant quand éviter les eaux libres. Anti Rohey Ceesay, une experte forestière de la région de Central River, a décidé de prendre les choses en main il y a quelques années. Après la construction de neuf stations météorologiques dans son district grâce au financement du Fonds pour l'environnement mondial (FEM), Ceesay a pu recueillir des alertes météorologiques et se déplacer à moto de village en village pour partager des alertes vitales. Dans la culture de Ceesay, les connaissances sont souvent transmises par le chant et la danse. Elle a donc organisé des représentations de « théâtre climatique » dans les villages afin de sensibiliser les communautés aux enjeux des changements climatiques et aux mesures d’adaptation. Depuis que Ceesay a commencé à diffuser des alertes précoces, le nombre de décès liés aux aléas climatiques a diminué dans sa communauté, affirme-t-elle.
Vivienne Rakotoarisoa, Madagascar
Sur la côte sud-est de Madagascar, les changements climatiques ont entraîné des précipitations irrégulières et imprévisibles. Pour Vivienne Rakotoarisoa, rizicultrice, les inondations et les sécheresses ont dévasté les récoltes de sa famille. Déterminée à s'adapter, Rakotoarisoa cultive désormais le rambo, un roseau résistant à la sécheresse, qu’elle transforme en chapeaux, nattes et paniers. Bien que non comestible, cette plante est plus résistante que le riz et sa popularité en tant que matériau de vannerie en fait une culture précieuse. Grâce au financement du FEM, Rakotoarisoa et plusieurs centaines d’habitants de son village ont acquis de nouvelles compétences, leur permettant de diversifier leurs sources de revenus et d’accroître leur résilience face aux aléas climatiques. Auparavant, les tisserands cueillaient traditionnellement le rambo dans la nature, mais aujourd'hui, ils peuvent le cultiver de manière durable et le commercialiser, ce qui leur assure un revenu stable même en cas de mauvaise récolte de riz.
Michelle Delgado, Mexique
Avec l’évolution des régimes de précipitations à Xalapa, au Mexique, Michelle Delgado, femme au foyer, pensait autrefois que la restauration des forêts était « une affaire d’hommes ». Mais dans le cadre d'un projet financé par le FEM et mis en œuvre par le PNUE, des ateliers ont été organisés pour apprendre aux femmes à planter et entretenir des espèces d'arbres. Aux côtés d'autres femmes participantes, Delgado a reboisé la forêt riveraine du ruisseau Arroyo Papas, aidant ainsi à protéger les communautés contre les glissements de terrain et des inondations, tout en œuvrant à la construction d’un avenir plus durable. Les femmes collectent des semences locales, les font germer, puis distribuent des arbres aux ménages — « un arbre par foyer ». Désormais appelées « gardiennes de la forêt » par leurs communautés, ces femmes, par leurs efforts, déconstruisent les stéréotypes de genre et participent activement à la prise de décisions visant à renforcer la résilience et à limiter les effets des changements climatiques.
La solution sectorielle à la crise climatique
Le PNUE est à l'avant-garde des efforts visant à atteindre l’objectif de l’Accord de Paris : maintenir l’élévation de la température mondiale bien en dessous de 2 °C, et poursuivre les efforts pour la limiter à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Pour ce faire, le PNUE a élaboré la Solution sectorielle, une feuille de route pour réduire les émissions dans tous les secteurs, conformément aux engagements de l'Accord de Paris et dans la perspective d’une stabilité climatique. Les six secteurs identifiés sont : l’énergie ; l’industrie ; l’agriculture et l’alimentation ; les forêts et l’utilisation des terres ; le transport ; ainsi que les bâtiments et les villes.


