Photo: UNEP/Lisa Murray
26 May 2024 Récit Climate Action

Les pêcheurs et agriculteurs burundais s’adaptent à la crise climatique

Photo: UNEP/Lisa Murray

Un soir d’avril 2018, alors que de fortes pluies s’abattaient sans relâche sur son toit, Philbert Ntaciyica, épuisé, se demandait si sa ferme survivrait à cette nouvelle tempête.

Lorsque les averses, qui avaient duré 12 heures, se sont enfin calmées à Nzove — un village perché sur une colline au nord-est du Burundi — Ntaciyica est sorti de chez lui pour découvrir qu’il ne restait plus rien : ni les cultures, ni la couche arable. Tout avait été emporté par le déluge, y compris ses moyens de subsistance.

« Nous n’avions plus rien, » témoigne Ntaciyica. « Nous avons été contraints de vendre notre bétail. Nos enfants ne mangeaient plus à leur faim. Ils sont passés de deux repas par jour à un seul. »

Comme la majorité des hommes du village, ce père de six enfants a dû quitter sa femme et ses jeunes enfants pour aller chercher du travail au Rwanda voisin.

La tempête qui a ravagé le village de Ntaciyica s'inscrit dans une vague de phénomènes météorologiques extrêmes qui ont frappé le Burundi ces dernières années — une conséquence des changements climatiques, selon les scientifiques. Bien que le pays émette moins de gaz à effet de serre par habitant que presque tous les autres pays de la planète, il subit de manière disproportionnée les effets de la crise climatique.

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Philbert Ntaciyica s’occupe de sa ferme dans le village de Nzove, au Burundi. Comme de nombreux agriculteurs de la région, il subit des épisodes de pluies violentes, de plus en plus imprévisibles, qui emportent ses cultures et la couche arable jusque dans le lac en contrebas. Photo : PNUE/Lisa Murray

S'adapter à la crise climatique

La situation ne peut qu’empirer. Les températures devraient augmenter de 1,5 à 2,5 °C dans le pays d'ici 2050, tandis que les précipitations devraient devenir plus extrêmes, entraînant des saisons sèches prolongées, davantage d'inondations et une érosion accrue. Cela exercera une pression croissante sur l'agriculture, la sécurité alimentaire et l'accès à l'eau potable dans l’ensemble du pays.

Dans les années à venir, le Burundi, à l’instar de nombreux pays africains, sera confronté au défi monumental de l’adaptation à ces changements. Les pays auront besoin de solutions telles que le développement d'une agriculture résiliente face à la sécheresse, la construction de digues pour protéger les villes côtières, le renforcement de la sécurité de l'eau pour résister aux sécheresses, et bien plus encore. Des études récentes ont prédit que les pays africains, en moyenne, pourraient devoir dépenser jusqu'à cinq fois plus pour l’adaptation au climat que pour les soins de santé.

Pourtant, l’écart de financement pour l’adaptation demeure considérable et continue de se creuser. Les coûts estimés de l'adaptation dans les pays en développement sont cinq à dix fois plus élevés que les financements actuellement fournis.

Solutions fondées sur la nature

Un projet du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), financé par le Fonds d’adaptation, aide Philbert Ntaciyica et 2 000 agriculteurs comme lui à adopter des solutions fondées sur la nature pour s'adapter aux conditions météorologiques de plus en plus imprévisibles au Burundi.

Mis en œuvre en partenariat avec le ministère burundais de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, ce projet – intitulé Initiative d’adaptation aux changements climatiques dans le bassin du lac Victoria – apporte un appui financier et une formation à des coopératives agricoles pour planter 230 000 arbres, dont des avocatiers et des grevillea, afin d'aider à prévenir l'érosion des sols. Non seulement ces arbres absorbent le carbone, mais leurs racines stabilisent le sol et leurs feuilles fournissent de l'ombre contre le soleil équatorial, réduisant l’évaporation et retenant l’humidité dans le sol. 

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Des agriculteurs cultivent leurs terres sur les pentes entourant le lac Rweru, dans la commune de Giteranyi au Burundi. Photo : PNUE/Lisa Murray

Dans cette région, les agriculteurs ont tendance à labourer le sol verticalement le long des pentes, ce qui rend la couche arable encore plus vulnérable à l'érosion causée par des précipitations de plus en plus extrêmes. Afin d'empêcher le sol de glisser le long des pentes, le projet aide les agriculteurs à construire des terrasses suivant les courbes de niveau sur 240 hectares de terres agricoles, puis à stabiliser ces terrasses en plantant de l'herbe à éléphant le long de leurs bords.

La bonne nouvelle pour Ntaciyica, c'est que les fortes pluies n'emportent plus sa couche arable. Ses récoltes de haricots et de manioc ont augmenté, ses chèvres ont davantage de nourriture grâce à l'herbe à éléphant, et il dispose désormais de plus de ressources financières pour investir dans l'éducation de ses enfants.  

« Les courbes de niveau nous aident à prévenir l’érosion des sols et les glissements de terrain », explique-t-il en regardant vers sa ferme à flanc de colline. « Comme l'eau s'y accumule, la terre reste humide et nous obtenons de meilleures récoltes. Là où nous récoltions un sac, nous en avons maintenant deux. »

Ayant constaté les résultats positifs, les voisins de Ntaciyica construisent désormais leurs propres terrasses bordées d'herbes qui fixent le sol.

L'insécurité alimentaire

Plus en aval, Ezechiel Bizimana, pêcheur du lac Rweru, impute la baisse des stocks de poissons à l’érosion accrue et aux glissements de terrain en amont. Il a vu ses prises décliner progressivement au fil des ans, et affirme que le lac a déjà perdu trois espèces de poissons. Selon lui, les changements climatiques aggravent la situation, car la diminution des précipitations a entraîné une baisse du niveau de l’eau.

« J’ai commencé à pêcher à l’âge de 10 ans », se souvient Bizimana.
« Nous pêchions 50 kg par jour, mais aujourd’hui, nous atteignons rarement 25 kg. »

Les particules de sol riches en nutriments, transportées par les inondations en provenance des zones de montagne déboisées, perturbent les écosystèmes lacustres : elles réduisent le taux d’oxygène dissous dans l’eau, obstruent les branchies des poissons et dégradent les frayères. Dans certaines parties du lac situées à proximité des terrasses construites, Bizimana a remarqué une amélioration de la qualité de l’eau, signe encourageant d’un éventuel renversement de tendance pour les populations de poissons en déclin.

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Une vague de conditions météorologiques extrêmes a frappé le Burundi ces dernières années, conséquence des changements climatiques, selon les scientifiques. Photo : PNUE/Lisa Murray

Comme les agriculteurs, Bizimana et une trentaine d’autres pêcheurs bénéficient eux aussi d’un appui dans le cadre du projet. Ils font partie des tous premiers en Afrique de l’Est à tester un nouveau séchoir à poisson construit par le projet, qui produit un poisson fumé plus savoureux et plus durable.

Non seulement moins de poisson est gaspillé, mais le produit final peut obtenir une majoration de 50 % sur le marché. De plus, le séchoir utilise près de 97 % moins de bois de chauffage que les méthodes traditionnelles, ce qui réduit la déforestation et renforce la protection de l’écosystème du lac.

Un effort régional d'adaptation

Comme l’illustrent les expériences de Ntaciyica et Bizimana, protéger et valoriser la nature en amont ménage des bénéfices considérables pour les communautés en aval. En tout, les moyens de subsistance de 45 millions de personnes au Burundi, au Rwanda, en Ouganda, en Tanzanie et au Kenya dépendent des ressources naturelles du bassin du lac Victoria, maintenant soumises à une pression toujours croissante des changements climatiques.

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Les pêcheurs Claude Nsengiyumva (à gauche) et Ezechiel Bizimana (à droite) cuisent leurs prises dans un nouveau four amélioré, dans le village de Nzove, au Burundi. Photo : PNUE/Lisa Murray

Le projet, soutenu par le PNUE à Nzove, renforce les capacités des cinq gouvernements pour établir un cadre régional guidant les actions d’adaptation et offrant une plateforme aux pays pour partager leurs meilleures pratiques. Les cadres politiques régionaux, fondés sur les expériences de terrain, sont essentiels pour s’adapter aux effets transfrontaliers des changements climatiques, affirment les parties prenantes.

« Le projet démontre comment de petites actions locales, s’inscrivant dans une stratégie d’adaptation cohérente, peuvent améliorer considérablement la vie et les moyens de subsistance des populations », déclare Jessica Troni, chef de l'Unité d'adaptation aux changements climatiques du PNUE. 

« Étendre ces initiatives aux cinq pays qui dépendent de l’écosystème du bassin du lac Victoria pourrait aider des millions d’agriculteurs et de pêcheurs à devenir plus résilients face aux changements climatiques. » 

 

La solution sectorielle à la crise climatique 

Le PNUE est à l'avant-garde des efforts visant à soutenir l'objectif de l'Accord de Paris qui est de maintenir l'augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2 °C et de viser 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Pour ce faire, le PNUE a mis au point la Solution sectorielle, une feuille de route pour réduire les émissions dans tous les secteurs, conformément aux engagements de l'Accord de Paris et dans la quête de stabilité climatique. Les six secteurs identifiés sont les suivants : énergie ; industrie ; agriculture et alimentation ; forêts et utilisation des terres ; transport ; bâtiments et villes.   

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Partout dans le monde, des communautés, des individus et des entrepreneurs s'engagent dans des actions climatiques innovantes. Découvrez la nouvelle saison de la série Action Climat du PNUE, qui met en lumière des récits de leaders développant des solutions climatiques évolutives et inclusives, capables de faire progresser le développement durable.

 

Cet article a été initialement publié le 26 octobre 2022, puis mis à jour.