Credit: UNEP/Miranda Rikki Tasker
20 May 2025 Récit Climate Action

Une solution douce pour s'adapter aux changements climatiques

Credit: UNEP/Miranda Rikki Tasker

Dans les collines escarpées et rouges du district de Ngororero, au nord-ouest du Rwanda, Antoine Nsanzumuhire soulève doucement un cadre rempli de rayons de miel dans l'une de ses ruches. Des abeilles tourbillonnent autour de lui tandis qu'il extrait délicatement le treillis, riche en miel doré.

Nsanzumuhire possède aujourd’hui 200 ruches modernes disséminées sur sa ferme, bordée de forêts — un chiffre qu’il peine encore à croire. Il y a quelques années à peine, il n’en comptait qu’une vingtaine, alors que des glissements de terrain et des conditions météorologiques imprévisibles — aggravées par les changements climatiques — ravageaient sa petite exploitation apicole. Mais avec le soutien d'un projet appuyé par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), il a rejoint une coopérative locale. Ses membres lui ont appris à utiliser des ruches modernes et à planter des arbres autour de sa ferme, ce qui a stimulé la production en offrant aux abeilles davantage de terrains de butinage.  

« L'argent que je gagne maintenant me permet de poursuivre deux objectifs principaux », explique Nsanzumuhire. « Le premier est de construire une maison décente et de créer ma propre entreprise de miel. »

Antoine Nsanzumuhire (left) plants tree seedlings provided by the UNEP-backed project to reduce the impacts of floods and droughts while simultaneously providing foraging grounds for his bees.
Antoine Nsanzumuhire (à gauche) plante des semis d'arbres fournis par le projet soutenu par le PNUE afin de réduire les effets des inondations et des sécheresses, tout en offrant des zones de butinage à ses abeilles. Crédit: PNUE/Miranda Rikki Tasker.

Nsanzumuhire fait partie des centaines d'agriculteurs rwandais dont les revenus ont augmenté grâce au projet lancé par l'Autorité rwandaise de gestion de l'environnement, avec l’appui du PNUE et du Fonds pour l'environnement mondial. Ce projet, actif dans plusieurs communautés à travers le pays, contribue à restaurer les forêts et les zones humides tout en permettant aux agriculteurs de développer des moyens de subsistance plus résilients face au stress climatique. 

Les agriculteurs, qui constituent la colonne vertébrale de l'économie rwandaise, ont vu la productivité de leurs cultures diminuer sous les effets des changements climatiques et des conditions météorologiques instables, notamment de graves inondations et sécheresses, qui provoquent l'érosion des sols et accentuent la dégradation des terres.  

Lorsque la production agricole devient incertaine, l'apiculture représente une source de revenus complémentaire. Mais pour que les ruches prospèrent, les communautés ont dû s’engager dans un effort ambitieux de restauration des terres dégradées et de reboisement. Les arbres absorbent les précipitations et ancrent le sol grâce à leurs racines, réduisant ainsi les risques d'inondations, de sécheresses et de glissements de terrain. Les forêts restaurées offrent également de précieuses ressources de butinage pour les abeilles.  

A member of the new beekeeping cooperative in Ngororero inspects their new hives.
Un membre de la nouvelle coopérative apicole de Ngororero inspecte les ruches récemment installées. Crédit: PNUE/Miranda Rikki Tasker

La plantation d’arbres offre un autre avantage : les forêts absorbent le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère, contribuant ainsi à refroidir la planète et à lutter contre la crise climatique.

Le travail mené dans le district de Ngororero illustre ce que les experts appellent l'adaptation écosystémique (EbA) aux changements climatiques. Mirey Atallah, cheffe du Service de l'Adaptation et de la Résilience du PNUE, affirme que ce type d'adaptation écosystémique représente une solution rentable face à la crise climatique.  

« Ce qui rend l'adaptation écosystémique si puissante, c'est qu'elle permet de résoudre plusieurs problèmes à la fois : elle refroidit la planète, restaure la biodiversité, réduit les inondations et met de l'argent dans la poche des gens », explique Atallah.

Après des années de dégradation de l’environnement — causée par des activités humaines telles que l’exploitation minière illégale, la déforestation et le surpâturage, et aggravée par le dérèglement climatique — le projet soutenu par le PNUE au Rwanda a permis de restaurer plus de 700 hectares d’écosystèmes dégradés, notamment des forêts, des zones humides, des savanes et des berges de rivières.

A woman carrys a gallon of honey
« La forêt nous protège, maintenant nous protégeons la forêt », déclare Goretti Bahirumwe, du district de Kirehe. Crédit: PNUE/Miranda Rikki Tasker

À l'est du Rwanda, dans le district de Kirehe, Marine Babonampoze, vêtue de sa combinaison d'apicultrice, se promène dans la forêt d'Ibanda-Makera, aujourd'hui protégée. Les chants mélodieux des oiseaux et les bourdonnements d'insectes remplissent l'air. Elle est rejointe par d'autres apiculteurs membres d'une nouvelle coopérative, également créée dans le cadre du projet soutenu par le PNUE.

Babonampoze insiste sur la force de la communauté. « Les membres de la coopérative travaillent ensemble et prennent soin les uns des autres », explique-t-elle. « Tout s'améliore quand nous sommes unis. »

Alors que l'apiculture est traditionnellement perçue comme une activité masculine au Rwanda, le projet a permis de renforcer l’implication des femmes au sein des communautés. « Au début, nous n'étions que des hommes », explique Jean Baptiste Ngirinshuti, représentant d'une coopérative à Kirehe. « Mais les femmes qui nous avaient rejointes et avaient amélioré leurs conditions de vie ont encouragé d’autres femmes à participer. Aujourd’hui, il y a plus de femmes que d’hommes impliqués. »

Depuis la mise en œuvre du projet, les rendements de la coopérative apicole de Ngororero ont été multipliés par près de 10, atteignant 264 kg par saison.

A group of women poses for a photograph.
Marine Babonampoze (au centre) explique comment le projet a encouragé les femmes du district de Kirehe à se lancer dans l'apiculture, un moyen de subsistance traditionnellement dominé par les hommes. Crédit: PNUE/Miranda Rikki Tasker

Pour des membres de coopératives comme Goretti Bahirumwe, l'apiculture est devenue une véritable bouée de sauvetage. Lorsque son mari est tombé malade, elle a dû vendre ses vaches et ses cochons pour couvrir les frais médicaux. Après son décès, elle s'est retrouvée seule avec six enfants à charge. L’adhésion à la coopérative de Ngororero lui a offert une chance de rebondir.

« Quand la forêt a été détruite, nos abeilles n'avaient plus d’endroit pour butiner, et nous n’avions plus aucun rendement », dit-elle. Elle précise que l'apiculture lui a permis d’acheter du bétail. « Aujourd’hui, grâce à la forêt protégée, nos abeilles bénéficient à la fois d’un bon rendement et d’une plus grande sécurité. »

 

Pour plus d'informations sur le projet, consultez le site « Renforcer la résilience des communautés vivant dans les forêts, les savanes et les zones humides dégradées du Rwanda ».  

À propos du Fonds pour l'environnement mondial

Le Fonds pour l'environnement mondial (FEM) regroupe plusieurs fonds multilatéraux qui collaborent pour relever les défis environnementaux les plus urgents de la planète de manière intégrée. Son financement aide les pays en développement à faire face à des enjeux complexes et à progresser vers leurs objectifs environnementaux internationaux. Au cours des trois dernières décennies, le FEM a fourni plus de 26 milliards de dollars de financement, principalement sous forme de dons, et mobilisé 148 milliards de dollars supplémentaires pour des projets prioritaires menés par les pays. 

La solution sectorielle à la crise climatique

Le PNUE est en première ligne pour soutenir l'objectif de l'Accord de Paris, qui vise à limiter l'augmentation de la température mondiale à moins de 2 °C, et si possible à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Dans cette optique, le PNUE a élaboré la Solution Sectorielle, une feuille de route pour réduire les émissions dans tous les secteurs, conformément aux engagements de l'Accord de Paris et en faveur de la stabilité climatique. Les six secteurs identifiés sont : l’énergie, l’industrie, l'agriculture et l’alimentation, les forêts et l'utilisation des terres, le transport, ainsi que les bâtiments et les villes.