René Etoua Meto'o exploite une petite plantation de cacao aux abords de la Réserve faunique du Dja au Cameroun, l’une des plus vastes étendues intactes de forêt tropicale au monde.
Ici, éléphants, chimpanzés et des dizaines d’autres espèces animales partagent le territoire avec les cacaoyers cultivés par le peuple autochtone Baka, qui vit dans les forêts denses du bassin du Congo depuis des générations.
Mais dans cette région, nombre d’habitants ont longtemps été contraints de survivre en marge de la réserve. Les choses ont toutefois commencé à changer en 2021, grâce à un projet mené par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Des agents de vulgarisation agricole ont montré à Meto'o et à ses voisins comment accroître leurs rendements sans défricher les terres, ce qui est essentiel pour préserver la forêt tropicale – et la faune sauvage – qui entoure leurs exploitations agricoles.
« Ma famille bénéficie désormais d'un prix plus élevé pour notre cacao, ce qui nous permet de survivre et d'investir », explique Meto'o, 26 ans, père de trois enfants.
La formation s'inscrivait dans le cadre d'un effort de conservation plus large mené par le PNUE. Son objectif : protéger les forêts tropicales humides et les tourbières en voie de disparition dans huit pays du bassin du Congo, en améliorant les conditions des populations locales. Financée par le Fonds pour l’environnement mondial, l’initiative vise à préserver l’un des territoires les plus riches en biodiversité au monde : un ensemble de forêts et de zones tourbeuses abritant plus de 11 000 espèces animales et végétales, selon le Fonds mondial pour la nature.
Cette action a également une portée bien au-delà de l’Afrique centrale. Le bassin du Congo constitue un immense réservoir de carbone ; ses marécages à eux seuls stockent environ 29 milliards de tonnes de cet élément responsable du réchauffement climatique, soit l’équivalent de trois années d'émissions mondiales de gaz à effet de serre.
« Le bassin du Congo est un écosystème d'importance planétaire », déclare George Akwah, chargé de gestion de programme au PNUE. « Le protéger est essentiel pour préserver la biodiversité, lutter contre les changements climatiques et améliorer la vie de millions de personnes. »
Le bassin du Congo abrite le deuxième plus grand massif contigu de forêt tropicale humide de la planète, après l’Amazonie. Cet écosystème fait vivre des dizaines de millions de personnes et, selon une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, constitue un refuge pour une espèce vivante sur cinq. Cependant, il est aujourd’hui confronté à des menaces croissantes. L’extension des terres agricoles et des activités minières a conduit à une déforestation à grande échelle. Près de 19 000 kilomètres carrés de forêts ont été « perturbés » chaque année entre 2015 et 2020, selon une étude de la Commission des forêts d'Afrique centrale, un organisme de recherche. « Les communautés autochtones, qui protègent les forêts tropicales depuis des générations, sont souvent les plus durement touchées par cette déforestation », souligne George Akwah.
On craint que si cette perte se poursuit, elle puisse plonger des millions de personnes dans la pauvreté, menacer certains des animaux les plus emblématiques du continent et réduire la capacité du bassin à stocker et à absorber le carbone.
C’est dans ce contexte que le PNUE a lancé une initiative visant à promouvoir le développement durable dans les pays du bassin du Congo. Lancée il y a quatre ans, elle est officiellement connue sous le nom d'Initiative pour les paysages du bassin du Congo. Cette initiative contribue notamment à la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal, un accord historique adopté en 2022 pour protéger et restaurer la nature. L’un des principaux objectifs de cet accord est de promouvoir une agriculture durable et de renforcer les droits fonciers des peuples autochtones.
Au Cameroun, les efforts se concentrent sur la promotion d’une production de cacao plus durable – le cacao étant la poudre issue des fèves de cacaoyer et l’ingrédient principal du chocolat. Le cacao représente 12 % des exportations du pays et constitue une culture de rente essentielle pour de nombreuses communautés autochtones marginalisées. Cependant, la production de cacao est également associée à la déforestation. Un rapport de la Banque mondiale de 2013 a révélé qu'au cours de la décennie précédente, les plantations de cacao ont entraîné la disparition de 1 400 kilomètres carrés de forêt camerounaise.
« Si le développement est nécessaire, la protection de l’environnement l’est tout autant », déclare Haman Yanousa, conseiller technique au ministère de l’Environnement du Cameroun. « Il faut trouver un équilibre. »
Cela se passe dans la ville de Mintom, qui borde la réserve faunique de Dja, d'une superficie de 5 000 kilomètres carrés. Cette communauté est un foyer important de production de cacao. Les cacaoyers, avec leurs gousses rouges et jaunes, entourent un ensemble coloré de maisons et de boutiques. Des millions de fèves de cacao – qui seront transformées en poudre de cacao – sèchent sur des bâches disposées dans les arrière-cours.
Ici, des experts de Rainforest Alliance, une organisation non gouvernementale, ont montré aux habitants comment tailler les cacaoyers, débroussailler, lutter contre les parasites et mieux sécher les fèves. Les agriculteurs affirment que leurs rendements augmentent et que la déforestation autour de la ville a cessé.
Depuis 2021, ce projet piloté par le PNUE a formé plus de 120 représentants communautaires, certifié plus de 50 000 hectares de plantations de cacao et mis en place trois comités provinciaux de suivi technique, afin d’assurer l’intégration des voix locales dans les structures de gouvernance.
René Etoua Meto'o figure parmi les bénéficiaires de ces efforts. Il affirme que la formation lui a permis de maîtriser l’ensemble des étapes du processus de production du cacao. « Je nourris ma famille grâce à la vente du cacao que je produis », dit-il.
« Des témoignages comme celui-ci illustrent le potentiel du développement durable dans le bassin du Congo », selon Akwah du PNUE.
« Il s’agit véritablement d’une région riche en promesses, mais pendant trop longtemps, la croissance économique s’est faite au détriment de la nature », déclare-t-il. « Des projets comme celui-ci démontrent qu’il est possible de protéger la forêt tropicale tout en amorçant un développement durable qui améliorera les conditions de vie des communautés autochtones et non autochtones. »
Le 9 août, le monde commémorera la Journée internationale des peuples autochtones. Cette année, la commémoration portera sur la manière dont les peuples autochtones peuvent garantir leurs droits à l’ère de l’intelligence artificielle, ainsi qu’à d’autres défis sociaux et environnementaux.


